"Du miel plein la tête" ou l'art délicat de parler de la maladie d'Alzheimer au cinéma

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LEÇON DE VIE - L'Allemand Til Schweiger signe un film à la fois loufoque et documenté sur le parcours d'un septuagénaire qui perd peu à peu ses souvenirs et ses repères. Le récit se fait même didactique grâce à la plus héroïque de l'histoire, sa petite-fille.

Nick Nolte est-il vraiment malade ? La question a été posée par des membres de la Fondation Vaincre Alzheimer venus découvrir "Du miel plein la tête", en salles ce mercredi 20 mars, tant la performance de l'acteur américain de 77 ans est bluffante. Il y campe Amadeus, un septuagénaire atteint de la maladie d'Alzheimer qui s'installe chez son fils Nick (Matt Dillon) et sa belle-fille (Emily Mortimer) car il ne peut plus vivre seul. "Je n'ai jamais vu d'acteur aussi bien préparé pour un rôle. Son exemplaire du scénario était annoté du début à la fin", a commenté le réalisateur allemand Til Schweiger, qui signe ici le remake hollywoodien de son film "Honig im Kopf", qui  rassemblé plus de 7 millions de spectateurs en Allemagne en 2014.


Le regard parfois hagard, les mains tremblotantes, Nick Nolte s'est emparé d'une maladie qu'il connaît bien en puisant dans ses souvenirs d'enfance. Ceux qu'il partage avec sa grand-mère, touchée par Alzheimer. "Elle vivait dans un monde imaginaire. J'y ai passé beaucoup de temps avec elle parce que ça gênait mon père qu'elle parle avec des personnes qu'elle seule voyait dans le salon", raconte-t-il à AARP, l'association américaine des retraités.

Le grand-père du réalisateur a lui aussi été atteint d'Alzheimer. Mais pour préparer au mieux ses deux films, Til Schweiger s'est entouré de médecins et d'infirmiers. De ses visites dans des structures d'accueil, il a "appris que lorsqu'un malade d'Alzheimer tente de vous dire quelque chose et tient des propos incohérents, il est déconseillé de lui dire qu'on ne comprend pas et de lui demander ce qu'il a voulu dire". Des scènes que l'on voit pourtant se multiplier entre Amadeus, son fils et sa belle-fille, qui perdent rapidement patience avec lui. Sa petite-fille Tilda se montre en revanche plus douce avec son grand-père et plus prompte à le rejoindre dans son univers.

Un regard différent sur la maladie : celui d'un enfant

Comme dans cette scène au restaurant où elle décide elle aussi de s'étaler de l’aïoli sur le visage pour ne pas laisser son grand-père seul. "Ne l'encourage pas !", lui hurlent alors ses parents. La fillette de 10 ans, incarnée par la fille de Nick Nolte, Sophia Lane Nolte, lui fait répéter certains de ses souvenirs. Même si elle les a déjà entendus des dizaines de fois. Contrairement à des films comme "Still Alice" avec Julianne Moore ou "N'oublie jamais" avec Ryan Gosling, "Du miel plein la tête" offre un regard différent sur Alzheimer : celui d'un enfant. Le film se fait très didactique et vulgarise au maximum cette maladie. "C'est comme si ton cerveau était constitué de livres et qu'ils s'effondraient au fur et à mesure, avec les connaissances qu'ils contiennent", explique un médecin à la fillette.

Til Schweiger a également eu recours à l'humour pour traiter de ce sujet grave, comme on avait pu le voir dans "La Finale" avec Thierry Lhermitte et Rayane Bensetti. Sauf que le ressort comique se fait ici beaucoup plus loufoque, parfois trop. Mais Nick Nolte s'en défend. "La démence est trop éprouvante pour être donnée à part entière au public. Si vous n'y mettez pas d'humour, ce sera difficile", assure-t-il. Le réalisateur espère lui que son film "rassurera un peu ceux qui peuvent être effrayés par cette pathologie et qu'ils arriveront à l'envisager avec humour et sagesse". 

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