Toute nue au théâtre : j'ai testé (sans rougir) la première pièce naturiste jouée à Paris

Sorties

REPORTAGE - Se retrouver en tenue d'Ève avec près de 400 spectateurs pour assister à une pièce de théâtre ? Si le défi semblait un peu fou, votre dévouée journaliste l’a relevé dimanche soir lors d'une représentation naturiste inédite au Palais des Glaces. Non sans difficulté (et promis, sans frilosité) !

"Quelqu’un aurait envie de se rendre tout nu à une pièce de théâtre dimanche ?" Si la proposition, faite en conférence de rédaction, a déclenché l’hilarité générale, elle n’en était pas moins sérieuse. Depuis plusieurs jours, l’annonce de cette pièce circulait : "Nu et approuvé, la toute première représentation naturiste dans un théâtre parisien", jouée au Palais des Glaces. De quoi intriguer les spectateurs, et la presse. Alors après tout, pourquoi pas ? Peu (voire pas du tout, soyons honnête) adepte du naturisme, je me mets en tête de relever le défi. 

 

Dimanche 20 janvier, 19h30, nous voilà donc devant le dit théâtre, situé dans le Xe arrondissement de Paris. La foule se presse déjà dans l’obscurité glacée : "Il fait froid, j’espère qu’ils ont mis le chauffage à fond", entends-je derrière moi.  Si la représentation ne commence que dans une heure, il faut d’abord passer par les vestiaires… collectifs. Première découverte. "Vous pouvez sinon rester habillée et aller dans le carré presse", me prévient un organisateur. Tentant, mais non : je me suis promise de tester l’expérience jusqu’au bout. Direction donc le vestiaire. Si certains se retrouvent rapidement dans le plus simple appareil, d’autres, comme moi, mettent un peu plus de temps à passer le cap notamment des sous-vêtements. Mais bon, puisqu’il faut y aller…

Une serviette sur chaque siège

Heureusement, à l’intérieur, il fait chaud, à tel point que l’on transpire rapidement. Entièrement nue, voilà qu’un ouvreur – qui lui est habillé – m’indique le siège où je dois m’asseoir. La solitude me gagne : si au cinéma, on n’hésite pas à faire lever toute une rangée quand on doit s’asseoir au milieu, là, ce n'est plus le fait d'écraser des pieds qui m'inquiète. Autour de moi, le public est divers : peu de jeunes à proprement parler, plutôt des gens entre trente et soixante-dix ans. Beaucoup d’hommes. 

Le spectacle a du retard. L’occasion, pour certains spectateurs, de discuter. Plusieurs personnes sont debout, se font la bise, échangent avec un aplomb déconcertant. La pièce étant soutenue par la Fédération française de naturisme et l'Association des naturistes de Paris, elle attire une communauté d'habitués. Moi, je n'ai aucune envie de me lever et honnêtement, j'ai plutôt hâte qu'on se retrouve dans le noir, n'étant pas accoutumée à voir autant de corps découverts. Je reste sagement assise sur ma serviette (qu’on nous a demandé de rapporter), posée sur le siège. Les bras et les jambes croisés. Mes voisins, eux, dissimulent leurs sexes comme ils peuvent : l’un avec son billet d’entrée, l’autre avec sa main. 

1h15 de représentation

Ouf, les rideaux s'ouvrent, c’est parti pour 1h15 de représentation, sans entracte. Les acteurs rentrent habillés devant un public lui, complètement nu. Le pitch ? Cette pièce écrite par Généstia Giachino et mise en scène par Pascale Levyn, raconte l'histoire d'un frère et une sœur aux caractères très opposés, qui reçoivent en héritage un bungalow, situé dans ce qui semble être le Sud de la France. Arrivés sur place en pleine nuit, ils découvrent au matin que personne n'est habillé. Il s'agit en fait d'une sorte de village naturiste comme il peut y en avoir notamment au Cap-d'Agde. 

Vont-ils s'habituer à cette nouvelle pratique bien différente de leur convenance habituelle ou tout simplement vendre cette parcelle qu'ont affectionnée leurs parents durant des années ? C'est tout l'objet de ce vaudeville qui voit les comédiens se mettre à nu, au sens propre comme au figuré. Quant aux spectateurs, finalement dans une salle devenue obscure, le fait d'être désaffublé s'oublierait presque. 

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Une standing ovation au poil

Surprise, de retour sur scène pour saluer à la fin, les acteurs sont en peignoirs. On serait à deux doigts de les maudire. Mais le succès est au rendez-vous : si, personnellement, je n’ai pas été emballée par la pièce, le reste de la salle, lui, applaudit à tout rompre, criant des "bravo" à gorges déployées. Avant de se lever pour une "standing ovation". Devant moi, donc, une ribambelle de postérieurs alignés. Les spectateurs applaudissent-ils l'audace d'une telle tentative ou cette comédie qui n'a rien de pittoresque ? Un peu gênée et étant l'une des dernières,  je finis tout de même par me mettre debout. Les acclamations finissent par s'évanouir (n’y voyez là aucun rapport avec le fait que je sois debout).

Des spectateurs sont déjà en train de se rhabiller sur leurs sièges quand d'autres se baladent dans la salle, voulant encore profiter de ces derniers instants en costume d'Adam. Je rejoins rapidement les vestiaires pour me revêtir, étrangement, c’est beaucoup plus rapide dans ce sens -là-...Si l'expérience s'est avérée plutôt distrayante, ce plongeon dans l'incon(nu) ne m'a pas convaincue d'embrasser la cause naturiste. Si je n'ai rien contre, je ne pense pas qu'une assistance dans le plus simple appareil ait réellement servi la pièce. Par ailleurs, pour un mode de vie qui se caractérise par son respect de l’environnement, la facture de chauffage a dû être salée...

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