L'adaptation d'"After" manque cruellement de piquant : "Ce n'était pas mon choix", se défend Anna Todd

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INTERVIEW - En salles mercredi 17 avril et vendu comme "le digne successeur de 50 Nuances de Grey", "After - Chapitre 1" n'est au final qu'une version très édulcorée du roman d'origine. Le résultat d'un compromis entre la réalisatrice et Anna Todd, son auteure, qui s'en explique pour LCI.

Anticipons tout de suite les reproches. Oui, nous avons lu les romans. Non, nous ne trouvons pas que la comparaison avec "50 Nuances de Grey" soit usurpée. Anna Todd elle-même ne s'en est jamais cachée. Elle parlait même de "version vanille de la saga de E.L. James" pour qualifier sa propre oeuvre, "After", dont l'adaptation débarque au cinéma mercredi 17 avril. Le SM et les cravaches en moins. 


L'histoire ? Celle de "Tessa Young, une jeune femme déterminée qui pense que tout est planifié et qui se croit beaucoup plus mature que ce qu'elle n'est en réalité. Elle rencontre Hardin qui, sur le papier, semble être son total opposé. Ils se rapprochent autour de la littérature et leurs mondes s'en retrouvent bouleversés", nous conte la jeune Américaine de 30 ans venue à Paris pour promouvoir "After - Chapitre 1". 

Mais dans sa route vers Hollywood, la romance torride des deux étudiants, vendue à 5 millions d'exemplaires en France et lue 1,6 milliard de fois à l'international sur Wattpad, a perdu le piquant qui la classait dans le rayon "littérature érotique". Le film de Jenny Gage n'en est qu'une version très édulcorée qui a laissé au placard l'éveil sexuel de sa jeune héroïne et effacé toutes les scènes qui avaient donné chaud aux lectrices. Laissant comme une impression de verre à moitié vide pour proposer au final un long-métrage capable de frapper un public beaucoup plus jeune, et donc plus large. La bande-annonce, elle, laissait pourtant présager le contraire... Un parti pris sur lequel Anna Todd revient pour LCI.

LCI : Les droits du roman ont été achetés il y a cinq ans, avant même la parution du roman chez un éditeur. Pourquoi le film a-t-il mis si longtemps à devenir réalité ?


Anna Todd, auteure d'"After" : Au départ, nous avions un studio (Paramount Pictures, ndlr) qui était très excité par le projet mais qui n'a pas pris de décisions. Plus les rendez-vous avançaient, plus on s'éloignait de l'histoire d'origine. Je me rappelle qu'une femme lors d'une réunion pensait que Hardin devait être un DJ. Je me suis dit : "Quoi ?" C'était l'une des pires idées que j'avais entendues ! Donc je n'ai pas franchement essayé de faire avancer les choses. On a récupéré les droits et on s'est tourné vers un studio de production plus petit  où on a pu rester beaucoup plus proche de mon récit. Ça a mis du temps mais maintenant qu'on y est, j'en suis contente. Même pour le casting, j'avais d'autres personnes en tête avant et je suis heureuse de la manière dont les choses se sont terminées. Le timing était parfait, même s'il était long.

Si je devais réécrire le livre, je ne changerais rien. Même à notre époqueAnna Todd

Vous avez pris part à l'écriture du scénario. Dans le prologue de la nouvelle édition d'"After" (Hugo New Romance), vous expliquez que "ce ne sera jamais la même chose que le livre". On passe d'une romance sulfureuse aux scènes de sexe explicites à une version très édulcorée pour adolescents. Pourquoi avoir choisi de supprimer toutes les scènes torrides pour le film ?


Ce n'était pas mon choix pour être honnête et totalement transparente. Quand votre réalisatrice a une vision totalement différente de la vôtre, vous devez parfois vous retrouver au milieu. Sa version aurait été encore plus soft et la mienne était à côté. On a dû trouver une forme de compromis parce qu'il y a des choses que je ne pouvais juste pas contrôler. Je me suis battue pour beaucoup de choses. Mais pour d'autres, je ne pouvais absolument rien faire. Mais je suis vraiment d'accord avec vous (elle rit).


Le personnage d'Hardin est également plus doux dans le film, la relation qu'il entretient avec Tessa moins toxique. Est-ce que le mouvement #MeToo a impacté la manière de raconter leur histoire ?


Dans un sens, oui. Mais nous n'avons pas nécessairement pensé 'à cause du mouvement #MeToo, nous devons faire ça'. Il s'agissait plus d'en avoir conscience et d'avoir conscience aussi du fait que dans un livre, vous avez littéralement des milliers de pages pour expliquer le choses et entrer dans la tête de quelqu'un. Si je devais réécrire le livre, je ne changerais rien. Même à notre époque. Enfin, sauf la scène des draps (dans le roman, Hardin montre à ses amis les draps tâchés de sang après la première fois de Tessa, ndlr).  C'était juste... Beurk. C'était too much, c'est certain. Mais je ne changerais pas forcément l'aspect toxique de la relation parce que je pense que c'est réaliste, même si c'est dur. Certains n'aiment pas ça mais beaucoup d'autres si et on peut vraiment s'y retrouver. On en a juste fait une version plus moderne. Je ne voulais pas qu'on gomme le côté grossier d'Hardin donc on a dû se retrouver à mi-chemin encore une fois. Tessa aussi a été édulcorée. Elle n'est pas aussi dramatique, pas aussi émotive. Le principal, c'était de savoir comment ça allait apparaître à l'écran et parfois, j'ai dû effacer le livre de ma tête parce que je voulais quand même que ce soit un bon film.

Le message du film, c'est "prends en main ta sexualité et n'aies pas peur de faire des erreurs dans tes relations" ?


Oui, exactement. Même si c'est une version édulcorée et que beaucoup de choses ont été mises de côté, le film conserve l'essence du roman. Je suis toujours très fière du film.  


Toujours dans le prologue du roman, vous invitez le public à voir le film comme "un nouveau parfum à découvrir". Si le roman était "la version vanille de 50 Nuances de Grey", quel serait le parfum d'"After" version cinéma ?


Ouhh... Qu'est-ce qui vient avant la vanille ? (Elle réfléchit). Je vais dire banane !

"After - Chapitre 1" de Jenny Gage avec Josephine Langford et Hero Fiennes Tiffin.

En salles le 17 avril (1h46).

Également disponible : l'édition collector d'"After" (Hugo New Romance)

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