"The Hunt" : mais de quoi parle vraiment le film que Donald Trump déteste sans l'avoir vu ?

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Tueries d'El Paso et Dayton

CONTROVERSE - Début août, le studio Universal décidait d’annuler la sortie de "The Hunt", une satire sanglante de la lutte des classes, à la suite des tueries de Dayton et El Paso, aux États-Unis. Le président Donald Trump lui-même s’était offusqué du contenu d'un film qui n'a jamais été montré à la presse. Son réalisateur, Craig Zobel, déplore aujourd'hui un profond malentendu. Explications.

31 morts et plus de 50 blessés. C’est le sinistre bilan des deux fusillades qui se sont déroulées les 3 et 4 août à El Paso, au Texas, et à Dayton, dans l’Ohio. Ces actes perpétrés par des tireurs solitaires sont venus relancer, une fois de plus, le débat sur le commerce des armes à feu en Amérique, un an avant la prochaine élection présidentielle. 

Hasard du calendrier, le studio Universal venait de lancer, quelques jours plus tôt, la bande-annonce de "The Hunt", la nouvelle production de Blumhouse, la petite société qui monte à laquelle on doit des succès comme la saga "American Nightmare", l’Oscarisé "Get Out" ou encore le récent remake d’"Halloween".

Le pitch ? Dans une réalité alternative, de riches Américains qui se désignent comme "l’élite", kidnappent chaque année des citoyens "ordinaires" pour en faire le gibier d’une épouvantable chasse à l’homme. Cette satire ultra-violente de la lutte des classes, emmenée par la star oscarisée de "Million Dollar Baby" Hillary Swank, va rapidement s’attirer les foudres des médias conservateurs et d’une partie des réseaux sociaux.

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Histoire de calmer le jeu, Universal annonce le 7 août sa décision de suspendre la promotion du film, dont la sortie est prévue le 27 septembre aux États-Unis. Insuffisant ? Deux jours plus tard, Donald Trump lui-même se fend d’un tweet assassin à l’encontre du film. Et du monde du cinéma en général qu’il ne manque jamais d’épingler depuis son entrée à la Maison blanche.

"Le Hollywood de gauche est raciste au plus haut point, avec beaucoup de colère et de haine. Ils aiment se désigner comme "l’élite". Mais ils ne sont pas "l’élite". En réalité ce sont les gens auxquels ils s’opposent si fortement qui sont réellement l’élite", écrit-il. "Le film qui va sortir ne vise qu’à enflammer et entraîner le chaos. Ces gens créent leur propre violence et essaient de blâmer les autres. Ce sont eux les vrais racistes, et ils sont mauvais pour notre pays !", affirme encore le président américain.

Le lendemain, curieuse coïncidence, la sentence tombe : Universal annule purement et simplement la sortie de "The Hunt". "Nous soutenons nos réalisateurs et continueront à distribuer des films de créateurs audacieux et visionnaires, comme ceux associés à ce thriller satirique", écrit un porte-parole du studio dans un communiqué très diplomatique. "Mais nous comprenons que le moment est mal choisi pour sortir ce film."

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Verra-t-on un jour The Hunt ? "Je l’espère", a réagi le week-en dernier le producteur Jason Blum dans une interview accordée au site Vulture. "Si on me proposait de faire le film demain, je dirais oui", assure-t-il. "Nous avons sans doute fait des erreurs de marketing", ajoute-t-il, estimant que cette affaire "pourrait changer ma manière de positionner un film [sur le marché : NDLR). Mais la fabrication des films ? Non."

Ce lundi, le réalisateur Craig Zobel est à son tour sorti du silence. Tout en soutenant la décision d'Universal, il déplore le "malentendu" entourant "The Hunt", un long-métrage sur lequel tout le monde a donné son avis… alors qu’il n’a fait l’objet d’aucune projection pour la presse. "Si je pensais que ce film pouvait inciter à la violence, je ne l’aurai pas fait", écrit-il dans une série d’e-mails envoyés à "Variety". De là à dire qu’il a peur d’apparaître en public…

Nous cherchons à divertir et à unifier, pas à mettre en colère et à diviser. C’est aux spectateurs de décider ce qu’ils en retireront- Craig Zobel, le réalisateur de "The Hunt"

"Je voulais faire un thriller d’action drôle qui se moque de ce moment que nous traversons dans notre culture", poursuit Craig Zobel. "Où les gens s’en prennent aux croyances de leurs prochains en fonction du camp auquel ils appartiennent. L’urgence avec laquelle on porte un jugement est l’un des problèmes fondamentaux de notre époque."

"The Hunt" serait-il un film "ni de gauche, ni de droite" ? "Notre ambition était de tacler les deux camps  [sur l’échiquier politique : NDLR] de manière équivalente", assure le cinéaste. "Nous cherchons à divertir et à unifier, pas à mettre en colère et à diviser. C’est aux spectateurs de décider ce qu’ils en retireront."

Un discours ambigu sur les armes à feu ?

Le cinéaste ne dit pas, en revanche, si son film dénonce l'obsession des Américains pour les armes à feu. Si à la lumière des dernières tueries, Démocrates et Républicains semblent s'accorder pour un contrôle renforcé de leur commerce, les sondages montrent qu'une majorité de citoyens, de tous bords confondus, restent attachés au droit d'en posséder une, comme le garantit la Constitution.

Dans la bande-annonce, Craig Zobel semble avant tout s’en prendre aux classes aisées de la société américaine. Qu’elles votent républicain ou démocrate, peu importe. Et à leur mépris supposé des plus pauvres. "Nous payons pour tout. Donc ce pays nous appartient", se justifie ainsi la femme d’affaires cynique –et sanguinaire– incarnée par Hillary Swank.

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Variety, qui s’est procuré une copie du scénario, cite également une scène où l’un des membres de "l’élite" de gauche abat un simple citoyen après lui avoir balancé : "le changement climatique, c’est pour de vrai !". Précisons que The Hunt a été co-écrit par Damon Lindelof, l’un des créateurs de la série "Lost", fervent soutien et donateur du parti démocrate.

Reste maintenant à savoir si Universal et Blumhouse trouveront un terrain d’entente pour sortir "The Hunt" à une période plus propice dans les salles américaines, comme dans le reste du monde d’ailleurs. Pas évident toutefois, à l’approche d'une campagne présidentielle qui s'annonce musclée. Comme d’autres projets "sensibles", le film de Craig Zobel pourrait, pourquoi pas, trouver son salut sur une plateforme de streaming. Allo, Netflix ? 

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