Diane Kruger agent secret dans "The Operative" : "Pour faire ce métier, il faut un mental d’enfer"

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INTERVIEW - L’actrice allemande Diane Kruger livre une performance de haut vol dans "The Operative", le film d’espionnage hyper réaliste du réalisateur israélien Yuval Adler, en salles le 24 juillet. Ce nouveau défi, sa carrière mais aussi sa vie de famille... De passage à Paris, elle s’est confiée à LCI.

C’est son plus beau rôle depuis "In The Fade", le film de Fatih Akin qui lui avait valu le prix d’interprétation à Cannes en 2017. Dans "The Operative", en salles le 24 juillet, Diane Kruger incarne Rachel, une Britannique recrutée par le Mossad pour une mission d’infiltration en Iran, au début des années 2000. Basé sur le roman d’un ancien membre des services secrets israéliens, ce thriller de Yuval Adler livre un regard sans concession sur un univers qui fascine le cinéma. Et que l’actrice allemande a abordé avec la volonté d’être la plus fidèle possible à la réalité…


LCI : Vous rêviez depuis toujours de jouer une espionne ? 

Diane Kruger : Oui et non. Bridget von Hammersmark dans "Inglourious Basterds", c’était une espionne aussi. Là ce qui m’a plu, c’est la proposition d’un film plus réaliste sur le quotidien d’une espionne, en mission à long terme, avec ce que ça implique pour sa vie personnelle. Avec le metteur en scène Yuval Adler, qui est lui-même israélien, je trouvais qu’il y avait une authenticité que j’avais rarement vue au cinéma. 


On fantasme souvent ce métier d’espion, sans doute à cause des James Bond. Qu’avez-vous découvert en travaillant sur ce film ? 

Je me suis préparée pendant deux semaines avec des agents du Mossad, là-bas. Disons qu’ils m’ont guidée. J’ai aussi parlé avec la femme qui a inspiré le livre sur lequel est basé le film. Ce qui m’a surpris, c’est que le quotidien de ces gens peut-être très ennuyeux. J’ai aussi appris que pour être agent secret, il faut un mental d’enfer. Ce sont des gens hors normes. Sur 5.000 personnes qui postulent, ils n’en prennent qu’une seule tellement c’est difficile psychologiquement. Surtout quand on part des années dans des pays pas très "sympas".

Il arrive qu’un agent disparaisse et quitte sa famille parce qu’il pense avoir découvert l’amour de sa vie pendant sa missionDiane Kruger

Cette femme que vous incarnez est assez insaisissable, pour ses supérieurs, comme pour le spectateur d’ailleurs… Qui est-elle pour vous ? 

C’est quelqu’un qui s’est cherché, durant sa jeunesse. Elle est britannique, née d’un père juif. Mais elle n’a pas grandi dans la religion juive. En arrivant en Israël pour rejoindre le Mossad, elle a l’impression d’appartenir à une famille. Et elle va être déçue de voir qu’après avoir fait tant de sacrifices, on soit capable de la dégager sans aucun scrupule parce qu’elle n’est pas juive, au fond. C’est le vrai sujet du film, pour moi. 


Comédien et espion, il y a des similitudes ? 

On m’a beaucoup posé cette question et après avoir juste touché la surface de ce qu’est le métier d’espion, j’ai l’impression que ça n’a rien à voir. Evidemment que quand on est acteur, on observe les gens. Mais c’est plus intuitif. Pour un film, il arrive qu’on apprenne certaines techniques. Coiffeur, serveur… Mais on fait semblant. Pendant quelques semaines, quelques mois. Le soir on rentre chez soi et on retrouve notre vie personnelle. Être espion, c’est très différent. Mentalement, c’est autre chose. C’est une question de vie ou de mort. D’autant plus que lorsqu’on vit plusieurs années dans un pays, même supposé être votre ennemi sur le papier. Les choses commencent à se mélanger. On s’aperçoit que la vie n’est pas en noir et blanc, et on ne voit plus que les zones grises. On tombe amoureux…


Est-ce qu’on peut vraiment tomber amoureux lorsqu’on est espion ? 

J’ai posé la question moi aussi parce que ça me semblait difficile. Mais en fait ça arrive tout le temps. Il arrive qu'un agent disparaisse et quitte sa famille parce qu’il pense avoir découvert l’amour de sa vie pendant sa mission. D’ailleurs, lorsqu’il s’en aperçoit à temps, le Mossad n’hésite pas à le retirer du terrain. C’est beaucoup plus commun qu’on ne le croit.

Après "In The Fade", c'est encore un rôle très intense. Avez-vous l’impression d’avoir franchi un cap, que peut-être vous n’auriez pas pu incarner de tels personnages il y a encore quelques années ? 

"In The Fade", certainement. Parce qu’il y avait une implication très profonde, très longue, très difficile, même dans ma vraie vie. Je n’ai pas travaillé pendant près d’un an après. "The Operative", c’est encore différent. Je crois que je n’avais pas eu l’opportunité qu’on me propose un film de ce genre. Un film que je porte sur mes épaules toute seule. C’est peut-être aussi l’expérience qui fait qu’on se sent capable de jouer les nuances. De savoir aussi discuter, échanger avec le réalisateur, qui du coup vous fait plus confiance.


De manière générale, est-ce difficile de trouver des rôles aussi forts pour une comédienne ? 

Ça reste difficile de trouver des bons rôles. Sur dix scénarios qu’on reçoit, il n’y en a pas 8 qui sont sublimes ! Je suis à un âge où ne me propose plus de jouer les jeunes premières. C’était bien, c’était sympa, mais la question ne se pose plus ! (sourire). J’ai acquis une certaine maturité et je ne veux pas tourner si ce n’est pas quelque chose qui me fait vraiment envie. Ce qui compte aujourd’hui, c’est ma famille, ma fille que je viens d’avoir. 


Ça change quoi d’être maman dans la vie d’une comédienne ?

Je ne sais pas encore puisque je m’apprête à démarrer mon premier film depuis sa naissance (le film d’action "355", avec Jessica Chastain et Penelope Cruz – ndlr). Mais je crois ça change tout parce que c’est un vrai sacrifice de m’absenter maintenant. Et ça demande une vraie organisation.

Est-ce que vous allez un jour faire un zombie dans "The Walking Dead", la série de votre compagnon Norman Reedus

Non, je ne crois pas ! (rires). Pas parce que je n’aime pas la série mais parce que c’est quatre heures de maquillage. Très tôt à partir de 4 heures du matin (rires).


Vous n’avez pas de projet de cinéma ensemble ? 

Pas pour le moment. Mais il y a un livre dont j’ai acheté les droits et je trouve que ce serait très bien pour lui. On est en train de voir si on peut le produire. Mais il n’y a pas de rôle pour moi, a priori.


Qu’avez-vous fait du prix d’interprétation remporté à Cannes en 2017 pour "In The Fade" ? 

Il est chez moi, à New York, dans ma bibliothèque. Je le regarde et je le dépoussière de temps en temps ! (rires). C’était vraiment un grand bonheur.

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