PODCAST – Bernard Minier : "Lorsque vous êtes le nez collé à votre écran, vous n’êtes pas en train de regarder le monde"

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LIVRES - Dans "M, Le Bord de l’abîme", Bernard Minier embarque le lecteur à Hong-Kong pour un thriller qui explore les dangers de l’intelligence artificielle. Il est le nouvel invité du podcast "Les Gens Qui Lisent Sont Plus Heureux".

Dans cet épisode, je pars à la rencontre de l’écrivain Bernard Minier. L’histoire de cet auteur de romans policiers n’est pas tout à fait ordinaire. Longtemps, ce natif des Pyrénées a écrit des histoires qui sont restées… dans ses tiroirs. Il est contrôleur des douanes, en banlieue parisienne, quand il se décide enfin à envoyer son premier roman aux éditeurs. 

 

Nous sommes en 2010, et Bernard Minier a 50 ans lorsque "Glacé" devient la nouvelle sensation du thriller. Grâce aux aventures du commandant Martin Servaz, son auteur change de vie. Aujourd’hui, il publie son septième roman, "M, le bord de l’abîme" (XO Editions), l’histoire d’une jeune Française engagée par un géant des nouvelles technologies dont le siège est basé à Hong Kong. 

 

Un thriller noir, intense, futuriste, mais pas tant que ça, dont je suis allé m’entretenir avec lui au sommet d’une célèbre tour parisienne…

Sur l’envie de raconter Hong Kong

"Mon roman parle d’intelligence artificielle et de nouvelles technologies. Or aujourd’hui, c’est un match qui se joue entre les Etats-Unis et la Chine qui a pris de l’avance puisqu’elle dépose plus de brevet, elle a plus de chercheurs, plus d’ingénieurs. J’aurais pu situer mon intrigue à Shanghai mais c’est une ville très moderne. Il n’y a plus énormément de vieux quartiers. Hong Kong, c’est à la fois très moderne et très délabré. Il y a des gratte-ciels dont on se demande comment ils tiennent debout, de véritables ruches noires de monde. Ça me paraissait un bon décor de roman noir. Sur place, j’ai très peu fréquenté les sites touristiques comme le Pic, cette montagne qui domine toute la ville. Ce qui m’intéressait, c’était justement les endroits où les touristes ne vont pas et où vivent les Hongkongais."

Sur l’intelligence artificielle

"Aujourd’hui il y en a partout, parfois sans qu’on s’en aperçoive. Dans votre voiture, dans votre téléphone, dans toutes les applications que vous utilisez. Et ça va se développer encore à l’avenir. Dans le roman, mon héroïne Moïra travaille sur un chatbot qui s’appelle DEUS. Dans ce domaine, c’est aujourd’hui la course entre les géants du Net car l’assistant personnel qui résoudra le maximum de problèmes du quotidien, c’est l’avenir. J’ai extrapolé mais je n’ai pas écrit un roman de science-fiction. Plutôt un thriller d’anticipation contemporain. Réalisez quand même qu’il s’est passé moins de 5 ans entre le moment où Mark Zuckerberg a crée Facebook dans sa chambre d'étudiant et celui où ce dernier est devenu le réseau social qui a écrasé toute la concurrence."

Sur la tyrannie des smartphones

"L’autre jour, dans le TGV, je me suis amusé à regarder combien de personnes autour de moi avaient un livre à la main. Une seule ! Toutes les autres avaient leur téléphone allumé. Mais c’est quoi cette société ? Projetons-nous un peu et imaginons-nous à 80 ou 90 ans. Nous sommes au seuil de l’extinction, on sait que la fin est proche. On va se retourner et réaliser qu’on a passé les 50 dernières années à regarder notre téléphone ? C’est quoi cette vie ? Mais ça ressemble à quoi ? Vu de l’extérieur, c’est dramatique ! Vous pouvez me dire qu’il y a plein de choses intéressantes dans votre téléphone, mais lorsque vous êtes le nez collés à votre écran, vous n’êtes pas en train de regarder le monde ! Vous n’êtes pas en train de vivre. Ou alors par procuration."

Sur sa carrière tardive d’écrivain

"J'ai travaillé dans les douanes pendant 25 ans, même si j’écrivais tout le temps. La vraie question, c’est pourquoi j’ai publié si tard, à l’âge de 50 ans ? Sans doute parce que je n’étais pas convaincu que ce que je faisais était bon. La preuve : les 60 premières pages de "Glacé" ont dormi dans un tiroir pendant plus de 2 ans. Jusqu'au jour où je les ai fait lire à un grand amateur de polar, rencontré lors d'un concours de nouveles. Il m’a dit que c’était formidable, qu’il fallait le finir. Les 60 pages sont devenues 250, puis 600. Je les ai envoyées à cinq grandes maisons d'édition parisiennes… et quatre d’entre elles m’ont répondu favorablement."

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Sur l’importance de la lecture

"Milan Kundera disait que l’esprit du roman, c’est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur que les choses sont plus compliquées qu’il ne le pense. Sauf que cette vérité éternelle qu’est celle du roman, on l’entend de moins en moins dans ce vacarme des réponses simples et rapides que sont les tweets, les posts, etc. Aujourd’hui tout va vite, il faut répondre très vite, il faut avoir des idées courtes. Or une question compliquée ne peut pas avoir une réponse simple. La lecture apprend ça, aussi (…) Au final préférez-vous vivre heureux mais con ? Ou bien lucide avec le fardeau que ça représente ?"

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