Quand Disney s'inspire de la France, épisode 3 : "Le Bossu de Notre-Dame", un dessin animé made in Paris

Quand Disney s'inspire de la France, épisode 3 : "Le Bossu de Notre-Dame", un dessin animé made in Paris
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FLASHBACK - À l’occasion de l’arrivée sur Disney+ de la version live de "La Belle et la bête" avec Emma Watson le 24 juillet, LCI a replongé dans les archives francophiles de Walt Disney avec l’aide du spécialiste Sébastien Durand. Focus sur l’adaptation de l’oeuvre culte de Victor Hugo.

Des photos souvenirs et beaucoup, beaucoup d'images extraites du dessin animé. Lorsque Notre-Dame brûle le 15 avril 2019, nombreux sont ceux à se remémorer Le Bossu de Notre-Dame. "Après l’incendie, on a découvert sur les réseaux sociaux que certains ont été émus parce qu’ils aimaient le dessin animé. Tout ça participe de la pop culture aujourd’hui. Et on a découvert aussi que c’est parce que la cathédrale existe dans la pop culture que les gens se sont mobilisés pour la sauver", explique Sébastien Durand, spécialiste aussi passionné que passionnant du vaste empire Disney.

Le film d'animation librement adapté de l'oeuvre de Victor Hugo ne pouvait pas mieux conclure notre plongée dans les archives francophiles de Walt Disney. Après Cendrillon, premier conte français adapté par Walt Disney, et La Belle et la bête, focus sur la genèse de l'histoire de Quasimodo, en partie née dans un studio en région parisienne.

Briser le tabou de la religion

Sortie en 1831, Notre-Dame de Paris reste l'une des oeuvres les plus marquantes de la littérature française. Sa transformation en dessin animé pour toute la famille est arrivée à un moment où le regard sur l'animation évoluait. "A partir du début des années 1990, elle est reconnue comme un art à part entière", explique Sébastien Durand. En 1992, La Belle et la bête est le premier dessin animé de l'histoire à concourir pour l'Oscar du meilleur film. "La façon dont on considère l’animation change, du coup les sujets auxquels peuvent s’attaquer les studios Disney changent également", souligne le spécialiste qui note que juste avant Le Bossu de Notre-Dame, Disney s'est attaqué à Pocahontas. "C'est le premier Disney qui ne se termine pas bien car Pocahontas et John Smith sont séparés à la fin. Sans compter que le film traite de la manière dont les colons ont commencé à massacrer les Indiens à leur arrivée en Amérique", rappelle-t-il. 

Dès lors, "les studios Disney décident de ne s’interdire aucun sujet". Pas même celui tabou de la religion, omniprésent dans Le Bossu de Notre-Dame. Esmeralda s'adresse même à Dieu dans une des chansons composées par Alan Menken, "qui dit encore aujourd’hui que Le Bossu est sa meilleure partition parce qu’elle est ambitieuse et contient de la musique d’église". L'adaptation du roman de Victor Hugo permet aux studios Disney "d’aller là où ils n’avaient jamais été" tout en allant "aux limites de ce qu’ils pouvaient faire". 

L'oeuvre de Hugo édulcorée

Avant de livrer sa propre version de Notre-Dame de Paris, Disney avait déjà adapté de grands auteurs comme Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Le roman de Victor Hugo est totalement retravaillé. Frollo devient juge de Paris, pour enlever l'aspect religieux de sa fonction. "Les scénaristes m'ont assuré qu'ils avaient changé son titre car ce n’était pas logique qu’il puisse avoir un tel pouvoir sur la cour des miracles en étant simplement archidiacre de Notre-Dame comme dans le livre", révèle Sébastien Durand. 

Mais le changement majeur concerne la fin. Quasimodo et Esmeralda sont tués par Hugo, pas par Disney : "C’est comme pour La Petite sirène, elle meurt dans le conte d’Andersen et devient écume de mer. On reproche souvent à Disney d’édulcorer les romans. On peut aussi le voir différemment. Si la petite sirène était morte, ça donnerait raison à ceux qui lui disaient de ne pas rêver plus haut que ses nageoires. Le message d’empowerment des héros et des héroïnes est aussi de dire : 'Vous devez pouvoir avoir la récompense dont vous rêviez'. Dans le film de Disney, il n’y a aucune raison qu’Esmeralda meure. Quasimodo se sauve, la sauve et il n’y a que le méchant qui disparaît. Et ce n’est pas forcément plus mal"

Une production française

S'il se déroule à Paris, Le Bossu de Notre-Dame y a aussi été réalisé en partie. Les équipes d'animation américaines ont posé leurs crayons et leurs stylets dans un studio de Montreuil, fondé par les frères Brizzi, qu'a racheté Disney au milieu des années 1980. "Ils étaient aux premières loges pour s'inspirer de la capitale. La cathédrale est un personnage du film, elle l'habite. Dès que les animateurs avaient besoin de voir comment la dessiner un jour de pluie, un jour de soleil, ils y allaient. Ça leur a beaucoup servi d'être sur place", commente Sébastien Durand.

C'est donc en région parisienne que naît la séquence d’ouverture entièrement chantée qui raconte comment la mère de Quasimodo est tuée par Frollo et comment il est ensuite forcé de le recueillir. Idem pour celle dans laquelle Frollo chante le désir qu’il a pour Esmeralda. "C'est un passage qui à l’époque a fait lever des sourcils chez Disney parce que c’est très sexuel. Esmeralda danse dans les flammes. Dans les storyboards, on devinait qu’elle était nue. Evidemment dans la version achevée, on devine qu’elle est habillée. Quand on écoute les paroles de cette chanson - "infernale', 'bacchanale', on est sur quelque chose de très surprenant pour un Disney", souligne Sébastien Durand. Signée par les frères Brizzi, "qui étaient immensément respectés chez Disney", la scène est finalement conservée.

Pour rassurer le patron de l'époque des studios Disney, "un peu effrayé de l'aspect très adulte du film", le rôle des gargouilles est davantage développé et la petite chèvre Djali est créée pour accompagner Esmeralda. De quoi aussi avoir "quelque chose qui parle aux enfants".

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>> "La Belle et la bête" de Bill Condon (2017)

avec Emma Watson, Dan Stevens, Luke Evans et Josh Gad

disponible sur Disney+ dès le 24 juillet

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