Reprise des tournages de cinéma ? "Les gestes barrières, ça va être compliqué dans les scènes de baisers !"

Le monde du cinéma espère reprendre le chemin des tournages le plus rapidement...
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INTERVIEW – A l'arrêt en raison de l'épidémie de coronavirus, les tournages de cinéma restent menacés malgré le déconfinement. C'est ce que nous explique Jean-Jacques Albert, producteur exécutif d'"On est fait pour s'entendre", le film de Pascal Elbé dont le tournage a été suspendu le 13 mars.

Pourra-t-on à nouveau s'embrasser au cinéma ? Mis à mal par l'épidémie de coronavirus, le monde du 7e art se retrouve aujourd'hui dans une situation inédite. Alors que tous les tournages ont été brutalement arrêtés en raison du confinement, les sociétés de production se retrouvent face à une situation compliquée. Officiellement, les tournages pourront reprendre le 11 mai, mais comment faire respecter les mesures d'hygiène avec la réalité d'un plateau ou les besoins d'un scénario ? Nous avons posé la question à Jean-Jacques Albert, producteur exécutif  de "On est fait pour s'entendre", le long-métrage de Pascal Elbé avec Sandrine Kiberlain et Emmanuelle Devos qui raconte l'histoire d'un homme (interprété par  Pascal Elbé) qui ne se sait pas malentendant. Alors qu'il restait encore 4 semaines de travail aux équipes, le tournage a été suspendu le 13 mars dernier.

Les tournages vont-ils pouvoir reprendre le 11 mai, date du début du déconfinement ? 

Cela va être très compliqué parce que nous avons deux problèmes majeurs à résoudre. Tout d'abord celui des assurances, qui sont confrontées à cette nouvelle pandémie et qui ne veulent pas prendre le risque d'assurer les tournages à venir. Et deuxièmement, les conditions sanitaires des tournages. Nous allons devoir trouver des solutions car le virus ne va pas disparaître dans les prochains semaines. Dans le cadre de notre activité, nous pouvons maîtriser la promiscuité avec des masques, des gants, du gel hydroalcoolique et des comportements adaptés. 

Certains producteurs envisagent de réécrire leurs scénarios pour pouvoir tourner des scènes, d'éviter le passage au maquillage ou de demander aux comédiens de respecter une distance minimum... 

De notre côté, nous n'envisageons pas de réécrire le scénario du film de Pascal Elbé. Ne pas maquiller les comédiens, c'est possible pour un certain nombre de films mais pas pour ceux en cours, pour des problèmes évidents de raccords. Pareil pour la coiffure. En ce qui concerne les gestes barrières, ça va être compliqué dans les scènes de baisers. Quant aux scènes où les comédiens doivent se serrer la main, ca ne devrait pas poser de problème si les mains sont propres.

Les comédiens ne pouvant pas tourner avec des masques, peut-on envisager de leur faire passer des tests sérologiques ?

Oui c'est envisageable, et je pense même qu'on risque d'aller vers cette solution pour les films qui doivent reprendre en urgence comme le nôtre. Même par rapport aux assurances, ça peut être intéressant de faire des tests sérologiques. Pour reprendre d'une manière plus sereine, on pourrait même doubler les tests sérologiques avec des tests PCR, même si ça ne représente pas une garantie totale. On peut même envisager d'étendre cela à toute l'équipe.

Comment envisagez-vous la reprise du tournage ? 

Il nous reste 3 semaines de travail dont une dans un appartement que nous avons loué. Nous avons tout laissé en place, comme dans un studio de cinéma, et nous aimerions nous libérer de ça. Les propriétaires ont été sympas de ne pas nous facturer la location durant le confinement mais on ne va pas pouvoir le garder indéfiniment. Nous allons donc essayer de boucler ces scènes et voir ensuite de quel pied on repart. Avec Pascal Elbé nous organisons une réunion la semaine prochaine pour statuer et nous adapter car nous avons aussi des scènes à tourner dans un lycée avec des figurants. 

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Comment allez-vous faire ?

Le proviseur est favorable à notre retour car nous avons déjà tourné une première fois, mais le problème va venir des figurants notamment. On ne va pas pouvoir leur mettre des masques. Et puis est-ce qu'ils voudront tourner à nouveau ? Leurs parents vont-ils les laisser revenir ? Nous avions une centaine de jeunes prévus, peut-être qu'on va devoir se contenter de 30, je ne sais pas. 

Le monde du cinéma peut-il apprendre à vivre avec ce virus ? 

Il va bien falloir si on veut continuer à faire des films même si ça pose de nombreux problèmes. Chacun essaie de trouver des solutions mais la véritable difficulté du cinéma, contrairement à l'industrie, c'est que chaque film est un prototype. Il y a des films dans la rue, dans des appartements, dans des studios, certains avec beaucoup d'acteurs et de figurants, d'autres sans. Il y a autant de problèmes à résoudre que de films. Tout cela dépendra de l'évolution de ce virus. Avec toute la mobilisation mondiale, on ne peut pas imaginer que la situation ne va pas s'améliorer à un moment. Mais le cinéma est aujourd'hui dans le flou le plus total. 

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Même si les tournages reprennent, la question de la distribution des films va poser problème…

Exactement, au niveau de l'industrie du cinéma le problème n'est pas tellement de faire des films parce qu'on peut adapter les scénarios pour les longs-métrages à venir. Mais au niveau des salles de cinéma, comment les gens vont-ils consommer les films ? Si on n'a pas de véritables mesures de sécurité, je suis pessimiste sur le retour des gens. S'il faut faire entrer les spectateurs au compte-goutte et les faire sortir rangées par rangées, vous imaginez le temps que ça va prendre. Pour un film de deux heures, vous y passez quatre heures ! 

Pourra-t-on à nouveau s'embrasser au cinéma ?

Je le crois, parce que je suis optimiste ! Mais vous dire quand, ça je ne sais pas. Il faut juste faire preuve d'un peu de patience. Dans le pire des scénario, si on n'arrive pas à trouver un vaccin, on finira bien par arriver à cette fameuse immunité collective. Deux acteurs immunisés pourront alors s'embrasser !

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