"Douleur et Gloire" : et si Pedro Almodóvar tenait enfin sa Palme d’or ?

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MALÉDICTION - En cinq tentatives, Pedro Almodóvar n’a jamais remporté la récompense suprême du Festival de Cannes. De retour en compétition avec "Douleur et Gloire", l’un de ses films les plus personnels, le maître espagnol sera-t-il enfin sacré sur la Croisette ?

Entre Cannes et Almodóvar, c’est une histoire d’amour qui dure. Pour le meilleur, dans l’ensemble, mais avec comme un léger goût d’inachevé. S’il a fait partie du jury présidé par Gérard Depardieu, en 1992, l’enfant terrible du cinéma espagnol a dû patienter sept ans de plus pour être retenu en compétition avec "Tout sur ma mère", son douzième film depuis "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier" en 1980. Il était temps !

Etait-il jusque-là trop baroque, trop rebelle, trop libre, simplement trop Almodóvar pour la Croisette ? Toujours est-il que c’est avec son premier vrai grand mélo, interprété par Cecilia Roth et Marisa Paredes, qu’il dispute enfin la Palme d’or. Le glacial David Cronenberg, président du jury cette année-là, en décidera autrement en couronnant l'austère "Rosetta" des frères Dardenne, Pedro Almodóvar repartant avec le prix de la mise en scène. Qu'à cela ne tienne : quelques mois plus tard, il décrochera le César et l'Oscar du meilleur film étranger.

L’Espagnol retrouve Cannes cinq ans plus tard, en 2004, avec "La Mauvaise Education", un drame très personnel présenté en ouverture, hors compétition. La rumeur court que le cinéaste refuserait désormais de concourir avec ses pairs. Tout faux : deux ans après, on le retrouve en compétition avec le puissant "Volver", l'un des ses films les plus populaires à ce jour.

Penélope Cruz, Carmen Maura et l’ensemble du casting féminin vont repartir avec un prix d’interprétation collectif, décerné par le jury présidé par le cinéaste hong-kongais Wong Kar-wai  Le cinéaste, lui, devra se contenter du prix du scénario, la Palme étant attribuée à Ken Loach pour "Le vent se lève". Encore manqué.

Depuis, Pedro Almodóvar a présenté trois films en compétition à Cannes. "Etreintes Brisées" en 2009, "La Piel Que Habito" en 2001 puis "Julieta", en 2016. Sa vision du Septième art serait-elle devenue trop flamboyante pour l’époque ? Il est à chaque fois rentré bredouille de son séjour dans le Sud de la France, se consolant avec un succès en salles qui ne s’est jamais démenti.

Désigné président du jury en 2017, le cinéaste remettra, un peu à la surprise générale, la Palme d’or au Suédois Ruben Östlund pour "The Square", une délicieuse satire du monde l’art contemporain. Faut-il y voir un pied de nez au petit monde du cinéma d’auteur, souvent injuste avec le Madrilène ? Mystère.

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Toujours est-il qu’il n’en a pas fini avec Cannes puisqu’il revient cette année présenter "Douleur et Gloire", ou l’histoire de Salavador Mallo, un célèbre cinéaste ibère en panne d’inspiration. C’est Antonio Banderas qui prête ses traits à ce double tragicomique d’Almodovar dans une œuvre où se mêlent regrets, confidences et fantasmes. 

Comme si à travers son acteur fétiche, le maître bientôt septuagénaire tombait (enfin) le masque pour mieux nous émouvoir. Le jury présidé par le Mexicain Alejandro Gonzales Iñárritu lui offrira-t-il enfin la consécration qu'il mérite ? Réponse dans quelques jours sur la Croisette…

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