"The House That Jack Built" : faut-il (ou pas) avoir peur du nouveau film de Lars Von Trier ?

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ON AIME – Dans "The House That Jack Built", le cinéaste danois Lars Von Trier met en scène l'acteur américain Matt Dillon dans la peau d'un serial killer impitoyable de cruauté. Un film virtuose sur la forme, dérangeant sur le fond. Mais pouvait-on attendre autre chose de l'auteur de "Melancholia", "Antichrist" et autre "Dancer in the Dark" ?

Annoncé comme LE film polémique du 71e Festival de Cannes en mai dernier, "The House That Jack Built" est presque passé inaperçu. Le retour sur la Croisette de Lars Von Trier, 7 ans après son éviction temporaire suite à ses blagues douteuses du le nazisme, était un petit événement en soi. La violence inouïe de nombreuses séquences à l’égard des femmes – et des enfants aussi – aurait-elle "ringardisé" l’auteur Palme d’or de "Dancer in the Dark"à l'heure du mouvement #MeToo ? Possible…


Le successeur du diptyque "Nymphomaniac" est une plongée de plus de deux heures et trente minutes dans la psyché tourmentée – c’est le moins qu’on puisse dire – de Jack, un architecte devenu serial killer. A moins que ce soit l’inverse. Œil noir, sourcil relevé et rictus en coin, l'acteur américain Matt Dillon incarne à la perfection cet archétype du cinéma de genre dans une version plus intello que la moyenne. Dès les premières secondes, il se confie en voix-off à un mystérieux personnage qui se fait appeler Verge. 

Des images de l'Holocauste et un plan d'Hitler

A lui, et au spectateur, il va raconter cinq "incidents", comme autant de chapitres qui ont émaillé son parcours criminel. Ou plutôt son œuvre, la mise en scène toujours plus créative de ses méfaits lui valant dans les médias le surnom de "Mister Sophistication". Une automobiliste le crâne fracassé, une veuve étranglée et traînée sur plusieurs kilomètres derrière un mini-van, une mère et ses deux enfants abattus comme dans une partie de chasse, une girlfriend hystérique les seins tranchés... Certain(e)s auront vite fait d’accuser Lars Von Trier de pervers misogyne, quand bien même Verge le reproche à Jack à l’écran.

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Cannes 2018 : pour Lars Von Trier, "il y a un serial killer en chacun d'entre nous"

Cette ambiguïté est à l’image de tout le film qui dresse un parallèle gonflé entre le meurtre et la création, Jack affirmant, durant l’un de ses monologues intérieurs parfois confus, qu’un véritable artiste se doit d’être cynique s’il veut laisser une marque dans l’Histoire. Un discours raccord avec  l’œuvre d’un cinéaste qui  porte depuis toujours un regard pour le moins désabusé sur la nature humaine. De là à intégrer dans une œuvre de fiction, entre autres horreurs du XXe siècle, des archives de l’Holocauste et un gros plan d’Adolf Hitler… Disons qu’il y a matière à discussion.


La soixantaine passée, Lars Von Trier n'a pas l'intention de devenir un parangon du bon goût. En dépit - ou grâce à ses provocations, il reste l’un des cinéastes les plus dérangeants de sa génération. L’un des plus virtuoses aussi comme en témoigne l’incroyable chapitre final aux enfers. Sans doute est-il peu trop conscient de son propre héritage, au point d’inclure plusieurs extraits, même très brefs, de ses films précédents. Mais Lars Von Trier serait-il Lars Von Trier s’il n’en faisait pas toujours un peu trop ?

>> "The House That Jack Built", de Lars Von Trier. Avec Matt Dillon, Uma Thurman, Bruno Ganz

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