"Nous finirons ensemble" de Guillaume Canet : une suite bancale qui ne trouve jamais le ton juste

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DÉCEPTION - Neuf ans après "Les Petits Mouchoirs", Guillaume Canet réunit à nouveau ses personnages dans le cadre idyllique du Cap Ferret. En équilibre précaire entre le drame et la comédie, "Nous finirons ensemble" manque sa cible malgré la sympathie qu’on éprouve pour les protagonistes du premier film. Dommage.

Ecrire la suite d’un film à succès est un art périlleux, sinon casse-gueule. Hollywood l’a industrialisé à l’extrême avec la récente saga Avengers, planifiée plusieurs années à l’avance avec le succès commercial qu’on connaît. En France, ce genre d’entreprise reste plus artisanal et se cantonne généralement aux comédies. Après "Qu’est-ce qu’on a encore a encore fait au Bon Dieu ?" et "Tanguy le retour", il y aura bientôt un préquel de "La Vérité si je mens", tandis que "OSS 117 3", "Retour chez ma mère 2" et même un "Ducobu 3.0" sont actuellement en préparation. 


Cette semaine, c’est Guillaume Canet qui remet le couvert avec "Nous finirons ensemble", la suite de son plus grand tube, "Les Petits Mouchoirs", plus de 5,4 millions d’entrées en 2010. Après les quatre César du thriller "Ne le dis à personne", l’acteur-réalisateur s’essayait au film de copains en s’entourant d’une "bande" comme le cinéma français les adore. Il y avait Max (François Cluzet), le restaurateur dépressif, Véronique (Valérie Bonneton), l’épouse excédée, Marie (Marion Cotillard) la nympho rock n’roll, Vincent (Benoît Magimel) le père de famille gay refoulé, Eric (Gilles Lellouche) le comédien instable ou encore Antoine (Laurent Lafitte), le malheureux de l’amour… 

François Cluzet en roue libre

Réunis au Cap Ferret dans la grande maison du premier, comme chaque été, ces bobos parisiens se marraient, se déchiraient et se réconciliaient tandis que leur grand copain Ludo (Jean Dujardin) luttait entre la vie et la mort sur un lit d’hôpital après un terrible accident de la route. Ce suspense médical irriguait tout le film et mettait en lumière les contradictions des personnages, partagés entre égoïsme et déni, jusqu’au dénouement tragique mais libérateur. Bref  "Les Petits Mouchoirs" était avant tout un drame.


C’est bien tout le problème de sa suite qui, dès la scène d’ouverture, ne sait pas sur quel pied danser. Max débarque seul au Cap Ferret, tourmenté comme jamais. Séparé de Véronique depuis plusieurs années, il a décidé de vendre la maison après avoir investi dans une affaire qui a fait faillite. Le pire moment pour voir débarquer ses vieux copains, qui ont décidé de lui fêter ses 60 printemps, après l’avoir délaissé suite à la dispute de trop. Au temps qui passe, tout simplement. 


Guillaume Canet tente d’instaurer une tension entre les personnages, qu’on imagine hantés par le fantôme de Ludo. Hélas ça ne fonctionne pas, la faute à un François Cluzet en roue libre face à ses partenaires qui avancent sur la pointe des pieds, au propre comme au figuré, à l’image de Clémentine Baert qui incarne Sabine, sa nouvelle compagne, sans qu’on ressente jamais de véritable connexion entre les deux personnages.

Dès qu’il échoue à émouvoir, Guillaume Canet change son fusil d’épaule et joue la carte de la franche rigolade. Il y parvient à plusieurs reprises à travers le personnage d’Antoine, le loser magnifique joué par Laurent Lafitte qui drague lourdement Isabelle (Pascale Arbillot), l’ex-femme de Vincent. Le coming-out de ce dernier est en revanche beaucoup moins crédible. Impossible de croire une seconde au couple caricatural formé par Benoît Magimel avec Mikael Wattincourt, qui incarne un ex-danseur de l’Opéra de Paris dont l’âge avancé est une source de moqueries gênantes, sinon déplacées.


Le mélange des genres est d’autant plus périlleux que le scénario ne cesse d’ouvrir des pistes sans les exploiter jusqu’au bout, comme la romance naissante entre Marie et Eric, tuée dans l’œuf par une scène de saut en parachute qui semble tout droit sortie d’un film de vacances tourné au caméscope. Autre cas d’école avec le personnage d’Alain (José Garcia), un rival parisien de Max qui s’incruste dans la villa en son absence pour séduire Véronique et vider sa cave à vin avec deux potes qui ont à peine deux lignes de dialogue. Une sous-intrigue de boulevard, rigolote sur le papier, mais totalement déconnectée de l’histoire principale.

"Nous finirons ensemble" donne la sensation qu’après avoir collaboré sur l’inégal mais cruel "Rock n’roll", Guillaume Canet et son co-scénariste Rodolphe Lauga ont cherché, en vain, l’idée géniale qui unirait de nouveau ces destins disparates. Et que faute de se mettre d’accord sur la bonne, ils ont misé sur l’alchimie indéniable entre les comédiens du premier film pour s’attirer de nouveau les faveurs d’un public indulgent. Sauf que 2h15 à se tourner autour sans se trouver, c’est long. Très long. Même sur une plage au Cap Ferret.


>> "Nous finirons ensemble", de Guillaume Canet. Avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche. En salles mercredi.

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