Le Kestuf’ de Dinos : "Ce que je ne dis pas dans la vie de tous les jours, je le dis dans mes chansons"

Le Kestuf’ de Dinos : "Ce que je ne dis pas dans la vie de tous les jours, je le dis dans mes chansons"
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INTERVIEW – Rappeur sensible mais déterminé, Dinos publie son deuxième album, l’excellent "Taciturne", à rebours des clichés du genre. Il est l’invité du Kestuf’ de LCI.

Dans la grande famille du rap français, Dinos fait bande à part et l’assume bien volontiers. Depuis "L’Alchimiste", son EP paru en 2013, inspiré par le best-seller de Paul Coelho, cet enfant de la cité des 4000 défend ses textes intimistes, sans clash ni bling-bling, avec l’assurance que lui a conféré son expérience des "rap contenders", ces duels a capella où le talent ne trompe pas. 

Dix-huit mois après le succès d’estime de l’excellent "Imany", ce solide gaillard revient aux affaires avec "Taciturne", un deuxième opus aux sonorités éclectiques et sophistiquées dont le titre vaut tous les discours. "C’est ce qui me résume le mieux, c’est l’un de mes traits de caractère que j’essaie d’effacer mais qui au final ne part pas. Je reste taciturne", avoue l’invité du Kestuf’ de LCI. 

De là à rendre fou ceux qui l’aiment, comme il dit si bien sur l’entêtant "Oskur" ? "Si tu te disputes avec moi, je te répondrai pas. Si tu m’envoies plein de messages, pareil. Je suis dans mon coin, je suis taciturne. Je n’aime pas trop parler, c’est horrible", rigole le rappeur. "Ce que je ne dis pas dans la vie de tous les jours, tout ce que je ne dis pas aux gens, je le dis dans mes chansons. C’est comme ça que je me rattrape, c’est une sorte d’exutoire."

 

Né au Cameroun en 1993, Dinos, de son vrai nom Jules Jomby, a débarqué avec ses parents en Seine-Saint-Denis lorsqu’il avait à peine  4 ans. "Je me suis fait sans l’aide de grand monde", explique-t-il sans aigreur. "Je me suis forgé ma personnalité, ma carrière. J’ai pas eu la chance par exemple d’avoir un featuring avec un grand artiste qui te booste. J’ai tout fait moi-même, plus ou moins. "

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S’il puise dans ses origines modestes sa force de caractère, pas question d’en faire un fonds de commerce. De même qu’il refuse de surfer sur les tensions sociales du moment. "Je ne me considère pas comme un rappeur engagé", avoue-t-il. "Je me considère comme un être humain honnête. Je dis ce que je pense ou ce que j’estime être vrai ou important. Mais l’engagement… Quand on a des engagements, il faut s’y tenir. Et je ne sais pas si j’en suis capable."

Ce qui ne l’empêche de poser un regard lucide sur la situation des banlieues, à l’heure où "Les Misérables" de Ladj Ly triomphe au cinéma. "Aujourd’hui les problèmes sous-jacents restent les même", observe Dinos – la violence, l’insalubrité. Le manque d’emploi. "Mais il y a des bonnes choses aussi. Il y a beaucoup plus de soutien scolaire qu’avant. Beaucoup plus de structures éducatives pour les jeunes ou même pour les vacances. Il faut parfois parler des bonnes choses même s’il reste énormément de mauvaises choses."

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Si aujourd’hui le rappeur a quitté les tours de la Courneuve, ses parents y résident encore. "Initialement c’était des cités dortoirs", rappelle-t-il. "Le but c’était d’être là et de partir un jour. Alors pourquoi pas leur offrir un jour une maison dans le Sud, en Italie. Au Portugal, en Afrique ? Peu importe. Mais qu’ils passent leur deuxième ou troisième partie de vie dans un endroit plus paisible. Je pense que c’est un cadeau que tout le monde aimerait faire à ses parents."

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