VIDÉO - Joaquin Phoenix : "J’aime l’ambiguïté du Joker... Parce que c’est ce que je vois dans la vraie vie !"

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INTERVIEW – Il livre la performance la plus ébouriffante de l’année – et peut-être bien de sa carrière – dans "Joker", en salles le 9 octobre prochain. De passage par Paris, l’acteur américain Joaquin Phoenix s’est confié ce mardi à LCI.

C’est l’un des acteurs les plus intenses de sa génération. Et le seul choix du réalisateur Todd Phillips pour incarner le méchant emblématique de DC Comics dans "Joker", en salles le 9 octobre. Joaquin Phoenix, 44 ans, est au sommet de son art dans ce drame psychologique dont la noirceur tranche avec la plupart des adaptations de bande-dessinées. 

Un pari d’ores et déjà réussi puisque le film a décroché le Lion d’or à la Mostra de Venise, début septembre. Et fait déjà figure de grand favori pour la prochaine cérémonie des Oscars. Au lendemain d’une avant-première parisienne très applaudie, nous avons retrouvé  un Joaquin Phoenix plutôt détendu dans la suite du palace parisien où il a pris ses quartiers…

LCI : Lorsqu'il a été annoncé que vous alliez jouer le Joker, les fans de comics ont tout de suite étaient très impatients. Etiez-vous au courant de cette attente en commençant le tournage ? 

Joaquin Phoenix : Je ne vais pas sur les réseaux sociaux, je ne regarde pas les infos sur les divertissements… Heureusement pour moi je ne savais pas grand-chose. Jusqu’à deux jours avant le début du tournage. Je suis allé à Toronto faire la promo du film de Jacques Audiard, Les Frères Sisters. Et on m’a plusieurs fois posé des questions, les journalistes me disaient que c’était un grand sujet de conversation… Mais sinon j’étais agréablement ignorant. Et c’était très bien comme ça.

Qu’avez-vous éprouvé en lisant le script ? Etiez-vous excité, effrayé… ou simplement curieux de voir où vous pouviez emmener le personnage ? 

Tout ça à la fois, et c’est ça que j’ai adoré. Je me suis dit que c’était un challenge. Ça posait beaucoup de questions difficiles sur la responsabilité. La responsabilité individuelle, la responsabilité des parents, la responsabilité de la société. Et je n’ai pas trouvé de réponse facile parce qu’il n’y en a pas. Le scénario décrivait un monde viscéral, réaliste, à vif. J’aime l’ambiguïté dans un personnage. Parce que c’est ce que je vois dans la vraie vie. J’ai ressenti beaucoup de choses à propos de ce personnage. C’est très dur par moment. Son comportement, sa façon de justifier ses actes, son auto-apitoiement. Ça ne me touchait pas au début, ça me révulsait d’une certaine manière. Mais je reconnaissais aussi en lui certains traits propres aux troubles obsessionnels compulsifs. J’ai réalisé que c’était quelqu’un qui avait souffert de traumatismes durant l’enfance qui l’ont façonnés. J’ai commencé à avoir de la compassion pour lui et à comprendre ses démons. Mais ce n’est pas un film facile, ce n’est pas un personnage facile à aimer. Mais je suis ok avec ça. Et j’aime le challenge que ça représente.

Le Joker est un narcissique. Je ne suis pas sûr qu’on puisse jamais satisfaire son besoin d’attention tellement il en réclame et il en a besoin- Joaquin Phoenix

Mais c’est ce que vous recherchez… Des films difficiles et des personnages difficiles, non ?

Ça dépend ! Moi j’aime toutes sortes de films, et j’ai envie de jouer plein de personnages différents. Mais j’aime les choses qui nous proposent un challenge, et qui nous font réfléchir différemment sur nous-mêmes et sur le monde. C’est ce que j’aime. J’aime le drame, j’aime le conflit.

Ce personnage, c’est aussi un type qui cherche l’attention des autres, qui rêve de les faire rire et qui n’y parvient pas pour diverses raisons. N’est-ce pas ce qu’il y a de plus cruel pour un comédien ? 

Je ne pense pas qu’il cherche juste à attirer l’attention. Je pense qu’il veut susciter l’adoration. C’est un narcissique. C’est aussi simple que ça. Et je ne suis pas sûr qu’on puisse jamais satisfaire son besoin d’attention tellement il en réclame et il en a besoin. 

Parlez-moi de son rire. Est-ce que vous l’avez beaucoup répété avant ? Ou bien l’avez-vous trouvé sur le tournage ? 

Je ne l’ai répété que deux ou trois fois, et on l’a trouvé sur le plateau, oui. Je me rappelle d’une scène, le deuxième jour de tournage, où j’étais très déçu de la manière dont c’était sorti. Je ne l’avais juste pas encore trouvé. C’est quelque chose qui a constamment évolué.

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J’imagine que vous avez déjà vu le film plusieurs fois. Qu’en avez-vous pensé, et de manière générale, aimez-vous vous voir dans les films ? 

Dans le passé, je ne regardais jamais dans le moniteur, je ne regardais jamais les rushes quotidiens. Mais Todd m’a fait regarder deux ou trois fois et j’ai commencé à m’y mettre. Ce qui m’a permis de me séparer un peu de la performance, d’une certaine façon (il réfléchit). Un film sera toujours décevant pour moi parce qu'il n’égalera jamais l’expérience que j'ai vécue en le faisant. Vous voyez une scène qui dure 2m30, alors pour moi ça a représenté une journée entière. En particulier avec ce personnage où chaque prise donnait lieu à une version différente. Ça ne sera jamais à la hauteur de ce sentiment. Je me suis tellement amusé à faire ce film, il y avait tellement d’énergie sur le plateau. Mais j’aime le film, oui. Todd a fait un travail fantastique… et vous, vous avez aimé ?

J'ai adoré ! Je n'avais pas envie que ça se termine...

Bien !

>> "Joker", de Todd Phillips. Avec Joaquin Phoenix, Zazie Beetz, Robert De Niro, Frances Conroy. En salles le 9 octobre

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Que pense l'écrivain Bret Easton Ellis des polémiques autour de films violents comme "Joker" ? Ecoutez l'auteur d'"American Pyscho" dans notre podcast, "Les Gens Qui Lisent Sont Plus Heureux"...

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