Mort de Claire Bretécher, dessinatrice d'Agrippine

DISPARITION - L'autrice est décédée lundi 10 février à l'âge de 79 ans, ont annoncé les éditions Dargaud. "Son humour et sa liberté d'esprit étaient immenses, ils manqueront à tous ses lecteurs, ils nous manquent déjà", soulignent-elles dans un communiqué.

DISPARITION - L'autrice est décédée lundi 10 février à l'âge de 79 ans, ont annoncé les éditions Dargaud. "Son humour et sa liberté d'esprit étaient immenses, ils manqueront à tous ses lecteurs, ils nous manquent déjà", soulignent-elles dans un communiqué.

Agrippine et "Les Frustrés" sont orphelins. Leur créatrice, la dessinatrice de BD Claire Bretécher, est décédée lundi à l'âge de 79 ans. "C'est avec une profonde tristesse que les éditions Dargaud annoncent le décès de Claire Bretécher, le 10 février 2020, à l'âge de 79 ans", a indiqué l'éditeur dans un communiqué relayé par l'AFP.

"Observatrice détachée (vraiment très détachée) de son époque, elle en croque les travers avec une immense autodérision", souligne la maison d'éditions qui rappelle qu'elle s'était lancée dans la bande dessinée "pour échapper à l'ennui". "Son humour et sa liberté d'esprit étaient immenses, ils manqueront à tous ses lecteurs, ils nous manquent déjà", conclut-elle.

Née à Nantes le 17 avril 1940, elle s'inscrit aux Beaux-Arts au début des années 1960 avant d'abandonner car la bande dessinée n'y avait pas sa place. Elle commence par enseigner le dessin puis collabore avec plusieurs journaux du groupe Bayard. "Le dessin de presse, les strips, la BD, peu importe, je voulais dessiner et mon but était de manger grâce à ça", explique-t-elle. Sa rencontre avec René Goscinny en 1963 lui ouvre de nouveaux horizons. Il lui confie le crayon pour qu'elle dessine son "Facteur Rhésus" dans "L'os à moelle". "J'ai été flattée de cette proposition, et puis je n'étais pas en position de refuser... Il me faisait dessiner des trucs que je ne savais pas dessiner : un ravalement d'immeuble, par exemple. Je suis nulle pour dessiner un ravalement d'immeuble ! D'ailleurs, il n'a pas été content du tout du résultat et il ne me l'a pas envoyé dire, avec courtoisie, comme toujours", raconte-t-elle sur le site de son éditeur.

J'étais violemment féministe quand j'étais jeune, mais je ne suis pas militante de nature- Claire Bretécher dans Libération en 2009

Elle essaime ses créations dans le journal "Tintin" puis chez "Spirou" où elle créé les "Gnan-Gnan", et enfin chez "Pilote", où naît Cellulite, "princesse plus ou moins médiévale et féministe avant l'heure". Suivront les Mères (1982), "Monique (1983), Thérèse d'Avila (1980) et l'ado Agrippine (1988) dont les aventures se déclineront sur huit albums à l'humour tranchant et au regard acéré. Autant de personnages qui lui permettent de s'attaquer à des sujets de société qu'elle identifie très souvent bien avant la plupart de ses contemporains. Claire Bretécher croque les couples, les copines complexées, les faux rebelles ou encore les conformistes. Roland Barthes la désignera même "sociologue de l'année" en 1976. Réaction de la principale intéressée ? "C'est vraiment n'importe quoi !"

Seule femme dans le milieu alors très masculin de la BD, elle s'impose par son écriture et ses initiatives. "J'étais violemment féministe quand j'étais jeune, mais je ne suis pas militante de nature. Je préférais me débrouiller toute seule et appliquer mes théories à moi-même et à mon entourage. De toute façon, quand on est une femme et qu'on est sainement égoïste, on est féministe", déclare-t-elle dans Libération en 2009. En 1972, elle  crée "L'Écho des savanes", avec Marcel Gotlib et Nicolas Mandryka, qui marque sa période la plus libre. De 1975 à 1980, elle édite elle-même cinq tomes des "Frustrés" pour garder le contrôle de son travail et pour qu'on lui "foute la paix".

Elle avait eu un fils avec Guy Carcassonne, dont elle a partagé la vie pendant plus de 25 ans jusqu'à sa disparition en 2013. Elle s'exprimait aussi dans la peinture, dressant les portraits de ses proches. "Pour peindre, il suffit d'avoir une idée sommaire de ce que l'on va représenter. Faire une bande dessinée suppose de trouver une histoire, de bosser comme un chien", résumait-elle citée par l'AFP, ravie de gagner sa vie "en faisant un truc marrant, classé comme un sous-genre, un art mineur".

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