De Miss Besançon à la Croisette : qui est Ophélie Bau, l’actrice au cœur du scandale "Mektoub My Love" ?

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PORTRAIT – Elle est la vedette de "Mektoub My Love : Intermezzo", le film qui suscite une vive controverse depuis sa projection lors du dernier Festival de Cannes. Alors que le réalisateur Abdellatif Kechiche et son agent se déchirent par écrit, Ophélie Bau, 26 ans, reste murée dans le silence. L’occasion de revenir sur le parcours fulgurant de cette ancienne Miss régionale…

Son silence est la source de toutes les rumeurs qui entourent le sulfureux "Mektoub My Love : Intermezzo". Le 25 mai dernier, Ophélie Bau, 26 ans, s’éclipsait mystérieusement de la projection du dernier film d’Abdellatif Kechiche, en compétition au 72e Festival de Cannes. Le lendemain, elle est absente de la conférence de presse que donnent le cinéaste et ses partenaires, sans explication des uns et des autres. Etait-elle choquée par la scène de sexe explicite dont tout le monde parle sur la Croisette ? Mystère total.


Dans une interview accordée à "Vanity Fair", quelques heures avant la projection, la jeune femme se disait "fébrile" à l’idée découvrir le film en même temps que les autres festivaliers, Abdellatif Kechiche ayant terminé le montage dans l’urgence. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la jeune femme aurait demandé au cinéaste de visionner la séquence au cœur du scandale.  C’est en tout cas ce qu’affirme son agent, Elisabeth Tanner, dans une réponse à la missive incendiaire que lui a adressée l’auteur de "La Vie d’Adèle" le 1er juillet, l’accusant notamment d’avoir voulu entraîner son actrice dans un complot contre lui.

Victime d'une guerre entre son réalisateur et son agent ?

"La seule demande qui a été formulée par Ophélie Bau, ainsi que vous en aviez pris l’accord avec elle, était simplement de pouvoir visionner la séquence controversée de ce second opus avant sa première projection publique", écrit-elle à Abdellatif Kechiche. "De manière totalement incompréhensible, vous avez toujours et systématiquement refusé d’accéder à cette requête. Jusqu’au 12 mai 2019, où elle est venue directement à votre production pour vous demander, les yeux dans les yeux, de voir la scène controversée, ce que vous lui avez encore refusé. "

Cette polémique marquera, quoi qu’il arrive, le début de carrière de la jeune femme. Ophélie Baufle (son vrai nom) est encore étudiante au cours Florent, à Montpellier, sa ville de naissance, lorsqu’elle auditionne pour un rôle dans "Candice Renoir", la série policière à succès de France 2. Elle n’est pas retenue. Mais neuf mois plus tard, on lui propose de faire des essais en 2015 pour Abdellatif Kechiche, à la recherche de nouveaux visages pour sa chronique d’un été brûlant à Sète, au début des années 1990.


Un sacré tournant pour cette fille d’un avocat au barreau de Besançon, la ville où elle a grandi et où elle remporté le titre de Miss locale, en 2014. Si elle rêve de devenir actrice lorsqu’elle retourne s’installer à Montpellier, quelques mois plus tard, Ophélie garde les pieds sur terre. Avant de tourner pour l’un des cinéastes français les plus en vue, elle prévoyait en effet de passer les concours pour devenir auxiliaire de puériculture. 


Dans "Mektoub My Love : Canto Uno", la jeune femme crève l’écran dès la scène d’ouverture où Abdellatif Kechiche filme le corps à corps enflammé de son personnage, baptisée Ophélie, avec Tony son amant, interprété par Salim Kechiouche.

"On me pose sans cesse la question des scènes sexuelles", expliquera-t-elle dans un entretien accordé à "Grazia". "Déjà pour moi, ce sont des scènes charnelles, alchimiques. Elles rejoignent ma façon de voir le cinéma. Je vois le cinéma ou le théâtre comme des endroits où tout peut se passer, où se passe la vie. Et la vie, en tout cas la mienne, comprend une activité sexuelle. Les grands mystiques abstinents, j'y crois moyen, l'amour je trouve ça beau. Donc non, je n'ai pas reculé une seconde."


Présenté en septembre 2017 à la Mostra de Venise, "Mektoub My Love : Canto Uno" reçoit un accueil enthousiaste de la part de la presse. Sa longue durée – près de 3 heures – et sa narration erratique, du moins non conventionnelle, ne vont pas séduire autant le public. Alors que "La vie d’Adèle", Palme d’or 2013, avait attiré plus d’un million de spectateurs dans les salles, le film fait un flop, avec moins de 130.000 entrées. Maigre consolation pour l’équipe : la nomination d’Ophélie Bau au César du meilleur espoir féminin.

Abdellatif Kechiche, lui, n’a pas renoncé à ses envies de trilogie. D’autant plus qu’il en a déjà tourné l’essentiel avec ses jeunes comédiens qui semblent alors tous ravis de l'expérience. Lorsque le deuxième volet est annoncé en compétition officielle à Cannes, aucun d’entre eux ne s’est plaint de son travail avec le cinéaste. Quelques jours après la projection mouvementée du film, un témoignage anonyme, publié par "Midi Libre", viendra semer le trouble. 


"Le réalisateur a fait rejouer pendant des heures et des heures les scènes de la discothèque, épuisant tous les acteurs, et le tournage se prolongeait très tard dans la nuit", raconte cette source proche de la production. "Il voulait absolument arriver à avoir une scène de sexe non simulée, ce à quoi les acteurs n’étaient pas disposés. Mais à force d’insister, au fil des heures et alors que de l’alcool était régulièrement consommé sur place, il a réussi à obtenir ce qu’il voulait."

Dans la lettre adressée à Elisabeth Tanner, Abdellatif Kechiche livre une toute autre version faits. S’il confirme que la scène de sexe en question n’a pas été simulée, il affirme avoir réécrit le scénario à la demande d’Ophélie Bau pour qu’elle puisse la tourner avec l’acteur Roméo De Lacour, devenu son petit ami à la ville. 


"Ophélie pouvait se rétracter", assure-t-il. "Elle ne l’a pas fait, elle m’a même demandé avec insistance de lui écrire une autre scène d’amour avec Roméo. Les deux acteurs se montraient tellement fiers d’afficher leur amour au grand jour qu’ils me l’ont demandé à plusieurs reprises, notamment par écrit."


Dans la même lettre, Abdellatif Kechiche invite la comédienne à sa table de montage "pour me signifier précisément ce qui choque sa pudeur récente", avance-t-il. "Et je m’engage, dans la mesure du possible, à éliminer dans le montage du film final les plans qui la gêneraient encore." Ophélie Bau acceptera-t-elle la proposition du cinéaste ? Le sort du film, dont la sortie pourrait intervenir en décembre prochain, en dépendra peut-être...

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