Inclassable et fière de l’être, Chris(tine and the Queens) part à la reconquête de son public

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PORTRAIT - La chanteuse Chris est l’une des stars incontournables des festivals de l’été. Reste que depuis la parution de son deuxième album, très loin des scores de ventes du premier, sa liberté de ton ne plaît pas à tout le monde. Mais ne comptez pas sur elle pour faire machine arrière…

On la voyait déjà triompher lors des 34e Victoires de la musique, le 8 février dernier à la Seine Musicale. Et puis elle a été battue. Par l’outsider Jeanne Added, qui lui a chipé le trophée de l’artiste féminin de l’année. Et par le regretté Alain Bashung, dont l’album posthume "En amont" a été préféré à "Chris", son deuxième opus. Le phénomène autour d’Héloïse Letissier, le vrai nom de Christine and The Queens, que l'on appelle désormais Chris, ferait-il grincer quelques dents au sein de la profession ? 


Il faut bien reconnaître que la Nantaise est l’une des rares chanteuses françaises du moment à faire parler d’elle par-delà nos frontières. Et dans la presse anglo-saxonne en particulier, où du New York Times au Guardian, en passant par le pointu Pitchfork, on a célébré ces derniers mois son audace et son inventivité. Sa volonté aussi d’aller "au-delà" de la simple actualité musicale en imposant un personnage androgyne qui déconcerte. Voire dérange.

Une artiste qui n'en fait qu'à sa tête

"Je m'épanouis désormais comme une femme phallique", déclarait-elle l’été dernier, malicieuse dans les colonnes de Télérama. "Je pourrais dire que je suis lesbienne, mais pas tout le temps, pas seulement. Mais il y a aussi des lesbiennes qui m'interpellent : 'Pourquoi parles-tu d'un garçon dans telle chanson ?' Comme si j'étais une traîtresse à la cause. Il y a toujours des gens pour me soupçonner de ne pas choisir mon camp par intérêt, par calcul."


Cette volonté de n’en faire qu’à sa tête, dans sa carrière comme dans sa vie privée, explique sans doute pourquoi "Chris" est devenue la cible préférée des haters ces derniers mois.  Il y a d’abord eu ces internautes qui l’accusaient d’avoir utilisé le logiciel Garageband pour écrire "Damn, dis-moi". "Si j'ai samplé des boucles libres de droit, c'est pour délibérément chercher un son référencé, générique, que je puisse parvenir à pervertir de l'intérieur", se justifiera-t-elle dans une lettre ouverte sur les réseaux sociaux.

On lui reproche d’en faire une histoire de sexisme ? "C’est un énième raccourci", rétorquera-t-elle. "Même si oui, être une femme qui est productrice, c’est être exposée à deux fois plus de soupçons et de remises en question. Je suis aussi là pour le dire." Reste que ses détracteurs l’attendent désormais au coin du bois.  Ils lui tombent une nouvelle fois dessus en accusant le clip de la chanson "5 Dollars" d’être un vulgaire copié-collé de "Break Free", le court-métrage de Ruby Rose, la star sulfureuse de la série "Orange is the new Black".  Ni l’une, ni l’autre ne viendra alimenter la polémique.

Neuf mois après la sortie de "Chris", la chanteuse a sans doute conscience qu'elle a pris des risques, en terme d'image surtout. Après un bon démarrage, les ventes de l'album ont stagné. Avec 153.000 exemplaires écoulés dans le monde, dont la moitié en France, on est loin, très loin du triomphe de "Chaleur humaine". Rappelons que son premier opus s'était vendu à plus de 1.3 million d'exemplaires dans le monde, dont plus de 850.000 chez nous.


A l’affiche des grands festivals de l’été, des Eurockéennes aux Vieilles Charrues en passant par les Francofolies, la jeune femme assume plus que jamais sa différence. Elle est d'ailleurs de nouveau montée au créneau pour se défendre, suite à une interview parue début mai dans Le Monde. "Je ne me reconnaissais pas dans l’image des jeunes filles apprêtées et hyper-sexualisées", y expliquait notamment la chanteuse à propos de son adolescence.

Ces propos sincères, mais visiblement insoutenables pour une partie de la France de 2019, vont entraîner un déferlement d’attaques homophobes sur sa page Instagram. La chanteuse décidera d’en republier un florilège "pour vous montrer qu’il y a encore beaucoup de travail à faire contre l’intolérance en France", écrira-t-elle à ses abonnés. "Tout cela ne fait que m’apporter encore plus détermination." Message reçu ? 

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