Le roman inédit (et inachevé) de Françoise Sagan n'emballe pas les critiques

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BONJOUR TRISTESSE - Un livre inédit de Françoise Sagan, "Les quatre coins du cœur", est sorti ce jeudi chez Plon. En partie retouché par son fils, il déçoit dans le milieu littéraire.

Des rumeurs persistantes avaient germé ces derniers mois dans le milieu de l’édition sur l’existence d’une oeuvre inédite d’un écrivain disparu. C'est finalement Françoise Sagan, auteure du célèbre "Bonjour Tristesse", qui nous avait laissé un trésor caché, "Les quatre coins du cœur", sorti ce jeudi 19 septembre chez Plon. Découvert par "miracle" par son fils Denis Westhoff après sa mort en 2004, ce roman inédit a été tiré à 70.000 exemplaires. 

"Privé de certains mots, parfois même de passages entiers". C'est dans cet état que le fils unique de la romancière au style désinvolte et sarcastique a retrouvé le manuscrit en deux volumes de sa mère. Denis Westhoff a décidé de lui donner une seconde jeunesse en y mettant sa touche au-delà de la préface. Il raconte à l'AFP avoir ajouté  "les corrections qui (lui) semblaient nécessaires en prenant soin de ne pas toucher au style, ni au ton du roman". La nécessité d'une retouche était évidente à ses yeux car le texte, "dactylographié, avait été tellement photocopié que le contour des lettres n'était plus tout à fait net" précise-t-il.

Un style "saganesque" manifeste mais parfois désuet

"Le texte m’avait confondu par son écriture violemment saganesque, son caractère parfois impudent, sa tonalité si baroque et le rocambolesque de certaines péripéties", décrit le fils Sagan. Pour certaines critiques littéraires, si "la patte Sagan" est intrinsèque à ce manuscrit oublié, il apparaît suranné sur certains aspects. 

Notamment à cause de ses personnages un brin archaïques comme cette femme, Marie-Laure, "sophistiquée et sans culture", qui ne supporte plus son riche mari amoindri physiquement après un dramatique accident de voiture, et sa mère Fanny, veuve éplorée très sensible au charme de son gendre...

Le thème, récurrent chez Sagan, des histoires d'amour impossibles "entre bourgeois", semble lasser les critiques littéraires. Chez France Culture, on moque gentiment le côté vieillot, presque sexiste, "du personnage du père, Henri, qui semble tout ignorer du consentement et penser qu’on annonce son avenir à une femme sans la consulter". La radio considère même que la lecture de cet ouvrage s'apparente à des "heures avec un automate" Sagan. Même déception du côté de Télérama, "Les quatre coins du cœur" est qualifié de "roman posthume (qui) souffre d’incohérences et de maladresses".

Plus radical, le Nouvel Obs parle de "sacré ratage" dont le produit inachevé se rapprocherait plus d'un "résultat embarrassant".

Le Monde apporte une pointe de modération positive sur le dernier ouvrage de la romancière atypique en rappelant que "l’humour, le détachement et l’élégance de l’écrivaine sont au rendez-vous". 

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