"Le meilleur reste à venir" : comment les réalisateurs du "Prénom" ont appris à rire de la maladie

"Le meilleur reste à venir" : comment les réalisateurs du "Prénom" ont appris à rire de la maladie
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INTERVIEW – Sept ans après "Le Prénom", Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte reviennent avec "Le meilleur reste à venir", en salles le 4 décembre. Une comédie dramatique interprétée par Patrick Bruel et Fabrice Luchini que le duo a écrit en puisant dans une série d’épreuves personnelles douloureuses. LCI les a rencontrés.

Inséparables depuis près de 20 ans, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte ont longtemps écrit pour les autres avant de connaître un immense succès avec "Le Prénom", la pièce de théâtre qu’ils ont eux-mêmes adaptés au cinéma en 2012. Un carton en salles, avec plus de 3 millions d’entrées et cinq nominations aux César. 

Il aura fallu patienter sept ans pour les retrouver aux manettes d’un film à quatre mains, "Le meilleur reste à venir". Interprété par Patrick Bruel et Fabrice Luchini, cette comédie dramatique met en scène deux amis d’enfance dont les liens vont être mis à rude épreuve par la maladie incurable de l’un d’entre eux.

LCI : C’est la première fois que vous réalisez un film ensemble depuis "Le Prénom". Pourquoi avoir attendu si longtemps ? 

Alexandre de La Patellière : Le socle de notre travail en commun, c’est de raconter des histoires. Les films et les pièces, on les a toujours écrits à deux. Après, ce sont les projets qui dictent la manière dont on travaille. Après "Le Prénom", il y a eu "Un illustre inconnu", que Mathieu a réalisé et que j’ai produit. Mais c’était le film de Mathieu, il n’y avait pas de doute. Ensuite on a écrit "Papa ou maman" et sa suite, que Martin Bourboulon a réalisés. On se donne la liberté de s’adapter à chaque projet et celui-là, "Le meilleur reste à venir", a été conçu à quatre mains d’un bout à l’autre.

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Vous vouliez passer du temps ensemble sur un plateau ?

Matthieu Delaporte : On est comme les couples qui fonctionnent sur la distance : il faut que chacun ait sa part de liberté ! Ce que je trouve super dans notre relation, c’est qu’on fait des choses ensemble quand on a des envies communes. Si demain Alex a envie d’écrire un bouquin, il me le fera lire et je lui donnerai mon avis. Ce qui est sympa c’est de faire tout ensemble, mais à des degrés divers.  

Alexandre de La Patellière : Ce qui est vrai aussi, c’est que depuis près de 20 ans, on a un bureau, où on se retrouve tous les jours pour écrire, avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins d’inspiration.

D’où vient l’idée de départ de ce nouveau film ?

Matthieu Delaporte : C’est partie de deux histoires personnelles. Avec "Le Prénom", on a vécu une aventure formidable, avec une pièce qui était pleine partout, qui a été jouée dans le monde entier, suivie du film qui a eu un immense succès. Mais dans le même temps on a vécu la maladie et le décès de notre amie Valérie Benguigui (l’interprète d’Elisabeth dans la pièce est décédée d’un cancer en septembre 2013 à l’âge de 52 ans – ndlr). Ça nous a bouleversés. D’un côté on avait ce dont on avait toujours rêvé, de l’autre on traversait un moment très douloureux qui nous a beaucoup interrogés sur la vie. Et on a eu envie d’écrire là-dessus.

Alexandre de La Patellière : Mais on voulait faire quelque chose de lumineux. Être du côté de la vie et pour ça on avait besoin d’un axe de comédie. On a commencé à faire des recherches et je me suis souvenu avoir lu un livre qui s’appelait "La Méthode Schopenhauer", de Irvin D. Yalom, et j’ai suggéré à Mathieu de s’y intéresser.

Matthieu Delaporte : C’est l’histoire d’un médecin qui se rend compte qu’il a un cancer incurable et il s’interroge sur le temps qui lui reste à vivre. Je commence à le lire, je le trouve formidable. Le seul truc, c’est qu’il  y a une description très précise de son mélanome et je réalise que ça ressemble énormément à ce que j’ai sur la cuisse… Je suis allé voir un médecin qui loin de me rassurer, m’a envoyé faire des examens. Entre le moment des prélèvements et celui de la réponse, on ne sait pas de quel côté la pièce va tomber. A l’époque,  je n’en ai parlé qu’à Alexandre.

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Alexandre de La Patellière : On a vécu ensemble ce mois de suspense très étrange, tout en étant rattrapés par notre métier. Comme nous écrivons, c’était assez fascinant car Mathieu a  vécu l’histoire des deux côtés. Il était acteur d’une inquiétude terrible. Et en même temps il m’a beaucoup fait rire à travers les expériences qu’il vivait avec les médecins. C’est de là qu’est née l’idée du quiproquo au départ du film.

Matthieu Delaporte : On s’est interrogé sur ce qu’était le mensonge et la vérité dans ces cas-là. L’intérêt de le dire aux autres. Vous savez que vous allez leur faire du mal alors qu’ils n’ont rien demandé. Vous avez entre les mains une grenade dégoupillée et ça pose mal de questions. Moi j’ai préféré le garder pour moi en me disant qu’il serait toujours temps d’annoncer une mauvaise nouvelle. C’est un moment où tout se retrouve amplifié. Chaque réveil, chaque dîner avec des copains… C’est très particulier.

L’équilibre entre le drame et la comédie a t-il été périlleux à trouver ?

Matthieu Delaporte : Nous étions obsédés par cette ligne de crête. La maladie, ça arrive dans toutes les familles et c’est un sujet qu’il faut traiter. Le cinéma des années 1970 n’avait pas peur de s’attaquer à des thèmes graves en y insufflant de la vie et de l’humour. C’est vrai que ces dernières années, la comédie française s’est focalisée sur des sujets très légers. Nous, nous voulions avancer sur deux jambes, celle du rire, l’autre de l’émotion, et passer sans cesse de l’une à l’autre. En faisant rire des choses dramatiques. Et en prenant au sérieux des choses très légères.  

Alexandre de La Patellière  : Rire de ce qui nous fait peur est un réflexe d’autodéfense. Et tout l’enjeu, c’était de faire un film qui ressemble à la vie. Dans notre quotidien, on traverse des ascenseurs émotionnels très forts. Alors pourquoi la comédie en serait-elle privée ? 

>> "Le meilleur reste à venir", de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière. Avec Patrick Bruel, Fabrice Luchini, Zineb Triki, Pascale Arbillot. En salles le 4 décembre.

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