"Les Misérables" de Ladj Ly : le film le plus puissant sur la banlieue depuis "La Haine"

"Les Misérables" de Ladj Ly : le film le plus puissant sur la banlieue depuis "La Haine"
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ON ADORE – Primé à Cannes et candidat de la France aux Oscars, "Les Misérables" met en scène une bavure policière dans une banlieue plombée par la misère et l’inaction de l’Etat. Une fiction coup de poing du nouveau venu Ladj Ly, membre du collectif Kourtrajmé.

C’est bien le phénomène annoncé. Présenté en mai dernier au Festival, "Les Misérables" y avait remporté le prix du jury, une récompense amplement méritée pour son auteur, le prodige Ladj Ly. Membre du collectif de vidéaste Kourtrajmé, cet enfant de la Seine-Saint-Denis vit avec la caméra vissée au poing depuis qu’il a filmé, en 2005, les émeutes qui ont secoué les banlieues françaises. Trois ans plus tard, c’est à Montfermeil, où il  a grandi, qu’il immortalisait une bavure policière à l’origine d’un court-métrage dont le film en salles ce mercredi est la version à la fois plus ambitieuse, percutante et engagée.

 

Après une séquence d’ouverture au cours de laquelle le jeune Issa et ses camarades viennent célébrer à Paris la victoire des Bleus à la Coupe du monde en Russie, Ladj Ly embarque le spectateur entre les tours austères de la cité des Bosquets. On découvre Stéphane (Damien Bonnard), un flic qui a quitté Cherbourg pour se rapprocher de la mère de son fils. Il va devoir faire équipe avec Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Dider Zonga), un duo qui compose avec les dealers, les Frères musulmans et les gitans pour obtenir la paix sociale, à défaut de faire respecter la loi.

Une après-midi, alors qu’ils tentent d’interpeller Issa sur un terrain de jeu, les trois hommes sont pris en grippe par un groupe d’ados à bout de nerfs à force d’être contrôlés jour après jour par ces adultes qui ne comprennent rien à leur vie. Sous la pression, l’un des flics se rend coupable d’une bavure qui a été filmée en direct par le drone d’un gamin qui, d’ordinaire, se sert de son joujou pour espionner les filles du coin. Et qui va, à son tour, être pourchassé par ces hommes faillibles et impuissants face à l’ampleur de leur tâche.

 

Voilà déjà 24 ans que Mathieu Kassovitz a filmé la violence des banlieues dans "La Haine", prix de la mise en scène à Cannes après une montée des marches surréaliste au cours de laquelle les policiers locaux qui surveillaient le tapis rouge tourneront le dos au réalisateur et ses comédiens. Un affront auquel Ladj Ly et son équipe n’ont pas eu droit en mai dernier, même si "Les Misérables" dresse un constat pour le moins alarmant de l’(in)action des forces de l’ordre dans les quartiers difficiles.

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VIDÉO - Le Kestuf des acteurs des "Misérables"

Sur la forme, Ladj Ly mène son intrigue sur un rythme soutenu et ne tombe jamais dans l’esbroufe ou les tics esthétisants, à défaut d’imprimer une véritable patte visuelle. Sa banlieue est peuplée de personnages hauts en couleur, interprétés par des comédiens du cru. Tout n’est pas parfait dans leur jeu, loin s’en faut. Mais aucun ne tombe dans la caricature de la violence virile qui plombe les séries B de l’écurie Besson. Ou certains mauvais clips de rap. Le cinéaste évite d'ailleurs le piège de la B.O. truffée de tubes du moment. Et c'est très bien comme ça.

 

Sur le fond, "Les Misérables" dénonce sans tomber dans la victimisation. Et ne se départit jamais d’une certaine forme d’humour, en dépit de la gravité du propos. La politesse du désespoir, sans doute. Car derrière les cris, les insultes et les menaces qui fusent entre ses protagonistes, le film dresse le portrait d’une France à l’abandon depuis les émeutes de 2005. Et dont les enfants, délaissés par la République, semblent aujourd’hui marcher en équilibre sur un fil ténu entre la résignation passive et le chaos.

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