"Music of My Life" : on vous raconte l'histoire vraie qui a inspiré le film

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IL ÉTAIT UNE FOIS... - Avant Javed, le héros de "Music of My Life" dont la vie a été chamboulée par la musique de Bruce Springsteen, il y a eu Sarfraz Manzoor. Aujourd'hui âgé de 48 ans, ce journaliste britannique d'origine pakistanaise voit son adolescence adaptée à l'écran par la réalisatrice de "Joue-la comme Beckham".

29 octobre 2010. Sarfraz Manzoor est à Londres pour l'avant-première de "The Promise", un documentaire consacré à l'élaboration de l'album du même nom de la légende du rock Bruce Springsteen dont il est fan. A son arrivée, le Boss fend la foule et va rejoindre le journaliste britannique qu'il a déjà vu à plusieurs reprises dans le public de ses concerts. "Le livre était vraiment beau. C'était charmant. On m'a envoyé un exemplaire", lui glisse le chanteur à propos d'une oeuvre dont il est malgré lui le héros.

Dans Greetings from Bury Park : A Memoir, Sarfraz Manzoor raconte comment la musique de l'interprète de "Born in the USA" a transformé la vie de l'adolescent passionné d'écriture qu'il était, fils d'immigrés pakistanais élevé à Luton, au nord de Londres, dans le Royaume-Uni rongé par le chômage et la xénophobie des années Thatcher. "On devrait en parler, je veux en faire un film", a-t-il lancé ce soir d'octobre à son idole, encouragé par la réalisatrice Gurinder Chadha qui l'avait invité à l'événement. Neuf ans plus tard, le public français s'apprête à découvrir "Music of My Life", la version romancée de cette histoire pas tout à fait comme les autres qui démarre en 1974.

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Sarfraz Manzoor a deux ans quand sa famille quitte le Pakistan pour l'Angleterre. L'adolescent se forge entre deux cultures et peine à trouver sa place. Mais une rencontre va tout changer. "Nous étions juste des enfants. J'ai rencontré Amolak pour la première fois à l'automne 1987. J'avais 16 ans et c'était ma première semaine au lycée de Luton. Mon père travaillait à l'usine de voiture Vauxhall, ma mère était couturière à la maison et on attendait de moi que j'ai un travail stable et sensé, un mariage arrangé et que je mène une vie respectueuse dans l'obscurité. Mais la vie en a décidé autrement", raconte-t-il dans le Guardian.

"The River", la chanson qui a "changé sa vie"

"Amolak avait son casque sur les oreilles et quand je lui ai demandé ce qu'il écoutait, il m'a dit que c'était Bruce Springsteen. Quand je lui ai demandé quels étaient ses goûts musicaux, il m'a dit que Bruce était la ligne directe à tout ce qui était vrai dans ce monde. Il m'a prêté quelques cassettes et m'a ordonné de m'éduquer", poursuit-il. "The River", porté par son introduction à l'harmonica, est le premier morceau qu'il découvre. Plus qu'un déclic, c'est une révélation. "La musique que j'ai écoutée a changé ma vie. Cela a d'abord fait de moi un fan confirmé de Springsteen et cela m'a ensuite inspiré à suivre mes rêves et à devenir écrivain", explique-t-il.

Springsteen m'a ouvert une fenêtre sur un autre endroit et m'a fait comprendre qu'il m'était possible de m'y rendre- Sarfraz Manzoor

"Si vous vivez dans un monde qui semble petit et fermé, vous avez besoin de quelque chose qui fait office de fenêtre sur un autre monde. Cela peut être un réalisateur, un livre, quelqu'un de votre famille qui fait quelque chose d'intéressant. Mais je n'avais rien de tout cela. Springsteen m'a ouvert une fenêtre sur un autre endroit et m'a fait comprendre qu'il m'était possible de m'y rendre. Il venait lui aussi de la classe ouvrière et n'avait pas non plus de bonnes relations avec son père, j'ai vu des similarités, mais aussi de l'espoir", détaille-t-il dans une interview à Channel 4.

Cette passion pour Bruce Springsteen les a conduits, Amolak et lui, sur les traces du Boss dans le New Jersey. Un voyage fait à l'été 1990 dont quelques clichés s'affichent lors du générique de fin de "Music of My Life". En plus d'avoir signé la première version du scénario, Sarfraz Manzoor a été très impliqué dans la réalisation du film et a distillé ses conseils au jeune Viveik Kalra qui incarne son double de fiction. "On s'envoyait des SMS et je pouvais lui demander ce que je voulais", se souvient le comédien qui tient là son premier rôle au cinéma. 

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"Avant le début du tournage, il m'a emmené à Luton et m'a fait faire le tour. Il m'a montré la première maison où il a grandi puis la deuxième. On a été dans certains des endroits où il avait l'habitude de traîner quand il était ado. On s'est installé dans ce café qui s'appelle Greenfields, en centre-ville. J'étais avec Safraz, Aaron Phagura qui joue Roops dans le film (le nom de fiction d'Amolak, ndlr) et le vrai Roops. On était à table tous les quatre et quelques semaines plus tard, on tournait au même endroit, avec les mêmes menus, les mêmes limonades qu'à l'époque. C'était un moment presque spirituel", relate-t-il, assurant que "80 à 90 % de ce qu'on voit à l'écran est vrai". Un récit poignant qui devrait toucher le plus grand nombre.

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