Oscars : pourquoi Spike Lee, "furieux", a-t-il quitté son fauteuil après la victoire de "Green Book" ?

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COUP DE SANG – D’après plusieurs témoins présents au Dolby Theater de Los Angeles dimanche soir, Spike Lee s’est levé de son siège pour quitter la salle lorsque "Green Book" a remporté l’Oscar du meilleur film aux dépens de "BlackkKlansman". Simple jalousie ? Pas tout à fait…

C’est une scène qui a échappé aux caméras qui filmaient la 91e cérémonie des Oscars. Mais pas aux invités de la grande soirée de remise de prix du cinéma américain. Au moment où l’Oscar du meilleur film a été décerné à "Green Book" de Peter Farrelly, le réalisateur Spike Lee, qui était en compétition avec "BlackkKlansman", l’histoire vraie d’un flic noir qui a infiltré le Ku Kluk Klan, a eu beaucoup de mal à masquer son mécontentement. 


"Il était furieux, il s’est levé et il a marché vers la sortie de l’auditorium en soupirant avant d’être arrêté à la porte", a rapporté  sur Twitter Andrew Dalton, journaliste de l’agence AP. "Il n’est retourné à son siège que lorsque les discours de remerciements ont été terminés."

Récompensé un peu plus tôt dans la soirée par l’Oscar de la meilleure adaptation, le premier de sa longue carrière, Spike Lee était-il simplement vexé de ne pas faire le doublé ? C’est un peu plus compliqué… Backstage, les journalistes ont tenté d’interroger le cinéaste, qui a d’abord botté en touche en hurlant "Next Question !!!". Avant de lâcher, coupe de champagne à la main : "J’ai cru que j’étais au (Madison Square) Garden et que l’arbitre avait pris une mauvaise décision", s’est justifié ce grand fan de l’équipe de basket des New York Knicks.

Une réponse polie qui dissimule une colère plus profonde. Depuis la sortie de "Green Book", plusieurs membres de la famille de Don Shirley, décédé en 2013, ont exprimé leur désapprobation à l’égard du film de Peter Farrelly, qui raconte l’amitié inattendue entre le pianiste, interprété à l'écran par Maershala Ali, et son garde du corps blanc Tony Lip, joué par Viggo Mortensen, lors d’une tournée dans l’Amérique profonde des années 1960.


Dans une émission diffusée sur la radio NPR en novembre dernier, l’animateur Joshua Johnson révélait que Maurice Shirley, 82 ans, le dernier frère du musicien encore en vie, refusait de voir Green Book car il serait "rempli de mensonges. Contrairement à ce qu’on voit à l’écran, Don Shirley n’était pas éloigné de sa famille et de la communauté noire. Et il avait déjà mangé du poulet frit avant", ajoutait-il en référence à une scène du film.


Durant la même émission, Carol Shirley Kimble, la nièce du pianiste, était intervenue pour se plaindre de la manière dont son oncle était représenté. "C’est encore une fois l’histoire d’un homme noir racontée par un homme blanc", déplorait-elle, regrettant que Peter Farrelly donne une importance démesurée, à son goût, au garde du corps incarné par Viggo Mortensen.

Ces critiques, qui n’ont pas empêché le film d’être un succès en salles, laissaient penser ces derniers jours que Green Book, déjà récompensé par le Golden Globe du meilleur film dramatique en janvier, pourrait échouer au dernier moment dans la course à l’Oscar. S’il l’a finalement emporté, c’est en tout cas sans le bulletin de Spike Lee. 


Ce n’est pas la première fois que le cinéaste s’agace de voir un Blanc raconter l’histoire de la communauté noire. En 2012, il s’était fendu d’un tweet assassin à l’égard de Quentin Tarantino, expliquant qu’il refusait d’aller voir "Django Unchained", un film qu’il jugeait "irrespectueux" envers ses ancêtres. "L’esclavage en Amérique n’est pas un western spaghetti. C’était l’équivalent de l’Holocauste", avait-il écrit. Aujourd’hui encore, les deux hommes se détestent cordialement.

Ce sont d’ailleurs à ses ancêtres, "volés de notre mère Afrique", qu’il a rendu hommage en venant recevoir son Oscar pour le scénario de "BlackkKlansman", avant d’appeler implicitement à voter contre Donald Trump en 2020. "Mobilisons-nous, soyons tous du bon côté de l'Histoire, choisissons l'amour au lieu de la haine, let’s do the right thing (faisons la chose juste – ndlr)", a-t-il lancé en référence à son film culte.

En salle de presse, Spike Lee a doublement ironisé sur sa défaite. En 1990, "Do the Right Thing" avait en effet échoué dans la catégorie meilleur film face à… "Miss Daisy et son chauffeur" de Bruce Beresford. L’histoire d’une femme blanche et de son chauffeur noir. "Je perds à chaque fois que quelqu’un est le chauffeur de quelqu’un d’autre", a soupiré le cinéaste.

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