Jalil Lespert : "Dans 'Le Dindon', rien n’est grave et tout le monde peut se tromper"

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INTERVIEW - Acteur sensible et cinéaste éclectique, Jalil Lespert change encore de registre avec "Le Dindon", en salles ce mercredi. Une adaptation de la pièce de Feydeau dans laquelle il dirige la crème de la comédie française. LCI a recueilli ses confidences.

C’est une pièce référence du théâtre de boulevard français. "Le Dindon" de Georges Feydeau s’offre ce mercredi un lifting sixties devant la caméra de Jalil Lespert. Le réalisateur de "Yves Saint Laurent" et de la série "Versailles" l’a adaptée avec Guillaume Gallienne, qui incarne Pontagnac, un dragueur pathétique dont la dernière cible, Victoire (Alice Pol), n’est autre que l’épouse de son ami Vatelin (Dany Boon). Le point de départ d’une comédie ou les tromperies et les quiproquos s’enchaînent à un rythme effréné…    

Après "Iris", un thriller très noir, vous vous essayez pour la première fois à la pure comédie avec "Le Dindon". C’est un choix délibéré ? 

On me pose à vrai dire la question à chaque film ! C’est peut-être lié au fait que ma formation d’acteur m’a amené à jouer des rôles toujours différents et à tourner pour des gens qui ont des univers quelque fois diamétralement opposés. Il y a aussi le fait que je suis un spectateur qui apprécie un cinéma très varié. Mais le point commun à tous mes films, c’est l’envie de creuser, d’aller puiser dans le patrimoine français. Et ce que j’aime, c’est l’adapter, le mettre au goût du jour…

Reste que votre film a une patte "vintage" puisque vous avez transposé l'intrigue de la fin du XIXe siècle aux années 1960, avec une réalisation plus moderne… 

Ce que je voulais, c’est faire connaître cette pièce à un public encore plus large, qui n’a pas forcément l’opportunité d’aller au théâtre. Il y a dans cette pièce une efficacité redoutable, très cinématographique. Je trouvais que les années 1960 collaient bien avec la folie et l’imaginaire de Feydeau. Et que ça permettait justement de le sortir du carcan théâtral. Du moins de le situer dans une époque qui nous est plus proche et qui fait référence au cinéma avec lequel j'ai grandi, celui des grandes comédies de Gérard Oury, par exemple.

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Dans "Le Dindon", il ne manque que les réseaux sociaux et les applications de rencontre, non ? 

Absolument. Il y a quelque chose d’intemporel chez Feydeau. Et aussi un esprit très français : rien n’est grave, tout le monde peut se tromper. Les personnages ne sont pas gnangnans, ils ne sont pas très gentils mais ce ne sont pas des ordures non plus. 

Ce sont des humains qui nous ressemblent. 

Si l’intrigue avait lieu aujourd’hui, Pontagnac serait épinglé par #BalanceTonPorc, non ? 

Pas loin en tout cas ! Ce qui est sûr, c’est qu’on a envie de lui mettre des baffes. Et c’est ce qui va lui arriver, d’ailleurs. Mais on est aussi rattrapé par ce qu’en fait Guillaume. Sa fragilité, sa rondeur. Il amène de la compassion, presque. Parce que le mec est nul et qu’il est persuadé d’être un tombeur. Alors qu’il est tout l’opposé.

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Vous réunissez à l’écran quelques-uns des meilleurs acteurs comiques du moment. Vous n’aviez pas envie de jouer avec eux ? 

Alors non, pas du tout ! Je trouvais ça déjà très compliqué d’adapter Feydeau parce que ça demande une précision redoutable. Et puis je n’ai pas leur talent comique, enfin je ne crois pas ! Je prends énormément de plaisir à constituer une troupe de comédiens, à les accompagner et je dirais presque à me mettre à leur service parce que le rôle d’un metteur en scène, avec un Feydeau, c’est de rendre grâce au texte et à ceux qui l'interprètent.

>> "Le Dindon" de Jalil Lespert. Avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol, Ahmed Sylla. En salles ce mercredi.

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