"Marie Stuart, reine d'Ecosse" : "Elle serait sur les piquets de grève aujourd'hui !"

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CINÉMA - Moins qu'un duel de reines, c'est un duel de femmes que Josie Rourke met en scène dans "Marie Stuart, reine d'Ecosse" en salles ce mercredi 27 février. Un film qui soulève des questions toujours aussi actuelles sur la condition féminine.

Elle voulait faire un "Heat version Renaissance". Figure du théâtre outre-Manche, Josie Rourke avait en tête la tension entre Al Pacino et Robert De Niro dans le film de Michael Mann au moment de développer "Marie Stuart, reine d'Ecosse", son premier long-métrage en salles mercredi 27 février. "Vous avez ces deux acteurs incroyables qui se font face dans une scène de 12 pages sur laquelle va se construire le rythme du film", explique-t-elle à LCI. 


Pour son duel au sommet, la réalisatrice a fait confiance à Saoirse Ronan (Marie Stuart) et Margot Robbie (Elizabeth I), parfaites en tous points dans la peau de deux souveraines qui se déchirent autour d'un royaume. Mais plus qu'un film sur deux reines, c'est une réflexion sur les femmes que livre Josie Rourke. Inspirée par "La Reine Margot" de Patrice Chereau, elle affirme avoir voulu "humaniser" l'Histoire pour "parler de ce que coûte le pouvoir", "voir ce qui se cache en coulisses et comment ces femmes l'ont vécu".

La figure de Marie Stuart ne pouvait pas tomber plus à propos. "Elle fait partie de ces figures malmenées par l'Histoire. On a dit d'elle qu'elle était trop émotive pour diriger ou trop sexuelle pour être compétente. C'est malheureusement l'histoire du 'slut-shaming' des femmes qui essaient d'être des dirigeantes", rappelle Josie Rourke. Elizabeth, l'Anglaise, est poussée à enfanter avant sa cousine Marie l'Ecossaise pour s'assurer une succession pérenne. "Parce que ces femmes sont des dirigeantes et des politiciennes, leurs choix sont autant politiques que personnels, à propos de leur fertilité et de leurs corps. Mais je pense que ça reste vrai pour chaque femme", reconnaît la réalisatrice. Car le droit fondamental d'une femme à disposer de son corps est encore remis en question aujourd'hui.

Je suis tellement énervée par ce contrat social. Tu es mariée, maintenant fais un enfantMargot Robbie à Radio Times, agacée par la pression qu'on lui met pour devenir mère

Margot Robbie a ainsi profité de la promotion du film pour dénoncer la pression qu'elle ressentait pour devenir mère. 

"Et le bébé, c'est pour quand ?", lui demande-t-on régulièrement depuis son mariage en 2016. "Je suis tellement énervée par ce contrat social. Tu es mariée, maintenant fais un enfant. Ne supposez rien. Je ferai ce que je ferai", a-t-elle insisté lors d'une interview à Radio Times. Il y a deux ans, c'est une autre femme de pouvoir qui s'est retrouvée au coeur d'une histoire semblable. "Vous n’avez peut-être pas entendu parler de ça en France mais lors de la dernière élection du parti conservateur, Theresa May faisait face à Andrea Leadsom. Cette dernière a dit dans les médias qu’elle pensait être plus apte à diriger le pays car elle avait eu des enfants. C’est incroyable de voir que c’était quelque chose encore dans l’air du temps il y a quelques années", se souvient Josie Rourke. Des propos qui se sont retournés contre la politicienne, mais qui montrent que les thématiques soulevées dans "Marie Stuart, reine d'Ecosse" sont toujours d'actualité.

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Aujourd'hui, elle serait un mélange de Gloria Steinem et de Bernie SandersSaoirse Ronan imagine Marie Stuart en icône socialo-féministe

"On a exploré la féminité de beaucoup de manières", insiste Margot Robbie pour LCI. Le film met en opposition deux vies de femmes, deux femmes de pouvoir, sans prendre position pour l'une ou l'autre. D'un côté Marie, qui "embrasse sa féminité, a un enfant, se marie, forme avec ses amies une sorte de sororité et tente d'établir un contact avec Elizabeth". De l'autre, Elizabeth qui se refuse à ça et privilégie sa couronne aux sentiments, "n'a pas d'enfant et ne s'engage pas pleinement dans ses relations amoureuses". 

Saoirse Ronan a été bluffée par "le plus grand acte de féminisme" de Marie Stuart qui, déjà au XVIe siècle, "avait cette croyance qu'elle devrait pouvoir tout avoir".  "Elle devrait pouvoir avoir un enfant, un époux, un amant et dans le même temps tout le pouvoir qui lui a en quelque sorte été donné par la grâce divine au départ", analyse l'actrice irlandaise. Comment la reine d'Ecosse s'en serait-elle sortie en 2019 ? "Aujourd'hui, elle serait un mélange de la féministe américaine Gloria Steinem et de Bernie Sanders. Elle dirait : 'Voici ce qui est juste, voici ce en quoi je crois !' Je pense qu'elle serait sur les piquets de grève et manifesterait avec tout le monde !" Et de conclure : "Oui, ce serait sympa qu'elle soit là en ce moment".

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