Tabassé parce qu’il aimait se travestir : qui est le vrai héros de "Bienvenue à Marwen" ?

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ZOOM - En salles le 2 janvier, "Bienvenue à Marwen" de Robert Zemeckis raconte l’histoire vraie de Mark Hogencamp. Interprété à l’écran par Steve Carell, cet Américain a créé un surprenant village miniature de la Seconde Guerre mondiale pour surmonter les fantômes de l’agression homophobe qui a failli lui coûter la vie.

C’est l’histoire d’un homme qui a tout oublié, ou presque. Le 8 avril 2000, Mark Hogencamp est laissé pour mort à la sortie d’un bar de la petite ville de Kingston, dans l’Etat de New York. Ses bourreaux ? Cinq hommes auquel cet ancien marin a raconté, sous l’effet de l’alcool, le plaisir qu’il éprouve en portant des vêtements de femmes, avec une prédilection pour les paires de talons hauts qui garnissent son dressing par dizaines. Lorsqu’il reprend connaissance, après neuf jours passés dans le coma, il n’a plus aucun souvenir de sa vie passée. 

Après 40 jours d’hospitalisation, Mark entame un lent processus de rééducation. "Il a fallu réapprendre à marcher, à parler, à m’essuyer le derrière tout seul", raconte-t-il en 2015 dans un portrait que lui consacre le quotidien anglais "The Guardian". Jusqu’au jour où il reçoit un appel de sa compagnie d’assurance. "Un type m’a dit que je devais leur payer 157 dollars par moi. J’ai répondu que je n’avais pas les moyens." Et pour cause : il était sans emploi au moment de l’agression. "L’autre trou du c… au bout de film m’a annoncé que je n’étais plus couvert. Et il a raccroché."

Tandis que ses agresseurs sont condamnés à de lourdes peines de prison ferme, Mark entame une surprenante thérapie créative. Dans le jardin de sa petite maison, il construit Marwencol, un village belge miniature de la seconde Guerre Mondiale où évolue le capitaine Hogie, sa poupée alter-ego, entouré d’un escadron de pin-ups, armées jusqu’aux dents pour le protéger des soldats nazis qui rodent aux alentours. Des personnages inspirés de son entourage qu’il met en scène dans une série de clichés saisissant de vérité. Marwencol est d’ailleurs la contraction du prénom de Mark avec ceux de Wendy et Nicol, deux femmes qui l’ont aidé à remonter la pente.

C’est en croisant Mark sur le bord de la route, traînant une mini-jeep remplie de poupées derrière lui, que le photographe de presse David Naugle fait la découverte de ce monde parallèle où se mêlent le glamour et la violence avec une indéniable poésie. Et lui consacre un premier article qui attire l’attention de Jeff Malmberg un jeune réalisateur qui va donner naissance à "Marwencol", un documentaire primé dans de nombreux festivals.

Robert Zemeckis en fera la découverte devant sa télévision, un soir de zapping distrait.  "Au bout de 10 minutes, j’ai vu le germe potentiel de ce qui allait devenir mon film", raconte à LCI l’auteur de "Retour vers le futur" et "Forrest Gump". "Le lendemain j’ai appelé le studio et je leur ai dit qu’on devait acheter les droits de cette histoire." Si le nom de Leonardo DiCaprio a un temps circulé, c’est à Steve Carell que sera confié le rôle de Mark, entouré de Diane Kruger, Leslie Mann, la chanteuse Janelle Monae ou encore Gwendoline Christie de "Game of Thrones".

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Ce projet, Mark Hogancamp avoue l’avoir accueilli avec un mélange d’angoisse et d’excitation. "J’espère que Steve Carell  a de belles jambes", confie-t-il, non sans humour dans un portrait que lui consacre le "New York Times". Ces dernières années, ce fou de pop culture a intégré à ses clichés les poupées d’acteurs célèbres comme Bruce Willis, Kurt Russell, Vin Diesel et Matt Damon. En 2015, il a mis en scène les Jeux Olympiques de Marwen où Hitler, Himmler et Mussolini se retrouvent piégés par Hogie et ses pin-ups, sous l’œil amusé d’une poupée de Quentin Tarantino…

A la sortie du documentaire, en 2010, Mark avait reçu de nombreux messages de sympathie de la part de nombreux spectateurs. "Je n’imaginais pas que mon combat pour retrouver ma mémoire pourrait bénéficier à d’autres personnages souffrant de troubles cérébraux", avoue celui dont on peut consulter les travaux sur le site officiel de Marwencol. "Désormais ils savent qu’il est possible de créer un monde où ils peuvent se réfugier".

>> "Bienvenue à Marwen", de Robert Zemeckis. Avec Steve Carell, Leslie Mann, Diane Kruger. En salles le 2 janvier 2019

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