"Judy" : comment les derniers concerts londoniens de Judy Garland sont devenus son chant du cygne

"Judy" : comment les derniers concerts londoniens de Judy Garland sont devenus son chant du cygne
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ARCHIVES - De décembre 1968 à février 1969, l'icône hollywoodienne a posé ses valises dans la capitale anglaise pour une série de shows destinés à renflouer ses comptes. Une période charnière pour l'artiste, mise en lumière dans le film avec Renée Zellweger qui sort en salles le 26 février.

Londres a marqué bon nombre de ses renaissances. C'est pourtant le vague à l'âme que Judy Garland accepte de rejoindre le Royaume-Uni en cette fin d'année 1968, contrainte de quitter ses enfants Lorna et Joey pour pouvoir mieux profiter de la vie avec eux. Endettée et abîmée par les excès de drogue et d'alcool, la chanteuse de 46 ans n'a plus tourné depuis cinq ans. 

Alors pour redresser la barre, elle accepte de se produire pendant cinq semaines au Talk of the Town, l'un des hauts lieux du spectacle de la capitale anglaise. "C'était le seul endroit à Londres où on pouvait reproduire Las Vegas ou les lieux cultes de la nuit parisienne. Certains disaient que c’était comme les Folies Bergère", se souvient pour BBC Radio Michael Hirst, le manager général de l'endroit à l'époque. 

Je crois qu'elle avait simplement besoin que les gens soient gentils avec elle pour une fois, et c'est ce qui la faisait aller sur scène- Rosalyn Wilder, ancienne assistante de Judy Garland à Londres

Une salle hors du temps qui sert de cadre majeur à "Judy", le biopic consacré à la star qu'incarne avec brio Renée Zellweger. "Cette opportunité était une planche de salut et une manière de réduire au silence ses détracteurs et de prouver au monde et à elle-même qu'elle avait encore toutes les qualités pour se produire sur scène", explique le scénariste du film Tom Edge. Si aux Etats-Unis le public la boude, Judy Garland rayonne encore outre-Manche. L'ensemble de ses spectacles affichent rapidement complet. Son arrivée à l'aéroport d'Heathrow le 28 décembre 1968 électrise les foules. Elle apparaît souriante sur les clichés publiés par The Observer. Elle est même accueillie par une ordonnance judiciaire, remise en main propre à sa descente de l'avion. Deux hommes d'affaires américains, qui affirment être sous contrat exclusif avec l'artiste pour encore six mois, tentent d'empêcher la tenue de sa série de concerts londoniens. En vain. La résidence de la chanteuse démarre dès le lendemain.

Mais les soirées ne se déroulent pas sans difficulté en coulisses. Judy Garland se montre "imprévisible". "Vous ne pouviez jamais savoir si elle allait arriver à l’heure, interpréter l’ensemble des chansons prévues ou bien plus. Elle était très mince et avait ce regard sanguin d'une personne sous-alimentée", témoigne Michael Hirst. Ses addictions compliquent aussi ses performances, comme le raconte Rosalyn Wilder. Consultante sur "Judy", elle s'est assuré pendant ces cinq semaines que la chanteuse soit bien sur scène chaque soir. "Elle n'est jamais vraiment arrivée très saoule au Talk of the Town. Elle avait peut-être pris des cachets et voulait en prendre quand elle était avec moi. Mais j'essayais juste de lui faire croire qu'elle pouvait se produire sans, lui rappeler qu'elle était toujours l'une des plus grandes légendes de l'histoire. Je crois qu'elle avait simplement besoin que les gens soient gentils avec elle pour une fois, et c'est ce qui la faisait y aller", raconte-t-elle à la radio NPR.

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Une fois micro en main, c'est quitte ou double. "Elle ne donne pas vraiment un concert, elle mène une séance de spiritisme. Elle suscite la pitié et le chagrin comme aucune autre superstar", écrit dans The Observer le journaliste Tony Palmer après avoir assisté au spectacle du 14 janvier 1969. Il la décrit comme "mince, presque exténuée, ses cheveux tirés en arrière comme ceux d'un garçon". "Son costume orange à sequins lui donne l'air chic (...). La main sur la hanche, elle se pavane, marche en titubant, d'un pas lourd et rôde", poursuit-il. "Tout est immaculé et dénué de sens. Le monde bâclé et terni qu'elle a créé l'a émasculée. En elle, on voit le vestige cassé d'un âge tapageur du showbiz qui croyait que le glamour était suffisant pour se substituer au génie", insiste-t-il.

Vient alors la chanson culte, "Over the rainbow", qu'elle interprète depuis la sortie du "Magicien d'Oz" quarante ans plus tôt et qui la transforme "en petite fille mise à terre qui refuse poutant d'abandonner".  Un titre puissant que Renée Zellweger délivre avec émotion dans "Judy". Le 1er février, Judy Garland et sa voix rauque tirent leur révérence après cinq semaines de shows. Dans sa loge après la représentation, la star assure à un journaliste qu'elle compte bien s'installer à Londres avec son cinquième mari Mickey Deans épousé trois semaines plus tôt. Son objectif ? "Racheter un club, le diriger et le transformer en business florissant". Elle affirme aussi qu'elle pourrait venir chanter quand bon lui semble dans l'établissement, situé tout près de Picadilly Circus. Mais le projet ne verra jamais le jour. Judy Garland est retrouvée morte cinq mois plus tard dans sa maison londonienne, victime d’une overdose accidentelle. Elle venait tout juste de fêter ses 47 ans.

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"Judy" de Rupert Goolde

avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock et Rufus Sewell

en salles le 26 février

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