Clint Eastwood fait de la résistance dans "La Mule"

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ON AIME - Dans "La Mule", en salles ce mercredi, Clint Eastwood se met en scène dans la peau d’un retraité qui sillonne l’Amérique pour le compte d’un cartel de la drogue. L’acteur-réalisateur, qui aura 89 ans en mai prochain, s’amuse comme un petit fou. Et nous avec.

Il n’avait plus fait l’acteur depuis "Une nouvelle chance", en 2012, préférant se consacrer à son travail de réalisateur. En salles ce mercredi, "La Mule" semble avoir été écrit pour que l’immense Clint Eastwood, 88 ans, revienne jouer la comédie encore une fois. Le film s’inspire de l’histoire vraie de Leo Sharp – ici rebaptisé Earl Stone - un horticulteur de 90 printemps engagé par le Cartel mexicain de Sinaloa pour effectuer des livraisons aussi illégales que lucratives, au début des années 2010. 

Pendant de longs mois, une équipe de la DEA va tenter de débusquer ce vétéran de la guerre de Corée, comme le relate la passionnante enquête du New York Times dont s’inspire le scénario de Nick Schenk. Naïf ou cynique ? Un brin perché ou totalement cinglé ? Clint Eastwood a choisi de faire de Earl un cousin éloigné de Walt Kowalksi, le vieux réac qu’il interprétait dans Gran Torino. Moins casanier, plus charismatique aussi, il profite de la vie en parcourant les salons agricoles où ses admiratrices le comparent à James Stewart, pour son plus grand plaisir.

Plus que l’ombre du héros viril qu’il a été

Reste que ce brave Earl n’est pas un enfant de chœur. Au début du film, il oublie d’assister au mariage d’Iris, sa fille unique, qui lui voue une haine tenace. Notons que le personnage est interprété par Alison Eastwood, la propre fille de Clint. Chassé d’une réunion de famille, en panne d’économies, le vieux bougre se voit proposer un travail de chauffeur dont il ne mesure ni l’ampleur, ni les conséquences. Il va s’en acquitter avec une redoutable efficacité, utilisant les gros billets qu’il récolte pour gâter ceux qu’il aime…

Si "La Mule" raconte en parallèle la traque menée par l’agent Colin Bates, incarné par un Bradley Cooper pas tout à fait remis de son rôle de rock star dépressive dans "A Star is Born", le film vaut d’abord et surtout pour la performance de sa vedette. Les traits émaciés, la démarche hésitante, Clint Eastwood n’est plus que l’ombre du héros viril qu’il a été. Le voir tomber la chemise devant une plantureuse mexicaine prêterait à sourire si le film ne jouait la carte de la nostalgie avec pas mal d’humour, une certaine délicatesse aussi.

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Qu’il sillonne l’Amérique en écoutant du Sinatra, le coffre chargé de cocaïne, ou qu’il balance une punchline malencontreuse au couple noir auquel il porte secours, Earl traverse le film avec une insouciance aussi coupable que réjouissante. Ce qui ne l’empêche pas d’être franchement touchant lorsqu’il tente de recoller les morceaux avec cette famille qu’il a trop longtemps négligée. Certains y verront, en creux, l’autoportrait d’une vedette qui squatte les écrans depuis tout de même six décennies, traînant une réputation bien plus sulfureuse que le personnage qu’il interprète avec une malice évidente. Grande classe.

>> "La Mule", de et avec Clint Eastwood. Et aussi Bradley Cooper, Andy Garcia, Alison Eastwood. En salles mercredi 23 janvier 2019.

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