"La féminité m’a protégé" : nommé aux César, Alexandre Wetter s’affranchit des codes dans "Miss"

"La féminité m’a protégé" : nommé aux César, Alexandre Wetter s’affranchit des codes dans "Miss"

PORTRAIT - Adoubé par Jean Paul Gaultier, le mannequin androgyne passé par la série "Versailles" endosse la couronne d’une reine de beauté dans le nouveau film de Ruben Alves. Une première prestation sur grand écran remarquable et remarquée, qui a même tapé dans l'oeil de l'Académie des César.

Sans lui, Miss n’aurait jamais vu le jour. "En le rencontrant, je me suis dit : 'il est là mon film'", nous explique le réalisateur Ruben Alves à propos de sa tête d’affiche. "Il vivait sa féminité tout en étant garçon, avec beaucoup de liberté et en assumant beaucoup. Je trouvais ça très puissant. Je me suis dit que ce personnage était solaire, qu’il avait une belle étoile autour de lui. Il avait toute cette lumière dont j’avais besoin pour ne pas faire un film glauque", poursuit le cinéaste. 

Et c’est peu dire qu’Alexandre Wetter irradie par sa présence le long métrage qui suit le parcours d’Alex, dont le rêve est de décrocher la couronne de Miss France. Le jeune homme de 29 ans est d’un charisme fou, imposant son assurance tout en délicatesse tout au long du récit. Nous faisant passer du rire aux larmes aussi.

Ovationné au Festival de l’Alpe d’Huez en janvier 2020, récompensé du prix Premier rendez-vous pour un acteur au Festival de Cabourg en juin dernier, Alexandre Wetter fait une entrée remarquée dans le milieu du cinéma. Ce mercredi 10 février 2021, il a même décroché une nomination au César du meilleur espoir masculin. Tout a pourtant démarré "de la manière la plus simple". "Ruben Alves m’a contacté sur les réseaux sociaux et on a pris un café. Il m’a tout de suite compris, ne m’a pas jugé et le feeling est passé immédiatement. Tout de suite il a eu confiance en moi, j’ai eu confiance en lui. Il m’a fait ce beau cadeau de m’embarquer dans cette aventure", nous confesse-t-il début mars, quelques jours avant que la sortie de Miss ne soit reportée en raison de la pandémie de coronavirus.

Jusqu’au moment où Sylvie Tellier est avec nous, pour moi j’étais une vraie Miss- Alexandre Wetter sur le tournage de "Miss"

C’est finalement en octobre dernier que le public a pu brièvement découvrir sa transformation. Car le film n'est resté en salles qu'une semaine, jusqu'à leur fermeture à cause du second confinement. Pendant deux mois, Alexandre Wetter s’est préparé "physiquement et mentalement avec un coach". "Il faisait 2h de sport par jour. Il a perdu 10 kilos pour entrer dans un moule, dans un code de Miss", nous raconte Ruben Alves. "Le petit a donné beaucoup de sa personne, parce qu’il arrivait avant tout le monde et repartait après tout le monde", souligne-t-il. Une période "intense mais en même temps tellement riche" pour le néo-comédien qui était entouré de reines de beauté sur le plateau. "C’était vraiment comme une colonie de vacances entre Miss. Finalement, grâce à elles j’ai réussi à intégrer le fait que moi aussi j’étais une Miss. Pendant tout ce temps, jusqu’au moment où Sylvie Tellier est avec nous, pour moi j’étais une vraie Miss", assure-t-il.

Et si la féminité n’était au final qu’un état d’esprit ? "Bien sûr que ça va au-delà d’un organe, d’un sexe, d’un attribut. La féminité, c’est quelque chose qui m’a protégé, qui m’a fait du bien, qui m'a donné des armes et qui m’a enveloppé. Je n’aime pas en donner une définition, c’est une vibration. Il ne faut pas la nommer parce que ça perd toute sa magie en réalité", estime-t-il. Alexandre Wetter a fait de son androgynie une force. Originaire du Var, il débute une licence d’arts plastiques à Toulouse après son BEP comptabilité. C’est là qu’il est repéré sur Facebook par une agence de mannequins. Il s’installe à Paris, décroche une campagne pour le site Adopte un mec, une autre pour les chips TooGood et participe à ses premiers défilés.

Il a mêlé les genres pour Jean Paul Gaultier

"Pour moi, le mannequin c’était la manière de pouvoir traiter de mon sujet fétiche : celui du genre, de l’identité. Je pouvais enfin exprimer ce que j’avais au plus profond de moi, dans un milieu qui me l’autorisait", détaille-t-il dans une interview à Welcome to the jungle. Celui qui refuse d’être mis dans des cases ne souhaite alors qu’une chose : collaborer avec Jean Paul Gaultier. C’est chose faite en 2016 avec une apparition qui ne laisse pas les médias indifférents. Ni les directeurs de casting. 

Alexandre Wetter apparaît au générique des séries Versailles, Rouge sang et plus récemment Emily in Paris sur Netflix. "Je joue Lucien, un personnage insupportable. Un bon Français qui parle anglais avec un accent français. Ça, ça leur a bien plu aux Américains", s’amuse-t-il auprès de nous, encore surpris d’avoir été contacté par les équipes de Darren Star - producteur culte de Sex and the City. "Quand on m’a proposé ça, je me suis dit : 'Ah !'. A chaque fois, je suis toujours étonné. Il y a des choses qui avancent : Miss, le créateur de Sex and the City… La suite ? je ne sais pas ce qui va se passer mais je l’accueille, j’attends !", lâche-t-il avec un grand sourire. Inutile de cacher que nous aussi.

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>> Miss de Ruben Alves, avec Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Thibault de Montalembert, Stéfi Celma et Isabelle Nanty / disponible en VOD et achat digital depuis le 5 février, en DVD et Blu-ray dès le 17 février

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