M. Night Shyamalan : "Avec Glass, je m'amuse des attentes des gens qui vont voir des films de superhéros"

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INTERVIEW - Avec "Glass", en salles ce mercredi, le réalisateur M. Night Shyamalan clôt une trilogie entamée en 2000 avec "Incassable". De passage à Paris, l’ex-enfant prodige du cinéma américain s’est confié à LCI.

Il était une fois une trilogie qui a failli ne jamais se terminer. En 2000, après le succès de "Sixième Sens", son chef d'œuvre nommé aux Oscars, M. Night Shyamalan imaginait une histoire de superhéros plus réaliste que d’ordinaire. "Incassable", le premier épisode avec Bruce Willis, ne va pas remporter le succès escompté. Et si ses fans le considèrent comme un petit bijou, le cinéaste laissera longtemps le projet de côté pour se consacrer à d’autres projets.


Après une période creuse, l’ex-enfant du prodige américain reprend du poil de la bête en revenant au film de genre avec "The Visit" (2015) puis "Split" (2017), vraie-fausse suite d’"Incassable" qui remporte un immense succès. D’où l’idée de boucler la boucle avec "Glass", qui confronte David Dunn (Bruce Willis), Kevin Wendell Crumb (James McAvoy) et Elijah Prince (Samuel L. Jackson) de manière inattendue.


Comme on peut le découvrir dans la bande-annonce du film en salles ce mercredi, les trois personnages sont enfermés dans un hôpital où une psy déterminée tente de les convaincre qu’ils ne sont pas surhumains. Juste un peu zinzins… Vraiment ? LCI a rencontré leur créateur, une interview garantie sans spoiler !

Rêviez-vous déjà d’une trilogie à l’époque d’"Incassable", il y a 19 ans ? 

La vérité, c’est que j’avais essayé de faire un seul film, mais qu’il s’est vite retrouvé trop gros. Alors j’ai suggéré d’en faire trois et de commencer par "Incassable". Le deuxième serait l’histoire de Kevin dans "Split" et le troisième serait centré sur le personnage d’Elijah (interprété par Samuel L. Jackson dans "Incassable" et "Glass" – ndlr). Et puis la réaction du public à "Incassable" s’est révélée mitigée. Ce n’était pas ce que j’attendais. Alors j’ai laissé tomber.


Vous étiez frustré ? 

Ce n’était pas vraiment de la frustration. Ce qui m’attristait, c’est que les gens voyaient "Incassable" comme une version "non-effrayante" de "Sixième Sens". Mais ce n’était pas supposé faire peur du tout ! Moi je l’envisageais plutôt comme un film dramatique au pays des comics.

En 2016, vous avez finalement tourné "Split", dont "Glass" est clairement la suite...

Même si je ne suis pas très excité par les suites, à vrai dire. Je n’aime pas l’idée de disposer d’un cadre prédéfini. C’est un peu comme un rencard où vous savez à l’avance dans quel restaurant vous allez, ce qu’on va faire après. Mais avec "Glass", j’avais l’occasion de reprendre la trilogie de manière originale.

Ces trois films proposent une relecture assez radicale des histoires habituelles de superhéros. A sa manière, "Glass" est un film punk, non ?

Je le prends comme un compliment, merci ! Je ne suis pas attiré par l’excès, le toujours plus. Je suis attiré par l’idée d’en dire toujours moins, de montrer moins. C’est une affaire de goût. Peut-on faire un film appartenant à un genre qui repose typiquement sur l’excès – les effets spéciaux numériques, etc – et utiliser l’économie de moyens comme une force ? Si je devais faire un film de guerre épique, j’essaierais de le faire de la manière la plus intimiste possible. Vous vous rappelez du film "Troie" ? Ils avaient pensé à moi à l’époque. Je n’arrêtais pas de penser à ces petits espaces confinés. Vous n’auriez jamais vu les milliers de soldats sur la plage. Mais leur présence aurait été implicite. Peut-on faire ça dans un film de genre ? Je crois que le public est prêt pour ce genre d’approche nouvelle.

Avec "Glass", vous jouez aussi avec les attentes des spectateurs qui aiment les deux premiers films. Est-ce que vous êtes prêts à en décevoir certains ? 

Non, au contraire ! Vous auriez raison si toutes les 3 semaines, il n’y avait pas déjà un film qui ressemble à tous les films de superhéros. Il en sort tout le temps… Pourquoi les gens seraient-ils déçus par le mien ? J’espère qu’ils vont trouver "Glass" différent et frais. Il est là le pari. Je joue avec leurs attentes, je m’en amuse, et d’ailleurs je leur fais croire à plusieurs reprises que c’est un film comme les autres…


M. Night Shyamalan, quel est votre superpouvoir… Si vous en avez un ? 

Je crois que j’adhère à un système de croyance où tout ce qui nous arrive à un sens. Tout. Mais on ne s’en est pas encore rendu compte. Je ne sais pas si ça veut dire qu’il y a une réponse à toutes les questions.  Mais je crois que rien n’arrive au hasard. Mes décisions créatives comme Donald Trump… Je me dis toujours que ça à un sens. Même les choses les plus folles.


>> "Glass", de M. Night Shyamalan. Avec Bruce Willis, James McAvoy, Samuel L. Jackson. En salles mercredi.

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