Pourquoi "Le Grand Bain" de Gilles Lellouche fait chavirer les Français

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DECRYPTAGE – C’est LE succès français de l’automne. En salles depuis le 24 octobre, Le Grand Bain devrait franchir ce week-end la barre des 2 millions d’entrées. Aussi atypique qu’irrésistible, la comédie de Gilles Lellouche a tout pour devenir culte. Explications.

Depuis sa présentation hors compétition au Festival de Cannes, en mai dernier, "Le Grand Bain" bénéficiait d’un bouche-à-oreille enthousiaste, sinon dithyrambique de la part des critiques, pas toujours tendres avec les comédies françaises. Encore fallait-il transformer l’essai auprès du grand public... C’est chose faite, et avec la manière. 


Après avoir séduit 1,5 millions de spectateurs en première semaine, le premier film de l’acteur Gilles Lellouche filait tranquillement ce week-end vers les 2 millions. Et ce n’est sans doute qu’un début tant cette comédie aussi corrosive qu’attachante ressemble à la France de 2018.

Parce que la dépression, c’est ok

Cadre au chômage depuis le burn-out qui l’a terrassé, Bertrand (Mathieu Amalric) noie son spleen dans les antidépresseurs, entre deux parties de "Candy Crush", affalé en peignoir dans le canapé du salon familial. Jusqu’au jour où il propose ses services à l’équipe de natation synchronisée masculine de la piscine du coin. Une bande de bras cassés dont les parcours de vie sont à peine plus reluisants que le sien…

 

D’après une récente étude du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), un adulte sur dix affirme avoir vécu un épisode dépressif au cours des douze derniers mois. Autant dire que les héros du film de Gilles Lellouche sont des Français somme toute très ordinaires. Même si personne ne porte le bonnet de bain et le slip moulant avec autant de classe que Philippe Katerine. 


Là où de nombreuses comédies françaises récentes moquent les communautés en enfilant les clichés comme des perles, "Le Grand Bain" propose une alternative aussi cool que rafraîchissante. Bertrand, Marcus, Laurent, Simon et tous les autres nous font rire parce qu’ils nous ressemblent, dans leur malaises comme dans leur excès. Mais jamais ils ne font pitié, au contraire.

Parce que les copains, c’est sacré

"Le Grain Bain" revisite à sa manière un genre typiquement français : le film de potes. Citons pèle-mêle "Un éléphant, ça trompe énormément", "La Vérité si je mens", "Le Cœur des Hommes" ou encore "Les Petits Mouchoirs", dans lequel Guillaume Canet dirigeait Gilles Lellouche. Leur réussite repose toujours sur l’alchimie entre les comédiens, y compris et même surtout lorsqu’ils viennent d’horizons divers. 


C’est encore plus vrai ici avec un comédien dit "intello" comme Mathieu Amalric, un chanteur déjanté comme Philippe Katerine, un monstre du rire comme Benoît Poelvoorde, un gendre idéal comme Guillaume Canet et une star montante de l’humour comme Alban Ivanov, tous au diapason des dialogues concoctés par l’acteur-réalisateur.


Mais le plus surprenant de tous est sans doute Jean-Hughes Anglade. Le cheveu long, la bedaine tombante et l’œil humide, il est irrésistible dans la peau de Simon, rockeur has been qui désespère de gagner l’admiration de sa fille adolescente. Si "Le Grand Bain" est une victoire collective, quelque chose nous dit qu’il ne sera pas loin du César du meilleur second rôle, en février prochain.

En vidéo

Cannes 2018 : la montée des marches du film "Le Grand bain" de Gilles Lellouche

Parce qu’on a tous besoin d’une médaille

"On ne peut pas faire entrer un rond dans un carré", annonce Bertrand en préambule de ce vrai grand film de sport. Si les personnages n'ont pas des gueules de winners – et encore moins le physique qui va avec - ils surmontent leurs différences, et leurs angoisses personnelles, pour mener une grande aventure collective. Un discours qui n’est pas sans rappeler celui de Didier Deschamps avec ses Bleus champions du monde de foot. La vitesse de Kylian Mbappé en moins.


Si "Le Grand Bain" remporte la mise, c’est aussi - et peut-être surtout - parce qu’il tient un discours intelligent sur la réussite, souvent confondue dans la société actuelle avec l’individualisme à tout crin. A travers la pratique de la natation synchronisée, les héros du film retrouvent l’estime d’eux-mêmes. Et de leurs proches, à défaut d’une pleine page dans L’Equipe... 


"On a tous besoin d’une médaille", affirme Gilles Lellouche dans une passionnante interview accordée à Paris Match. "Cela signifie un nouveau regard sur soi, une caresse, un peu d’amour. De la reconnaissance pour rebondir." Il devrait peut-être se mettre à la politique celui-là, non ? 

>> "Le Grand Bain", de Gilles Lellouche. Avec Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet. En salles.

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