Emmanuelle Seigner : "Mon personnage dans Insoupçonnable est un mélange entre Colombo et Super Jaimie"

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INTERVIEW - Elle est l’héroïne sulfureuse d’"Insoupçonnable", la nouvelle série policière de TF1. Dans un entretien à bâtons rompus, Emmanuelle Seigner raconte à LCI ses premiers pas à la télévision. Ses débuts d’actrice chez Godard, sa passion pour le rock et son admiration indéfectible pour son compagnon, Roman Polanski.

Le monde de la télévision l’a souvent approchée. Mais jusqu’ici elle avait toujours dit non. Emmanuelle Seigner saute le pas avec "Insoupçonnable", l’adaptation de la série anglaise "The Fall" dont TF1 diffuse ce jeudi le troisième et le quatrième épisode. Elle y incarne Chloé Fisher, une criminologue parisienne envoyée à Lyon pour enquêter sur les meurtres commis par Paul Brodsky (Melvil Poupaud), un père de famille bien sous tous rapports. 


Enthousiaste, franche et un brin provocatrice, la comédienne s’est longuement confiée à LCI. A propos de cette nouvelle expérience, elle qui était fan de la série d’origine avec Jamie Dornan et Gillian Anderson. De sa carrière atypique aussi, et de sa filmographie marquée par sa collaboration avec son compagnon, Roman Polanski. 


Précisions que cet entretien a été réalisé début juillet, quelques jours avant la publication dans Le Journal du Dimanche d’une lettre ouverte dans laquelle elle refusait de rejoindre l’Académie des Oscars pour protester contre l’exclusion du père de ses deux enfants.

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Les premières minutes de Insoupçonnable - Episode 1

Si je vous avais dit il y a quelques années que vous seriez l’héroïne d’une série de TF1, vous m’auriez cru ? 

Non, je ne vous aurais jamais cru ! Franchement. Plusieurs raisons m’ont poussée à accepter. D’abord la série en elle-même, son côté transgressif, moderne et différent. Ensuite le rôle, que je trouve super. Et puis le fait d’aller vers une grande chaîne comme TF1 qui est en train de changer, qui prend des risques. Même si ça peut paraître prétentieux, ça m’intéressait d’être là à l’aube du changement.


Vous venez du cinéma d’auteur. Pensiez-vous trouver à la télé des rôles aussi complexes que ceux que vous avez joués au cinéma ? 

L’image de la télé a changé. Mais pendant longtemps, les acteurs en faisaient parce qu’ils étaient au bout du rouleau et qu’ils n’avaient pas de travail au cinéma. Il ne faut pas se mentir ! Il y aussi les acteurs qui vont sur Canal + ou sur Arte parce que c’est chic, pas trop salissant. Mais ils n’ont pas compris que c’est un vieux concept, que ces chaînes-là plus personne ne les regarde. Et puis il y a les gens de TF1 qui ont compris qu’il fallait changer, et c’est cette démarche qui m’a intéressée.


Connaissiez-vous "The Fall", la série dont "Insoupçonnable" est inspirée ? 

Je la connaissais depuis trois ans parce qu’on m’avait proposé un film pour Netflix qui s’appelle "Jadotville" et que j’ai tourné avec Jamie Dornan. Je voulais voir la tête qu’il avait… une très belle tête d’ailleurs ! J’ai commencé, un ou deux épisodes, j’ai adoré et j’ai regardé toute la série. Quand on m’a proposé "Insoupçonnable", un an plus tard, j’ai lu le scénario de Virginie Brac et j’ai trouvé qu’elle en avait fait une super adaptation. Ça m’a beaucoup plu !

Chloé Fisher a une manière de travailler assez "punk" en fait. Je dis toujours que c’est un personnage entre Colombo et Super JaimieEmmanuelle Seigner

Avez-vous cherché à vous démarquer de Gillian Anderson, qui jouait la policière dans The Fall ? 

Pas vraiment. C’est une actrice que j’adore, que j’admire depuis toujours. Je pense à "X-Files", mais aussi à un film comme Le Dernier Roi d'Ecosse. J’étais flattée, reprendre un rôle après elle c’est la classe. Mais je suis complètement différente d’elle. Elle est très anglaise, je suis très française. Surtout le personnage est écrit différemment. Le mien est plus rentre-dedans, plus sexué. Le sien est beaucoup plus froid. Je n’ai pas pensé à elle, non. Je l’ai fait… comme ça ! Et puis savez quoi ? Quand on tourne une série ça va tellement vite qu’on n’a pas trop le temps de penser. Et c’est bien aussi.


Ce qui est étonnant dans les premiers épisodes, c’est que votre personnage est presque plus mystérieux que celui du serial killer, joué par Melvil Poupaud…

Oui, peut-être. Ils sont complètement différents. Elle n’a pas de vie de famille, on ne sait pas d’où elle vient. Elle est tellement bizarre ! Elle est complètement obsédée par son enquête, elle est prête à tout pour attraper cet homme, quitte à enfreindre les règles de la police. Et c’est ça que je trouvais intéressant. Elle a une manière de travailler assez "punk" en fait. Je dis toujours que c’est un personnage entre Colombo et Super Jaimie. Colombo parce que le spectateur est en avance sur elle. Avec aussi une petite note d’humour que j’ai essayé d’apporter. Et puis Super Jaimie parce qu’elle est capable de voir une mèche de cheveux découpée à 10 ou 20m… et un super beau mec à 200m ! (sourires). J’ai bien aimé ce côté improbable, presque superhéros.


Je vous ai revu récemment dans "Détective" (1985), de Godard, rediffusé à l’occasion de la mort de Johnny Hallyday. A l’époque vous aviez 19 ans. Rêviez-vous de devenir actrice ?

C’est arrivé complètement par hasard. Je n’avais pas envie d’être actrice. J’ai rencontré Godard dans un hôtel, il m’a demandé de jouer dans son film. Et ça s’est plutôt mal passé. Je me rappelle avoir dit à mes parents que j’avais croisé un mec qui voulait que je joue dans son film mais que je ne savais même pas qui c’était ! J’étais mannequin à l’époque.


L’envie et le plaisir de faire ce métier est arrivé ensuite ? Avec "Frantic" (1988) de Roman Polanski ?

Même avec "Frantic", ce n’était pas encore ça. C’est venu plus tard, peut-être avec "Place Vendôme" (Nicole Garcia, 1998, photo).

Le problème des cours de comédie, c’est que ça peut faire aussi des acteurs très conventionnels. Et moi je trouve que ce n’est jamais très intéressant d’être un acteur conventionnel.Emmanuelle Seigner

Comment avez-vous appris le métier ? Vous n’avez pas pris de cours de comédie…

Heureusement pour moi ! 


Pourquoi ? 

Parce que franchement les cours de comédie, la plupart du temps, ça abîme plutôt qu’autre chose. Le problème, c’est que ça peut faire aussi des acteurs très conventionnels. Et moi je trouve que ce n’est jamais très intéressant d’être un acteur conventionnel. Il y a des bons cours… mais je pense que c’est un métier qu’on apprend en le faisant. Je n’ai pas envie d’être formatée. Je fuis ça depuis que je suis petite ! 


Vous venez pourtant d’une famille d’acteurs…

Je ne voulais pas faire comme eux. Surtout pas ! Mais je pense que ça m’a rattrapée, que quelque part ça doit être dans mon sang. Ça s’est passé comme ça. Alors qu’au départ, je voulais plutôt faire de la musique.


Ce que vous avez fini par faire !

Oui, là je viens de créer un groupe avec Anton Newcombe et les Liminanas qui s’appelle L’épée. On vient de sortir des trucs et j’adore. C’est ça que je voulais faire quand j’étais ado, sauf qu’en France, si on voulait faire de la musique à mon époque, c’était plutôt de la "variété". Pas du rock. Alors que moi quand j’avais 16 ans, je voulais être Lou Reed ! Pas Claude François…

J’adore travailler avec Roman Polanski, c’est l’un des plus grands metteurs en scène au mondeEmmanuelle Seigner

Est-ce que vous aimez vous voir à l’écran ? 

Je hais me voir ! C’est une torture absolue. Et ça ne s’arrange pas ! Lorsqu’on doit faire la post-production, je sais que je vais détester ce moment. Mais bon, ça fait partie du truc. Après, je pense que personne n’aime se voir. D’ailleur, la plupart de mes films, je ne les vois pas. Je les vois parce que je suis obligée. Et encore… Parfois je rampe hors de la salle ! Une fois, au Festival de Cannes, le metteur en scène m’a rattrapée par la cheville ! (rires).  Une autre fois à Cannes, j’ai passé la projection dans les toilettes tellement je ne voulais pas me voir. Surtout là-bas où l’écran est tellement gros et la tête énorme ! (rires).


Donc si je vous demande de me donner 3 films d’Emmanuelle Seigner à voir absolument, vous en êtes incapable ? 

Si, quand même ! Je dirais "La Vénus à la fourrure" (Roman Polanski, 2013), parce que c’est mon rôle préféré. "Frantic" (Roman Polanski, 1988), parce qu’il y a un charme, c’est le Paris des années 1980. Harrison Ford est magnifique. Et enfin "Le Scaphandre et le papillon" (Julian Schnabel, 2006), parce que c’est un film très touchant.


Avez-vous été déçue par l’accueil du dernier film de Roman Polanski, "D’après une histoire vraie" ?

Bien sûr, mais comme vous le savez il est sorti dans un contexte tellement compliqué... Et puis les films de Roman deviennent cultes. Donc je ne suis pas du tout inquiète. "Le Locataire" a eu le même genre de résultat en salles et c’est un film culte aujourd’hui.


Vous envisagez de faire un autre film ensemble ? 

Oui, pourquoi pas. J’adore travailler avec lui, c’est l’un des plus grands metteurs en scène au monde. Il me connaît tellement bien, il me filme tellement bien aussi.


>> "Insoupçonnable", de Eric Valette. Avec Emmanuelle Seigner, Melvil Poupaud, Claire Keim, Patrick Chesnais. Ce soir à partir de 21h sur TF1. Deux épisodes.

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