Berlusconi, Bush, Sarkozy, Mitterrand… Les hommes politiques sont-ils des héros de cinéma comme les autres ?

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DÉCRYPTAGE - En salles ce mercredi, "Silvio et les autres" de Paolo Sorrentino dresse un portrait peu flatteur de Silvio Berlusconi. L’ancien Premier ministre italien se rajoute à la longue liste des personnalités politiques croquées par le Septième art. Un exercice périlleux, pas toujours convaincant, mais qui réserve en général de grands numéros d’acteur.

Il a marqué de son empreinte la politique italienne. Président du Conseil à trois reprises, de 1994 à 2001, homme d’affaires sulfureux, Silvio Berlusconi est l’antihéros de "Silvio et les autres", le nouveau film de Paolo Sorrentino, en salles ce mercredi en France, six mois après sa sortie dans son pays. Plutôt qu’un biopic traditionnel, le réalisateur oscarisé de "La grande bellezza" a opté pour une construction audacieuse en deux parties, remontées en un seul long-métrage pour sa distribution internationale. 


Sergio Morra (Riccardo Scamarcio), un petit escroc sans scrupule, rêve de rencontrer Il Cavaliere pour monter dans la division supérieure. Sur les conseils de l’une de ses maîtresses, il invite une ribambelle de jeunes filles en string dans une villa située en face de celle du patron du Milan AC. En proie à une grave crise conjugale, Silvio Berlusconi n’a, hélas pour lui, pas très envie de faire la fête…

Un genre cinématographique à part

Après lui avoir confié le rôle de l’ancien président Giulio Andreotti dans "Il Divo" (2008), Paolo Sorrentino a de nouveau fait appel à Toni Servillo, son acteur fétiche, pour incarner ce personnage hors norme, aussi bien dans sa vie publique que privée. Pas facile de donner un visage humain à une telle figure "monstrueuse", le sourire figé par la chirurgie esthétique. Ce brillant comédien y parvient en donnant à Berlusconi une étrangeté aussi inquiétante que touchante.

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Si Paolo Sorrentino fait preuve d’un savoir-faire indéniable dans la forme, parsemant son récit de visions surréalistes dont il a le secret, "Silvio et les autres" laisse malgré tout un goût d’inachevé. Ou plutôt d’incomplet. Parce que le cinéaste a fait volontairement l’impasse sur la jeunesse et l'ascension du Cavaliere pour se focaliser sur la dernière partie de sa vie et de sa carrière. 


De même, il ne fait qu’effleurer le contexte social et historique qui lui a permis de devenir l’un des hommes les plus riches et puissants de sa génération. Mais n’est-ce pas la limite de l’exercice ? Avant lui, d’autres cinéastes ont tiré le portrait de ceux qui ont présidé à nos destinées. Avec plus ou moins de réussite…

"La Conquête", de Xavier Durringer (2011)

"Je suis une Ferrari. Quand vous ouvrez le capot, c’est avec des gants blancs", lance le Nicolas Sarkozy interprété par Denis Podalydès. Sorti avant la fin du quinquennat de l’ancien maire de Neuilly, le film de Xavier Durringer fait sourire mais ne surprend pas. Parce que le scénario de Patrick Rotman ne recèle aucune révélation fracassante, donnant au spectateur l’impression de regarder une version filmée des indiscrets du Figaro.

"Les Heures Sombres", de Joe Wright (2018)

L'excellent Gary Oldman disparaît derrière un surprenant masque de latex dans ce film historique qui retrace l’entrée au 10, Downing Street de Winston Churchill, le 10 mai 1940, au moment où le Royaume-Uni est menacé d’invasion par l’Allemagne nazie. Porté par la performance oscarisée de son interprète principal, "Les Heures Sombres" est un modèle du genre, le scénario d’Anthony McCarten saisissant le célèbre Premier ministre a un moment crucial de sa vie personnelle, de son parcours politique et de l’histoire de son pays.

"Nixon", de Oliver Stone (1995)

Fort du succès de JFK, quatre ans plus tôt, un véritable thriller historique qui retraçait l’enquête du juge Garrison après l’assassinat du président Kennedy, Oliver Stone s’attaquait au portrait d’un président autrement plus controversé. Contraint à la démission suite à l’affaire du Watergate, Nixon est raconté à coups de flashbacks sur sa jeunesse, venant expliquer sa dépendance à l’alcool et aux médicaments. Le résultat est un tantinet lourdingue. Mais la performance d’Anthony Hopkins vaut comme souvent le détour.

"Le Promeneur du Champ de Mars", de Robert Guédiguian (2004)

"Après moi, il n’y aura plus que des financiers  et des comptables", déplore François Mitterrand sous les traits de l’inestimable Michel Bouquet, qui recevra pour ce rôle le César du meilleur acteur. Le film de Robert Guédiguian est l’adaptation du roman de Georges-Marc Benamou, "Le Dernier Mitterrand". C’est Jalil Lespert qui prête ses traits au jeune Antoine Moreau, double de fiction du journaliste qui recueille les confidences du chef de l’Etat au soir de son deuxième septennat. Le résultat est inégal mais ne manque pas de charme.

"Lincoln", de Steven Spielberg (2012)

Tiré du livre de l’historienne Doris Kearns Godwin, "Team of Rivals", ce biopic crépusculaire raconte Abraham Lincoln dans les derniers mois de son mandat, au moment où il lutte pour mettre un terme à la guerre civile et abolir l’esclavage. La reconstitution minutieuse de Steven Spielberg et ses équipes sert de tremplin au portrait d’un homme dévoué à son pays, au-delà des calculs politiques et des intérêts personnels. Et bien sûr une nouvelle performance habitée de Daniel-Day Lewis, justement récompensé par le troisième Oscar de sa carrière.

"W. L’Improbale Président" de Oliver Stone (2008)

Pas facile de croquer celui qu’on a vite désigné comme le président le plus bête des Etats-Unis. Surtout après les ravages causés par le "Fahrenheit 9/11" de Michael Moore. Pour ne pas sombrer dans la caricature, Oliver Stone emploie la même méthode qu’avec Nixon, cherchant dans les conflits familiaux, et le rapport au père en particulier, les ressorts d’un homme sans doute plus complexe qu’on ne le pense. Pas totalement convaincant, même si l’acteur Josh Brolin est impeccable.

"La Dame de fer", de Phyllida Lloyd (2011)

Devant les caméras de la réalisatrice de "Mamma Mia !", Margareth Tatcher renaît sous les traits de Meryl Streep. Une Américaine pour interpréter la première femme à la tête du gouvernement  britannique ? Un sacrilège pour ses compatriotes, même si la comédienne remportera un Oscar justifié. Si le film a divisé à sa sortie, il a le mérite d’explorer les ressorts intimes d’une personnalité souvent caricaturée, jusqu'à l'excès, sans pour autant chercher à la réhabiliter.

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