"Le web nous offre un grand terrain de jeu" : le ciné-karaoké l’Ecran Pop se réinvente face à la crise

"Le web nous offre un grand terrain de jeu" : le ciné-karaoké l’Ecran Pop se réinvente face à la crise
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INTERVIEW – En entraînant la fermeture des salles de cinéma, la pandémie de coronavirus a aussi mis un brutal coup de frein à ces séances chantantes pas comme les autres. Natacha Campana, fondatrice de l’Ecran Pop, explique à LCI comment elle tente de rebondir malgré la mise en sommeil forcée de son activité.

Deux ans qu’il fait chanter les passionnés de comédie musicale lors de séances de cinéma endiablées, où les paroles des chansons du film défilent à l’écran. Mais depuis le 14 mars, l’Ecran Pop est aussi noir que les salles dans lesquelles il se déroule habituellement.

Jamais avare en bonnes idées, sa fondatrice Natacha Campana multiplie les initiatives pour garder le contact avec ses habitués et séduire un nouveau public. De la mise en vente d'un "billet solidaire" à la mise en place de cours de danse en ligne, elle détaille pour LCI comment elle maintient en vie la passion qui l'anime depuis toujours.

L’Ecran Pop est indissociable des salles de cinéma, qui sont fermées depuis deux mois. Comment se porte votre activité ?

Concrètement, elle est au point mort. Ne pas voir l’avenir, c'est le plus difficile. Personne ne sait, c’est une généralité pour beaucoup de secteurs. On devait lancer ce vendredi 15 mai un cabaret-karaoké avec le théâtre Mogador à Paris. Il n’aura évidemment pas lieu et on ne sait pas quand on pourra reprendre. On a toujours envie de le faire, le Mogador aussi, mais on ne sait pas quand les théâtres ouvriront non plus. Et dans quelles conditions ? C’est aussi ça l’inconnue. Admettons que les cinémas rouvrent à la fin de l’été, ils ne le feront pas dans des conditions qui nous permettront de maintenir notre activité. Si c’est un siège sur deux, à la limite pourquoi pas ? L’ambiance serait peut-être un peu compliquée à obtenir, mais ce serait mieux que rien. Si le port du masque est obligatoire, ce qui me semble logique vu ce qu’on traverse, et bien, chanter avec un masque, c’est très compliqué (elle rit).  Même une fois les salles ouvertes, je pense que tout ce qui touche à l'événementiel ne pourra pas reprendre de sitôt.

Vous avez lancé un "billet solidaire" la semaine dernière. C’est un moyen de redresser une trésorerie en difficulté ?

On n’a pas de trésorerie parce que même si les gens ont pris des billets pour les dates de juin et de septembre, on n’en bénéficie pas. Celles de juin ne sont pas encore annulées parce  qu’on n’a pas d’annonce officielle disant que les cinémas seront encore fermés à ce moment-là. La réalité, c’est qu’ils le seront sans doute à moins d’un miracle qui fasse disparaître le virus. Le billet solidaire est l’une des solutions qu’on met en place pour se dire qu’on ne va pas couler, qu’on va tenir et qu’on sera là quand ça va reprendre. Mais ce n’est pas la seule. C’est à la fois humain et financier. L’idée, c’est d’avoir une solidarité, de la sentir et de dire que ça peut être important de soutenir son spectacle. Ça nous permet de recevoir des messages de soutien, que ce soit en payant un billet ou juste en nous envoyant un mot pour nous dire : "On est avec vous !". Ça donne du baume au cœur et ça permet de tenir dans cette période bien particulière.  On s’est dit qu’on allait récompenser cette solidarité avec un billet qui est une contremarque qu’on pourra échanger plus tard, sans aucune limite de temps, en économisant 4 euros sur le prix de départ (18 euros au lieu de 22, ndlr). C’est toujours ça de pris ! On sait aussi que si on a vendu X billets à la fin de l’opération, ces X personnes seront là dès qu’on rouvre les portes. C’est très encourageant de savoir que déjà des gens nous attendent. A titre personnel, j’aime tellement ça que je ne risque pas d’arrêter ! 

En une heure, on apprend une minute de chorégraphie pour danser "dans le style de". Ce ne seront pas forcément les pas exacts de la comédie musicale. On va vraiment simplifier le tout- Natacha Campana, fondatrice de l'Ecran Pop, sur sa "Dance Party" à venir

Le public a-t-il répondu présent pour l’instant ?

Bien sûr ! On n’a pas vendu de quoi remplir le Stade de France mais déjà une petite centaine de billets. C’est bien, l'opération court jusqu’au 30 mai donc on a encore du temps. Je ne l’ai pas fait comme une campagne avec un objectif précis. L’idée, c’est de communiquer et de trouver des moyens de garder le lien, de se parler. Et ça, ça n’a pas de prix.

Pour garder ce contact, vous organisez le 23 mai une "Dance Party Dirty Dancing". Quel en est le concept ?

Il a fallu trouver des solutions pour se réinventer et le web nous offre un grand terrain de jeu. Notre public adore la comédie musicale, adore chanter et donc a priori adore danser aussi. Beaucoup d’artistes sont, comme nous, chez eux et n’ont pas d’activité actuellement, donc on s’est dit qu’on allait leur confier des cours de danse thématiques. L’objectif, c’est de reprendre avec eux une chanson phare d’une comédie musicale. En une heure, on apprend une minute de chorégraphie pour danser "dans le style de". Ce ne seront pas forcément les pas exacts de la comédie musicale. On va vraiment simplifier le tout. On a préparé un cours tous niveaux pour que tout le monde puisse participer. Il ne s'agit pas de faire parfaitement mais d’intégrer une attitude, de s’amuser et de faire du sport ensemble. On le fait via Zoom, du coup tout le monde se voit. Je l’ai testé avec des copains et on a vraiment la sensation d’avoir fait quelque chose ensemble. Ça ne remplace pas le physique mais c’est mieux que rien ! 

Donc pourrait-on imaginer un ciné-karaoké depuis son salon ?

Ça me semble compliqué. J’y ai pensé, évidemment, mais l’obtention des droits des films pour les diffuser sur Internet risque d’être sacrément compliquée. Pour cette raison, je n’ai pas trop creusé le sujet pour l’instant. Et puis dans un cours de danse, il y a une réelle interactivité alors qu’une fois que le film est lancé, on va couper les micros de tout le monde et chacun va chanter un peu tout seul devant son écran. Je ne suis pas convaincue de l’idée. Je préfère trouver d’autres idées plutôt que de reproduire quelque chose qu’on fait déjà et qu’on fait bien. Peut-être que dans deux mois je vous dirai autre chose, mais je ne crois pas (elle rit).

C’est un scénario possible pour le spectacle de se dire qu’il n’y aura rien avant 2021- Natacha Campana, fondatrice de l'Ecran Pop

D’autres initiatives sont-elles à venir pour ne pas laisser l’Ecran Pop dans un coin ?

On lance cette "Dance Party" avec Karim Camara qui est déjà notre Patrick Swayze sur les séances de "Dirty Dancing". On teste, ça prend bien et je pense qu’on va être nombreux à la première session. L’idée, ce serait de le refaire avec lui sur ce film ou d’autres comédies musicales auxquelles il a participé comme "Hairspray", "We Will Rock You" ou "Hair". On veut aller aussi chercher des artistes qui ont été sur d’autres comédies musicales. Il y a pas mal de grands talents sur scène, c’est un vivier inépuisable. Répéter cette opération peut durer longtemps. Après, au-delà de ces nouveaux projets, on prépare aussi la rentrée histoire d’être prêt quand ça reprendra. On ne sait pas quand, mais ça reprendra ! Il ne faudrait pas être en retard à ce moment-là.

Vous collaborez avec le Grand Rex à Paris et êtes aussi présents à Lille, à Lyon et à Nantes. Avez-vous pu échanger avec vos cinémas partenaires sur une éventuelle date de réouverture ?

Bien sûr, on a échangé. On fait des suppositions mais personne ne sait. Je pense que même notre président ne sait pas. Les professionnels de santé ne sont pas tous d’accord. On attend d’avoir un peu plus de visibilité pour envisager de nouvelles dates. Peut-être la rentrée avec de la chance, sinon j’ai en tête que ça peut être 2021. Je suis préparée, c’est un scénario possible pour le spectacle de se dire qu’il n’y aura rien avant 2021.

"The Show Must Go On", ce sera votre nouvel hymne pour les prochains mois ?

Oui, vous avez raison (elle rit). Quand ça reprendra, on aura tous d’autant plus besoin d’avoir de la culture, du spectacle, du divertissement qui vient à nous. Donc à ce moment-là, ça repartira de plus belle. Mais en attendant, il faut tenir et c’est l’enjeu de tous les producteurs de spectacle actuellement.

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"Dance Party Dirty Dancing" by l'Ecran Pop

Le 23 mai à 18h

8 euros - 1 euro par billet sera reversé à l'association Solidarité Femmes via la cagnotte GANDEE. Chaque billet permet aussi de rémunérer les artistes pendant cette période de crise sanitaire

Toutes les informations sur le site de l'Ecran Pop

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