VIDÉO - On a parlé Beatles, Brexit et Ed Sheeran avec Danny Boyle, le réalisateur du génial "Yesterday"

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INTERVIEW - Il livre avec "Yesterday", en salles mercredi 3 juillet, un film aussi entêtant que "Good Morning England" et aussi touchant que "Slumdog Millionaire". Danny Boyle revient pour LCI sur la genèse de ce projet fou qui fait disparaître les Beatles de toutes les mémoires, sauf de celle de son personnage principal.

Le voir claquer la porte du prochain James Bond a été une énorme déception. Car Danny Boyle fait partie de ces cinéastes visionnaires capables de changer de style à chacun de ses films. Le culte "Trainspotting" n'a rien à avoir avec l'oscarisé "Slumdog Millionaire", qui lui-même est à l'opposé de l'horrifique "28 jours plus tard". Un talent de caméléon qui ne pouvait pas tomber plus à point pour réaliser "Yesterday", un film autour des Beatles.


"Ce qu'on aime chez eux, c'est la variété de leur musique. Donc ce dont vous avez besoin, c'est d'un réalisateur qui sait faire de la variété", nous explique Richard Curtis ("Love Actually"), scénariste de cette folle histoire qui nous plonge dans un univers où tout le monde a oublié les Beatles. Tout le monde sauf Jack, un musicien sans succès qui va devenir une superstar en s'appropriant les chansons cultes des Fab Four.

Et quoi de mieux qu'un endroit so British pour évoquer ce feel good movie teinté de romance qui va lancer votre été de la plus douce des manières ? C'est à l'étage d'un bus à impérial que nous rencontrons Danny Boyle, par un chaud après-midi de juin. On écouterait le natif de Manchester, âgé de 56 ans, parler pendant des heures tant sa passion pour son art est communicative.  Il explique à LCI pourquoi les morceaux des Beatles sont si spéciaux, pourquoi il aurait préféré faire disparaître le Brexit plutôt que les quatre garçons dans le vent et comment Ed Sheeran l'a aidé à tourner l'une des scènes-clés de son long-métrage.

LCI : "Yesterday" est une célébration de l'amour mais aussi et surtout une célébration de l'art et de la vie. On en ressort aussi heureux qu'après un concert. Est-ce que c'est l'effet Beatles ou l'effet "Danny Boyle rencontre Richard Curtis" ?


Danny Boyle : Je pense que vous ne pouvez pas vous vanter d'avoir le même effet que les Beatles, même si vous essayez.  Quand vous voulez faire un film qui parle à ce point de leur musique, vous voulez célébrer les choses qu'ils célébraient : ce dévouement à l'amour et ce dévouement à une société qui changeait. La société britannique qui émergeait de la Seconde Guerre mondiale était très austère et abattue. Et eux ont dit : "Non, on ne va plus faire ça. On ne servira plus l'armée, on ne fera pas les métiers que vous voulez qu'on fasse. On va aimer l'amour, le plaisir et l'expression de soi. On va faire de la culture une industrie". Ce qu'ils ont fait ! Ils ont ouvert la voie et sont devenus des producteurs de culture. Tout ça coïncide aussi avec l'explosion de la télévision à l'époque. On a voulu célébrer dans le film tout ce qu'ils célébraient eux, à travers ce fil rouge qu'est l'histoire d'amour entre Ellie et Jack.


Vous avez déclaré que "Croire dans les Beatles, c'est croire à l'amour". Un monde sans Beatles est-il donc un monde sans amour ?


C'est une bonne accroche, on pourrait dire ça. Je suis sûr que ce ne serait pas le cas mais nous n'aurions pas développé cette joie de célébrer l'amour, autant que nous le faisons à travers eux. Quand vous faites un film comme ça, vous apprenez à connaître les chansons. Et plus vous les entendez, plus elles deviennent complexes. Le simple plaisir qu'elles nous donnent, avec leur mélodie, est associé à une écriture très profonde à propos de tout ce dont on vient de parler. Quelque chose de terrible aurait été perdu, même si ça aurait été compensé par l'inclinaison naturelle des gens vers l'amour et par d'autres groupes. Dans notre histoire, on dit que les Rolling Stones existent encore, Donald Glover aussi. Oasis non en revanche mais c'est une blague qui ne dérangera pas Noel Gallagher, j'en suis certain, parce qu'il reconnaît la dette qu'il a envers les Beatles. Ce ne serait pas la même chose sans eux, assurément.

Essayer de faire disparaître ce cauchemar qu'est le Brexit serait très utileDanny Boyle

Pourquoi la musique des Beatles est-elle aussi spéciale ?


C'est comme se demander ce qui est si spécial à propos de Mozart, Beethoven ou Chopin. Je pense qu'ils réveillent quelque chose en nous. D'une manière assez drôle, j'ai toujours pensé que la musique était en nous et que ces artistes nous la révélaient. Ils l'extirpent de nous. Et c'est quelque chose qu'on peut partager avec tellement de cultures, cette connexion avec la musique. Donc oui, leurs chansons sont extrêmement précieuses.


Comme elles sont extrêmement précieuses, pensez-vous que les Beatles pourraient sauver le Royaume-Uni de la débâcle du Brexit ?


(Il rit, ndlr). Ce serait intéressant, n'est-ce pas ? On me demande souvent : "Si quelque chose devait disparaître mais pas les chansons des Beatles, que choisiriez-vous ?"  En ce moment, ce serait le Brexit. Essayer de faire disparaître ce cauchemar serait très utile. Et je pense que si vous posiez la même question à 60% des Britanniques, ils répondraient comme moi. Juste pour se débarrasser de l'idée.

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Yesterday - bande-annonce

Le film comporte 17 chansons des Beatles. Comment les avez-vous choisies ?


Certaines ont été choisies naturellement par Richard Curtis à l'écriture du scénario parce qu'elles illustraient de manière assez naturelle ce qu'on racontait. Jack va en Russie donc c'était évident qu'il fallait utiliser "Back to the URSS". Mais on en a changé beaucoup à la dernière minute, pour pouvoir créer de la variation. Parce que ce que vous devez faire avec les Beatles, en plus d'exprimer la beauté et la joie de leur travail, c'est aussi couvrir toute l'étendue de leur répertoire. Elle est si grande ! A la fin par exemple, on a repris "Obladi oblada" qui a une influence reggae. On voulait vraiment s'assurer de couvrir tous leurs styles musicaux.


Pourquoi avoir choisi "Yesterday" comme titre ?


Parce que je pense que dans leur travail, pas seulement dans cette chanson, il y a ce magnifique corps de joie, de fête et de mélodie mais aussi une tristesse sous-jacente. C'est très anglais et je crois que c'est ce que produit le titre. Il évoque la chanson bien sûr mais aussi le regret du passé, quelque chose qui a disparu - et évidemment dans notre histoire la musique des Beatles a disparu. Il y a ce ton mélancolique, comme l'est Himesh Patel (Jack) dans son interprétation.   

Ed Sheeran nous a laissés filmer ses concerts à Wembley en juin 2018Danny Boyle

Votre quête du Jack parfait a-t-elle été compliquée ?


Très ! On a vu beaucoup de monde, certains chanteurs et guitaristes étaient meilleurs qu'Himesch techniquement mais rien n'avait vraiment d'âme. Ça sonnait un peu comme au karaoké. Puis il est arrivé et c'était choquant. A ce moment-là, on avait beaucoup trop entendu "Yesterday" mais lui l'a jouée de manière très naturelle. Sa version était très fidèle à l'originale de McCartney mais c'était frais, comme s'il avait écrit la chanson. C'était plié ! 

 

Jack s'invite sur la scène de Wembley lors du "Divide Tour" d'Ed Sheeran, qui joue son propre rôle dans le film. Comment s'est déroulé le tournage ?


Ed a été merveilleux parce qu'on n'avait évidemment pas le budget pour s'offrir un tel public. Il nous a laissés filmer ses concerts à Wembley en juin 2018. On a tourné la même scène plus tard et en post-production, on a mis Himesh à la place d'Ed. C'est une ruse ! Mais le vrai génie, c'est Himesh parce qu'il assure sa performance, chanson et discours, comme s'il y avait 80.000 personnes devant lui alors qu'en réalité, le stade est totalement vide. Il faut lui rendre hommage, vraiment.

Les Beatles ont-ils vu le film ?


Oui, nous leur avons envoyé une copie. Il nous a bien sûr fallu leur autorisation pour reprendre leurs chansons donc ils les ont en quelque sorte approuvées. Je pense qu'ils font attention à ce qu'elles ne soient pas utilisées par des politiques d'extrême-droite par exemple. On leur a envoyé le film terminé et on a une adorable note de Ringo (Starr) et d'Olivia, la veuve de George Harrison. Des lettres privées mais extrêmement belles. Et on a consulté Paul (McCartney) pour le titre parce que c'est probablement sa chanson la plus célèbre. On a eu l'idée au moment du montage seulement. Vous saviez qu'à l'origine cette chanson s'appelait "Scrambled eggs" (oeufs brouillés, ndlr) ? Parce qu'il s'est réveillé un jour avec cette musique dans la tête et il venait de manger des oeufs brouillés. Il nous a dit : "Vous pouvez appeler le film 'Scrambled Eggs'". Mais on a opté pour "Yesterday".


Dans le film nous avons "Yesterday" (hier) et aujourd'hui. Qu'en est-il de demain ? Comment maintenir en vie l'héritage des Beatles ?


Oh, ils n'ont pas besoin de nous pour maintenir leur héritage ! J'espère que ce film va y contribuer mais ils n'ont pas besoin de nous. Je pense que leur musique vivra pendant très longtemps. De la même manière qu'on écoute Beethoven ou Mozart aujourd'hui, on continuera à écouter ces mélodies longtemps après notre mort. C'est un grand pan de la pop culture maintenant.

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