Adam McKay, réalisateur de "Vice" : "Dick Cheney a changé l'Histoire des Etats-Unis et celle du monde"

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INTERVIEW - Quatre ans après s'être attaqué à la crise financière de 2008 dans "The Big Short : le casse du siècle", Adam McKay tire à boulets rouges sur l'ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney, dans un biopic très actuel qui ne manque pas de piquant. LCI l'a rencontré lors de son passage à Paris.

Son film est aussi irrévérencieux qu'effrayant. Aussi cash que délirant. Aussi absurde qu'intrigant. Adam McKay signe avec "Vice", au cinéma mercredi 13 février, un biopic qui vire à la tragi-comédie. On sort de la salle en ne sachant plus trop s'il faut rire ou pleurer, mais avec la certitude d'avoir pris un sacré uppercut au visage. Le réalisateur de "The Big Short : le casse du siècle" fait de Christian Bale le sosie parfait de Dick Cheney, l'ancien vice-président de George W. Bush dans les années 2000. 


Et il ne retient pas ses coups quand il s'agit de montrer son ascension vers le pouvoir et de le désigner comme responsable de la deuxième guerre du Golfe. Ou comment, sur quatre décennies, un homme discret est devenu le responsable politique le plus puissant du monde sans que personne n'y trouve rien à redire. Chewing-gum en bouche, à l'américaine, Adam McKay revient pour LCI sur la genèse de ce projet réussi, nommé 8 fois aux Oscars.

Comment décririez-vous Dick Cheney au public français, qui n'est peut-être pas féru de politique américaine ?

Adam McKay : Il ressemble un peu à un politicien français et homme d'influence bien connu, Talleyrand, qui travaillait avec Napoléon. Il était comme cette figure de l'ombre qui tirait les ficelles en coulisses de manière brillante. Cheney remplit en quelque sorte ce rôle aux Etats-Unis. A sa manière très discrète, il a changé l'Histoire de notre pays et celle du monde.


C'est un personnage fascinant, qui attire autant qu'il révulse. Comment êtes-vous parvenu à maintenir l'équilibre entre les deux ?

Vous savez, je crois qu'il faut faire honneur à Christian Bale pour ça. Il transpire le pouvoir, un peu comme Tony dans les "Soprano". Il est lui aussi répugnant et attirant en même temps. Il faut admirer les compétences de Cheney. Il est vraiment bon dans ce qu'il fait mais dans le même temps, il fait des choses vraiment horribles. 


Il y a un autre équilibre dans "Vice", entre l'absurde et le drame. On sent un changement de ton dans le film au moment du 11-Septembre, comme pour signifier une rupture dans l'état d'esprit de Cheney. Etait-ce le but ?

Exactement. Toutes les recherches que nous avons faites nous ont appris que Cheney était assurément quelqu'un qui recherchait le pouvoir. C'était un mec très intelligent, porté vers les extrêmes, mais après le 11-Septembre, tout est devenu beaucoup plus sombre. Il est devenu une autre force.

Il n'y a pas vraiment eu d'effort à faire pour nous raccrocher au monde actuel Adam McKay sur l'impact de l'élection de Trump sur son film

Le film s'ouvre sur une citation de l'équipe du film : "Mais putain, on a bossé". En quoi a donc consisté votre travail préliminaire ?

L’administration Bush a effacé quelque 23 millions d'e-mails quand elle est partie en 2008. Beaucoup d'entre eux auraient sans doute pu déclencher des enquêtes. Cheney a refusé de donner des centaines de milliers de documents. Dans chaque interview, il donne les mêmes réponses à la virgule près. Donc on a vraiment dû creuser ! On a commencé en lisant tout ce qu'on a pu se procurer. Il y a beaucoup de très bons journalistes qui ont couvert la période en profondeur et ont écrit des livres sur lui. Puis on a embauché nos propres journalistes, qui ont été interviewer des gens de son entourage aux quatre coins du pays, de manière officieuse. On a continué à fouiller, à lire pour essayer d'assembler tous les morceaux. C'était comme un grand puzzle. 


Vous écriviez le scénario de "Vice" lorsque Donald Trump a été élu en novembre 2016. Son arrivée à la Maison-Blanche a-t-elle eu un impact sur la manière dont vous vouliez raconter votre histoire ?

Pas vraiment. A un moment, je me suis dit "Peut-être que je devrais écrire ça pour faire davantage signe vers Trump". Puis j'ai réalisé qu'il fallait que je laisse l'histoire se tenir telle qu'elle était. Ce qui a fini par se produire, c'est que plus on avançait dans le film, plus il y avait des connexions avec l'époque actuelle. C'est arrivé à de multiples reprises. Il n'y a pas vraiment eu d'effort à faire pour nous raccrocher au monde actuel. La seule chose qu'on ait faite, c'est d'ajouter une rapide photo de Trump dans les années 1980 car c'était une grande célébrité à l'époque. Il y a aussi un cliché de Mike Pence, le vice-président, quelque part, au moment de la guerre en Irak. Je crois que ce sont les deux seuls éléments qui n'auraient pas été dans le film si Trump n'était pas président (Il évoque aussi la scène post-crédits dont nous ne vous dévoilerons rien. Restez bien dans la salle !, ndlr)

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"Vice" : Amy Adams, l'interview

Le titre du film, "Vice", fait évidemment écho au statut de vice-président. Si on entend le mot "vice" au sens premier du terme et si on considère que le vice de Cheney était sa soif de pouvoir, peut-on dire que sa femme Lynne et sa famille étaient sa vertu ?

Elles l'étaient, oui. Si vous cherchez ce en quoi il croyait, il croyait en sa femme et à leurs enfants. C'est pour ça que je trouve la fin si tragique. Vous voyez où un total dévouement au pouvoir peut mener une personne (Les Cheney se sont déchirés au sujet de l'homosexualité de leur fille cadette Mary. Pour pouvoir être élue à la chambre des représentants, l'aînée Liz a publiquement pris position contre le mariage gay, ce que son père a toujours refusé de faire, ndlr).


Votre prochain film, "Bad Blood", s'attaquera aussi à une histoire vraie. Celle d'Elizabeth Holmes, une jeune patronne de start-up présentée comme la nouvelle Steve Jobs, qui a floué tout le monde pour lever des centaines de millions de dollars. Où en est ce projet, dans lequel Jennifer Lawrence tiendra le premier rôle ? 

Je viens de recevoir une ébauche de la géniale Vanessa Taylor qui en signe le scénario (on lui doit aussi ceux de "Divergente", "La Forme de l'eau" et certains épisodes de "Game of Thrones", ndlr). A mon retour d'Europe, je me plonge dans la lecture et je l'annote. Et Jennifer Lawrence vient de se fiancer ! Je ne savais pas que ça allait arriver ! Je prépare également une deuxième saison de la série "Succession" diffusée sur HBO et j'ai une idée de film autour du réchauffement climatique.


Un retour à la comédie pour bientôt ?

Le film sur le réchauffement climatique pourrait bien être une comédie. J'ai une idée qui peut être drôle, on verra !

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