Réouverture des librairies : vers la fin d’une drôle d’exception française ?

Réouverture des librairies : vers la fin d’une drôle d’exception française ?

DECRYPTAGE - Les commerces de proximité non-essentiels pourraient rouvrir ces prochains jours. Parmi eux, les librairies indépendantes qui, depuis fin octobre, expliquent avoir tout fait pour assurer la sécurité sanitaire de leurs clients.

Qui aurait pensé qu’un jour en France, des policiers débarqueraient chez des libraires de quartier pour leur demander de fermer leurs portes sous peine d’amende ? Et que dans le même temps des supermarchés seraient contraints de bâcher leurs rayons culturels pour empêcher les clients d’y accéder ? En classant fin octobre le livre dans la catégorie des biens dits "non essentiels", le gouvernement français a donné naissance à des scènes ubuesques, sinon révoltantes. Et quasi uniques en Europe.  

 

Confrontés eux aussi à un rebond de la pandémie de coronavirus depuis l'automne, ni l’Allemagne, ni la Belgique, ni l’Italie, ni l’Espagne ou encore Suisse n’ont effet fermé leurs librairies ces dernières semaines. Au Royaume-Uni, seule l’Angleterre est dans une situation similaire à la nôtre, l’Ecosse, l’Irlande du Nord et le Pays-de-Galles ayant opté pour des mesures de reconfinement partielles ou limitées dans le temps.

Nos pouvoirs publics auraient-ils commis "une faute historique" comme le déclarait à LCI l’écrivain Alexandre Jardin il y a quelques jours ? En dépit d’une mobilisation à tous les étages du secteur de l’édition, et d’une pétition en ligne soutenue par de nombreuses personnalités, et signée par plus de 210.000 internautes, le gouvernement a jusqu’ici refusé de revoir sa copie pour des raisons sanitaires.

Fin octobre, les librairies avaient presque rattrapé leur retard de chiffres d’affaires. Le reconfinement a complètement rebattu les cartes.- Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française

"La libraire est un lieu où l’on reste", arguait ainsi la ministre de la Culture Roselyne Bachelot mi-novembre sur le plateau d’"On est presque en direct", l’émission de Laurent Ruquier sur France 2. "On parle, on feuillette les livres, on les touche, on les repose, on regarde la quatrième de couverture. C'est ça le problème d'une librairie, de ce lieu culturel, la rémanence du coronavirus sur des surfaces inertes est entre sept et dix heures."

 

Des propos difficiles à entendre pour les libraires qui depuis le premier confinement, ont tout mis en œuvre pour accueillir leurs habitués dans les meilleures conditions. "Au printemps dernier, nous n’avions aucun masque, pas de gel, pas de vitre aux caisses, aucune habitude par rapport au virus", explique Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française qui, pour toutes ces raisons, s'était opposé à ce que ses adhérents restent ouverts à l’époque. D’où son incompréhension lorsque le gouvernement a réclamé leur fermeture fin octobre…

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"Lors du déconfinement du mois de mai, la profession avait défini un protocole très précis, très complet, intégrant des mesures vis-à-vis des équipes, l’organisation interne de la librairie, du lieu, et par rapport à l’accueil du public", souligne-t-il. "Ce qui faisait qu’à l’entrée du second confinement fin octobre, ils avaient presque rattrapé leur retard de chiffres d’affaires et qu’ils comptaient sur la fin d’année pour combler les pertes. Le reconfinement a complètement rebattu les cartes."

Au-delà de la dimension symbolique, la profession attend donc les annonces d’Emmanuel Macron mardi 24 novembre pour remettre en marche un secteur qui s’est appuyé sur le "click and collect" pour limiter la casse durant le mois de novembre. Il a permis aux établissements qui le proposent de réaliser entre 25% et 50% de leur chiffre d’affaires habituel sur la période. Reste que sur les 3.5000 libraires indépendantes que compte la France, seul un tiers dispose à ce jour d’un site internet. La réouverture des librairies est d’autant plus attendue qu’en soutien à la profession, les jurés du Goncourt et du Renaudot ont décidé de décaler du 10 au 30 novembre l’annonce de leurs lauréats 2020. A moins de booster les ventes d’une célèbre plateforme de commerce en ligne américaine dans les prochains jours, le gouvernement serait donc bien avisé de mettre rapidement un terme à cette drôle d’exception culturelle française…

>> Il a accepté de payer l'amende d'une libraire restée ouverte pendant le confinement. Ecoutez l'écrivain Didier Van Cauwelaert dans le podcast "Les Gens Qui Lisent Sont Plus Heureux"...

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