"Jojo Rabbit" : "Ce n'est pas un film pour enfants mais il leur est accessible"

"Jojo Rabbit" : "Ce n'est pas un film pour enfants mais il leur est accessible"
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INTERVIEW - Avant de s'atteler à la réalisation de "Thor 4", Taika Waititi propose une fable tragi-comique en pleine Allemagne nazie dans laquelle il incarne un Adolf Hitler devenu le meilleur ami imaginaire d'un petit garçon de 10 ans. Un film au final très touchant qui a décroché six nominations aux Oscars. Rencontre.

Il figure déjà au générique de "Thor : Love and Thunder". Il est aussi attaché à l'univers "Star Wars" dont il pourrait réaliser l'un des prochains films. Ne cherchez pas, le nom de Taika Waititi est partout à Hollywood. Le cinéaste néo-zélandais, à qui l'on doit le déluré "Thor : Ragnarok", était de passage à Paris fin janvier pour présenter l'un des longs métrages les plus intéressants de ce début d'année.

Il offre avec "Jojo Rabbit" un regard tout particulier sur l'Allemagne nazie de 1945, celui d'un garçon de 10 ans dont l'ami imaginaire n'est autre qu'Adolf Hitler. Sa vision du monde qui l'entoure va peu à peu changer quand il découvre que sa mère Rosie (impeccable Scarlett Johansson) cache chez eux une jeune fille juive. Nommée six fois aux Oscars, cette fable habile et pleine d'humour a remporté le prix du public au Festival de Toronto et part à la conquête du public français dès le 29 janvier au cinéma. LCI s'est entretenu avec son réalisateur.

LCI : Hitler dit à Jojo : "Sois un lapin. Courageux, sournois et fort". C'est ce que vous vous êtes dit au moment d'envoyer votre scénario aux studios ?

Taika Waititi : (Il rit) Non, je me suis juste dit : "Avec un peu de chance, je n'aurais pas à écrire davantage sur ce script". Je trouve qu'écrire, c'est très difficile. C'est toujours un travail solitaire, en particulier avec un scénario comme celui-là. A mi-chemin, vous vous demandez : "Est-ce qu'il y a vraiment un intérêt à faire ça ? Est-ce que quelqu'un va le produire ? Pourquoi est-ce que je fais un film sur ce sujet, avec des blagues dedans ?" Mais derrière tout ça, j'étais déterminé à créer quelque chose qui pourrait toucher les gens, qui pourrait faire une différence, que les enfants pourraient voir et qui les affecterait aussi. C'est très important pour moi que le film soit vu par le jeune public. Ce n'est pas un film pour les enfants mais il leur est accessible. Nous avons besoin de continuer à les stimuler à voir des choses qui les font réagir. Nous devons leur apprendre ce qui peut se produire quand vous laissez ces terribles idées devenir incontrôlables. Je dirais qu'on peut voir ce film à partir de 10 ans.

Que voulez-vous donc que le public garde en mémoire en sortant de la salle de cinéma ?

Je crois que la plupart des spectateurs ont en tête une volonté d'améliorer leur comportement devant les enfants et qu'ils pensent aussi au message qu'on leur envoie quand on est en conflit. Les plus jeunes voient la manière dont on traite les autres et ça influence leur façon d'agir plus tard. Donc j'espère que les gens prendront conscience de ça, voudront simplement prendre leurs enfants dans leurs bras et être là pour eux. Et qu'ils voudront aussi s'améliorer et les guider dans la vie.

Il s'agit vraiment de retirer à Hitler son pouvoir en le faisant passer pour un idiot- Taika Waititi

Le film est une libre adaptation du roman Le Ciel en cage de Christine Leunens. Vous avez ajouté à l'histoire Adolf Hitler, que vous interprétez et que vous transformez en bouffon très Chaplinesque. Où avez-vous trouvé l'inspiration pour livrer votre version du personnage ?

J'ai été inspiré par le fait que d'autres avant moi s'étaient moqués de lui. Mais je ne voulais pas baser mon personnage sur détails spécifiques piochés chez d'autres personnes. J'ai fait attention à ne regarder aucune interprétation. Je les ai vues il y a des années mais je ne voulais pas copier mes prédécesseurs. J'ai fini par jouer avec le personnage et m'assurer qu'il se sente comme un gamin de 10 ans. Quand j'étais avec Jojo, je me disais : "Ok, je vais agir comme un enfant autant que je peux". Il s'agit vraiment de retirer à Hitler son pouvoir en le faisant passer pour un idiot. Comme on parle d'un garçon solitaire dans les jeunesses hitlériennes qui veut un ami imaginaire, ça faisait sens pour moi que ce soit ce mec-là. 

"Jojo Rabbit" est un équilibre parfait entre la comédie et l'émotion, entre la tragédie et la satire. Et c'est sans doute parce que nous voyons l'histoire se dérouler à travers le regard d'un enfant.

Voir le monde à travers le regard des enfants m'a toujours fasciné. La manière dont ils perçoivent les choses, dont ils nous perçoivent ainsi que nos comportements... Quand je vois ça au cinéma, je trouve ça toujours plus puissant qu'une interprétation d'adulte de comportements d'adultes. Je crois que quand les enfants tendent un miroir de la société aux personnes plus âgées, ce qu'ils nous montrent est bien plus vrai. Parfois, c'est si honnête que ça peut nous briser le coeur.

Roman Griffin Davis, 12 ans, est brillant dans ce qui est son tout premier rôle. Sa prestation lui a même valu une nomination au Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie. Quand avez-vous su qu'il était votre Jojo ?

Nous l'avons choisi tardivement, peut-être quatre semaines avant le début du tournage. Ça faisait des mois qu'on enchaînait es auditions, on a vu près de 1000 garçons. C'était un peu comme s'il sortait de nulle part et il était absolument incroyable.

Vous ouvrez le film sur une chanson des Beatles, vous le refermez sur un morceau de David Bowie. Ce sont des choix plutôt inhabituels pour un film sur la Seconde Guerre mondiale. Était-ce pour symboliser le passage du fanatisme à la liberté ?

J'ai repris les Beatles et des images de la Beatlemania pour montrer qu'Hitler était comme une popstar dans les années 1930. Il avait une sorte de statut divin pour certains, les gens s'évanouissaient quand ils le voyaient. Il y avait un vrai culte autour de sa personnalité. "Heroes" de David Bowie était dans le scénario dès sa première version. La chanson est liée à Berlin mais je voulais aussi que le film soit contemporain. Je voulais que la scène de danse finale soit intemporelle. Je voulais qu'on s'échappe de cette idée d'un film authentique sur la Seconde Guerre mondiale et montrer que ça pourrait très bien se passer à notre époque. Deux enfants de deux cultures différentes qui referment ce fossé et mêlent leurs différences culturelles pour trouver un socle commun, ça pourrait et ça devrait se produire de nos jours. C'est pour ça que tous les dialogues dans le film sont très contemporains. Tom Waits et Roy Orbinson sont aussi sur la bande originale. Le choix de la musique a été très important pour moi. Il s'agit de rappeler aux gens que c'est une fable, pas un documentaire et que ce n'est pas un film précis sur le plan historique. 

"Jojo Rabbit" de et avec Taika Waititi

avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Sam Rockwell et Rebel Wilson

en salles le 29 janvier 2020

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