"J’accuse" : pourquoi Roman Polanski veut absolument porter l’affaire Dreyfus à l’écran

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COMEBACK - Malgré l’échec de son dernier film, et la polémique qui l’a entourée, Roman Polanski s’apprête à reprendre le chemin des plateaux pour tourner à Paris "J’accuse", un long-métrage sur l’affaire Dreyfus avec Louis Garrel et Jean Dujardin dans les rôles principaux. Un projet qui lui tient à cœur depuis depuis déjà plusieurs années. Explications.

Roman Polanski ne raccroche pas. Deux ans après la sortie mouvementée et l’échec au box-office de "D’après une histoire vraie", le cinéaste franco-polonais, 85 ans, tournera à partir du 26 novembre prochain à Paris "J’accuse", l’adaptation de "D.", le roman historique de l’écrivain britannique Robert Harris consacré à l’affaire Dreyfus. Les deux hommes se connaissent bien puisque le premier avait déjà porté à l’écran le thriller du second, "The Ghost Writer", en 2010, couronné l'année suivante par le César du meilleur réalisateur.


Dans "D.", Robert Harris adoptait le point de vue du lieutenant Georges Picquart, l’homme qui établira l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus, français de confession juive accusé de trahison par l'armée. Conflit majeur de la IIIe République, l’affaire va profondément diviser les Français. Condamné en 1894 au bagne à perpétuité, Dreyfus sera finalement innocenté en 1898. D'après la Gaumont, qui co-produit et distribuera le film, Roman Polanski et Robert Harris ont décidé d'opter "pour la forme dramatique d'un thriller sur fond d'espionnage."

Jean Dujardin en tête d'affiche

Côté casting, le cinéaste a convaincu plusieurs acteurs français de premier plan de le rejoindre. C’est en effet à Jean Dujardin, qu'on peut voir cette semaine dans "I Feel Good", qu'il a choisi de confier le rôle de Picquart, celui de Dreyfus revenant à Louis Garrel. A leurs côtés on retrouvera Emmanuelle Seigner, la compagne du cinéaste, héroïne actuellement dans la série "Insoupçonnable" sur TF1, Grégory Gadebois, Olivier Gourmet ou encore Mathieu Amalric.

"J’accuse" est un projet de longue date de Roman Polanski puisqu’il l’avait évoqué dès 2012 dans les colonnes de "The Hollywood Reporter" : "On peut montrer la pertinence absolue de cette histoire, notamment en regard de ce qu’il se passe dans le monde aujourd’hui", expliquait-il à l’époque, dénonçant "ce spectacle ancestral de la chasse aux sorcières menée par une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement hors de tout contrôle, des cachotteries gouvernementales et une presse enragée."


Roman Polanski ne s’est jamais caché de la dimension personnelle du projet. "Il y a un aspect de cette histoire qui me fascine. C’est l’aplomb avec lequel les médias ont persisté à mentir, comme l’armée à l’époque de Dreyfus, et au même titre que n’importe quelle institution d’ailleurs", expliquait-il en 2013 au micro de RTL. "Il arrive souvent que les magazines ou les journaux racontent des mensonges à mon sujet. Même si je réagis, ils auront toujours le dernier mot. Ils n’avoueront jamais leur erreur, exactement comme l’armée au cours de l’Affaire Dreyfus", ajoutait-il.

Un parallèle avec sa propre carrière ?

Si le budget de "J'accuse" n'a pas été communiqué, il s'agit de l'un des projets les plus ambitieux de Roman Polanski depuis "Le Pianiste", Palme d'or à Cannes en 2002. A l’origine, le tournage devait débuter en 2016 avant que des problèmes de budget, notamment liés au départ du comédien américain qui devait tenir le rôle de Dreyfus, n’oblige le réalisateur à revoir ses plans. Il s’était alors consacré à l’adaptation de "D’après une histoire vraie", le roman de Delphine de Vigan, que sa compagne lui avait fait découvrir quelques mois plus tôt.


Fin octobre 2017, la sortie de ce thriller psychologique interprété par Emmanuelle Seigner et Eva Green avait été perturbée par les protestations de militantes féministes, venues notamment perturber l’avant-première du film à la Cinémathèque de Paris. Elles reprochaient à l’établissement d’accueillir et d’organiser une rétrospective de l’œuvre du cinéaste, condamné en 1977 aux Etats-Unis pour le viol de Samantha Geimer, une adolescente de 13 ans. Après avoir passé 42 jours derrière les barreaux, et craignant que sa peine ne soit alourdie, il avait fui les Etats-Unis pour la France. Il n’y est jamais retourné depuis.

Emmanuelle Seigner toujours à ses côtés

Après les révélations de l’affaire Weinstein, en octobre plusieurs femmes étaient sorties de l’ombre pour accuser le cinéaste d’agression sexuelle. Aucune nouvelle plainte n’a été déposée à ce jour contre lui. En mai dernier, l’Académie des Oscars a choisi d’exclure Roman Polanski, "en accord avec ses normes de bonne conduite", se justififera-t-elle dans un communiqué. Trois mois plus tard, la même Académie des Oscars provoquera la colère d’Emmanuelle Seigner en l’invitant elle à rejoindre la liste de ses membres.

"Samantha Geimer, sa seule et unique victime, demande depuis des années le classement de l'affaire, mais les juges et les médias refusent de l'entendre", la compagne du cinéaste dans une tribune publiée par "Le Journal du Dimanche". "J'ai l'impression que, depuis les nazis de son enfance jusqu'à ces dernières années, on condamne Roman à fuir perpétuellement, sans la moindre volonté d'une partie des médias de regarder le dossier de sa vie avec des yeux clairs. (...) Aujourd'hui, Roman a purgé plus que le maximum de la peine encourue pour la faute commise."

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