"Mon Pays c’est l’amour" : on a écouté l’ultime album de Johnny... et voilà ce qu'on en pense

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IMPRESSIONS – "Mon pays c’est l’amour", l’album "posthume" de Johnny Hallyday composé par Maxim Nucci, sort ce vendredi 19 octobre. Nous avons pu écouter en avant-première lundi ce disque très rock, plus festif que mélancolique, même si de nombreuses chansons évoquent, à mots à peine couverts, la maladie qui a emporté le chanteur en décembre dernier.

Guirlandes lumineuses, fauteuils en cuir, peaux de bêtes et guitares électriques exposées ici et là… Nous ne sommes pas dans le salon rock n’roll d’une villa californienne mais dans les locaux de Warner Music, dans le Nord de Paris. Et plus précisément dans une petite salle de concert, réaménagée ce lundi pour nous faire découvrir "Mon pays c’est l’amour", "le nouvel album de Johnny Hallyday", comme le présente le manager Sébastien Farran, pas très à l’aise avec l’expression "album posthume". Le lieu est chargé d’histoire puisque le chanteur, décédé le 5 décembre dernier à l’âge de 74 ans, y a répété ses deux dernières tournées avec ses musiciens. 


Pour chacun des "happy few", dont une poignée de fans émus avant même la première note, l’écoute a lieu sous un casque individuel, qu’on imagine archi-sécurisé. La maison de disques nous fait confiance pour ne rien enregistrer. Sur les tables, chacun d’entre nous a droit à un carnet de notes à l’effigie de Johnny pour consigner ses premières impressions, quatre jours avant la sortie du disque dans les bacs, ce vendredi 19 octobre à 00h01 exactement. 

Si l'heure vient à sonner de m'asseoir à sa table et dire ma vérité (…) J’en parlerai diable, il saura m’écouterJohnny Hallyday sur "J'en parlerai au diable"

Entièrement composé par Maxim Nucci, alias Yodelice, "Mon pays c’est l’amour" s’ouvre avec l’intro au piano de "J’en parlerai au diable." "Si jamais on me dit que j’ai trahi/ Alors je ne bronche pas", chante un Johnny qui semble vouloir expier ses fautes sur ce morceau sombre et mélancolique, qui monte en puissance au fil des secondes. "Si jamais on me dit que j’ai flirté avec les limites/ je ne vais pas le nier", poursuit le rockeur.


Difficile de ne pas interpréter les paroles écrites par Pierre Jouishomme à la lumière du drame à venir. Surtout lorsque Johnny balance, menaçant : "Si l'heure vient à sonner de m'asseoir à sa table et dire ma vérité (…) / J’en parlerai diable / il saura m’écouter." Après cette entrée matière intimidante, la suite de l’album détonne par… sa légèreté. 


"Mon pays c’est l’amour" et "Made in rock n’roll", deux morceaux hyper enlevés, bardés de cuivres à l’ancienne, sonnent comme un hommage aux pionniers qui ont donné envie au jeune Jean-Philippe Smet de monter sur scène. Le premier a été composé par Maxim Nucci. Le second est une adaptation de "Let The Good Times Roll", de JD Mc Pherson. Sous les arrangements vintage, la prise de son est brute, le chant comme la batterie, donnant l’impression à l’auditeur d’être assis dans le studio, à côté des musiciens.

Johnny Hallyday redevient plus grave sur "Pardonne-moi", une ballade blues rock dont les paroles ont été composées par le jeune duo Yohann Mallory-Hervé Le Sourd. "Pardonne-moi si ces silences au fond de moi m’ont rendu sourd", commence le rockeur. "Si je tombe, si je n’ai plus peur des adieux / Si je tombe, dis-moi qu’aurais-je pu faire des mieux ?". Johnny s’adresse-t-il à son public ? A Laeticia ? Difficile ne pas avoir la chair de poule.  


"Interlude", le fameux morceau instrumental rajouté au tracklisting attendu, est en réalité l’enregistrement d’une section de cuivres, qui devait au départ figurer sur "Je rencontrai le diable". Persuadé que Johnny l’aurait trouvé superflu, il a décidé d’en faire un intermède avant la deuxième partie du disque qui s’ouvre avec "4m2", le morceau le plus rock de l’album, inspiré par la passion du chanteur pour l’univers carcéral. "4m2 et des poussières, c’est la dimension de l’enfer / 4m2 et des poussières, c’est la mesure de ma misère", scande-t-il, comme un mantra.

Arrive ensuite "Back in L.A". un titre aux sonorités très californiennes, avec cuivres et chœurs féminins. "Je tourne en rond, je n’ai pas sommeil", chante Johnny comme un lion en cage. "J’ai tant de choses à me faire pardonner. "I want you back in LA , c’est ici que je t’aime, c’est ici que je t’attends". De sa patrie d’adoption, il est encore question sur "L’Amérique de William," un mid-tempo country sur lequel le chanteur évoque "les drive-in", "les mobile homes", "les plaques Texaco" et "la vie en Kodachrome".


L’album se refait plus rock dans sa dernière ligne droite. Les guitares électriques de Yodelice et Yarol Poupaud en avant, "Un enfant du siècle" offre une nouvelle fois à Johnny l’occasion de se retourner vers son passé. "Suis-je encore cet enfant qui garde au fond des yeux les feux sans artifice", s’interroge-t-il. "Que restera-t-il de nous si on s’habitue à ne rien dire du tout ?".

J’aurais voulu rester, pour le pire, le meilleur. Mais je ne suis qu’un hommeJohnny Hallyday sur "Je ne suis qu'un homme"

Vient ensuite "Tomber encore" peut-être aussi belle que l’histoire qui est en à l’origine. Ses paroles ont en effet été écrites par Boris Lanneau, un fan de Johnny qui avait remis un classeur de ses textes au directeur artistique Bertrand Lamblot lors d’un concert à Lille, en octobre 2015. Mis en musique par Maxim Nucci, c’est un tube en puissance, simple, efficace et entêtant. "Fais-moi encore tomber, tomber amoureux fou. Tomber à genoux", chante le rockeur à sa belle.


"Je ne suis qu’un homme", l’ultime morceau, fait écho à la noirceur de "J’en parlerai au diable". Le vent souffle dans les écouteurs, un orgue s’élève. "Le monde qu’on espérait ne verra pas le jour", annonce Johnny dans une voix grave qui rappelle les accents "à la Johnny Cash" de l’album "De l’amour". "Comment rester debout ? La rage en moi me rappelle que je ne suis qu’un homme", rugit le rockeur. "J’aurais voulu rester, pour le pire, le meilleur / Mais je ne suis qu’un homme."

C’est l’épilogue épique et intense d’un disque résolument rock, souvent joyeux, comme si Johnny Hallyday s’était servi de son enregistrement pour repousser la mort jusqu’au bout. S’il y est souvent question de pardon, de nostalgie et de regrets, le chanteur aborde ces thèmes sans pathos excessif. Sa voix est plus belle que jamais, parfois fragile, moins dans la performance que la recherche de l’interprétation juste. Du beau travail, en somme.

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"Mon pays c’est l’amour" : l’album posthume de Johnny Hallyday

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