Polémique autour de "Deutschland" : pourquoi il fallait aller plus loin que son teaser dérangeant pour juger le clip de Rammstein

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DÉCRYPTAGE - Après un teaser dérangeant qui a suscité une vague d’indignation, le groupe allemand Rammstein a dévoilé jeudi le clip de "Deustchland", extrait de son premier album en dix ans, à paraître en mai. Une fresque spectaculaire et politique qui mérite qu’on s’y attarde un peu…

Avec déjà plus de 7 millions de vues sur Youtube en moins de 24 heures, "Deustchland", le nouveau clip de Rammstein, n’est vraiment pas passé inaperçu. Si les fans du groupe allemand attendaient avec impatience cet avant-goût de leur premier album en dix ans, la pression était montée d’un cran un peu plus tôt avec la diffusion d’un teaser pour le moins dérangeant. On y voyait une partie des musiciens habillés en prisonniers de camp de concentration, la corde autour du cou. Une poignée de secondes qui ont provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux et jusque dans la classe politique allemande. 


"La mise en scène des musiciens de Rammstein en détenus d'un camp de concentration condamnés à mort représente le franchissement d'une ligne rouge", s'est emporté le responsable des affaires d’antisémitisme au gouvernement allemand, Felix Klein, cité dans le journal populaire Bild Zeitung. De son côté Charlotte Knobloch, ancienne présidente du Conseil central des Juifs en Allemagne, a estimé que "la façon dont Rammstein détourne la souffrance et le meurtre de millions de gens à des fins de divertissement est frivole et abjecte."

Une relecture surréaliste de l'Histoire allemande

L’un et l’autre auraient-ils dû patienter avant de critiquer le travail du réalisateur Specter Berlin ? A moins de refuser toute représentation des camps de concentration dans une œuvre de fiction, il est difficile d’accuser Rammstein de rire de la Shoah – encore moins de glorifier l’idéologie nazie. Dans la dernière minute du clip, attention spoiler, les prisonniers se rebiffent et mitraillent leurs tortionnaires dans une séquence gore pas si différente de la mort fantasmée d’Hitler dans "Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino.


Dans toute sa démesure, son outrance, son mauvais goût assumé aussi, "Deutschland "est dans la droite ligne de la vidéographie de la formation berlinoise. Après avoir prêté ses chansons au cultissime "Lost Highway" de David Lynch au milieu des années 1990, Rammstein est devenu l’un des plus gros vendeurs de disques au monde dans son genre avec plus de 20 millions d’exemplaires écoulés. Une formule gagnante à base de metal industriel, d'arrangements électroniques et de refrains fédérateurs dans la langue de Goethe. Sans parler de leurs extravagants concerts qui feraient passer un spectacle du Cirque du Soleil pour une aimable kermesse à la MJC d’Hambourg...

Mais revenons à "Deutschland". Ce mini-blockbuster de 9 minutes voit Rammstein revisiter l’Histoire de son pays depuis l’Antiquité jusqu’aux années 1970 en passant par la Seconde Guerre mondiale avec la fameuse scène qui fait polémique, mais aussi le futur dans une station spatiale où se pratiquent d’improbables expériences sur les êtres humains. Trait d’union de cette fable surréaliste chargée en symboles et en messages cachés, le personnage de Germania, incarnation de la nation allemande sous les traits de la comédienne noire Ruby Commey. 


Et que disent les paroles ? "Tu as beaucoup pleuré", chante Till Lindemann à son pays dans le premier couplet, avec son timbre guttural caractéristique. "Séparée dans ton esprit, unifiée dans ton cœur. Nous sommes ensemble depuis longtemps. Ton souffle est froid, ton cœur en flammes. Toi, c’est nous. Toi." Puis sur le refrain : "Allemagne, mon cœur est en feu. Je veux t’aimer et je veux te détester. Allemagne. Ton souffle est froid. Si jeune et déjà si vieille. Allemagne !".

En concert en France les 28 et 29 juin

Les musiciens de Rammstein n’ont pas commenté, pour l’heure, les réactions initiales au clip de "Deustchland". Ni celles, plus élogieuses, qui se multiplient depuis la mise en ligne de sa version intégrale. Ils ne devraient pas tarder à le faire en promo puisque la chanson est extraite d’un album éponyme, à paraître le 17 mai prochain chez Universal. Une sortie qui sera suivie d’une immense tournée mondiale qui passera par la France les 28 et 29 juin à Paris La Défense Arena.

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