VIDÉO - L'histoire méconnue de Gareth Jones, celui qui dénonça Staline

VIDÉO - L'histoire méconnue de Gareth Jones, celui qui dénonça Staline
Sorties

HISTOIRE - L'Holodomor, ce nom de vous dit rien ? Il s'agit pourtant d'un des crimes de masse les plus terribles du XXe siècle. C'est ce que raconte le film "L'ombre de Staline", d'Agnieszka Holland, sorti le 22 juin dernier au cinéma, à travers l'histoire du journaliste Gareth Jones.

Une période tragique, méconnue du grand public. Avec L'ombre de Staline, en salle depuis le 22 juin, la réalisatrice Agnieszka Holland s'attaque à un sujet de taille, l'Holodomor, une terrible famine ayant frappé le sud-ouest de l'URSS, et notamment l'actuelle Ukraine. La cinéaste polonaise y relate l'histoire de l'un des premiers lanceurs d'alerte de l'histoire récente, Gareth Jones, un journaliste gallois qui, on peut le dire, ne manque pas d'audace. 

A peine diplômé, le jeune homme met de côté l'impartialité du métier pour se mettre au service du Premier ministre britannique, David Lloyd George (1916-1922), en tant que conseiller aux Affaires étrangères. Après avoir été le premier journaliste étranger à s'entretenir avec Adolf Hitler, il ambitionne d'interviewer Joseph Staline, pour comprendre notamment la réussite économique de l'Union soviétique alors que, partout, les peuples souffrent encore de la Grande Dépression. Il décide alors de se rendre à Moscou, en mars 1933, et finit par se rendre en Ukraine, où il découvre une région touchée de plein fouet par la famine, orchestrée par le pouvoir central.

L'Holodomor, l'extermination par la faim

C'est l'Holodomor, l'extermination par la faim. Depuis 1931, Staline, "le petit père des peuples" a mis en place la collectivisation forcée des campagnes, cette politique agricole consistant à prendre le contrôle direct de la production des koulaks, terme péjoratif pour désigner les propriétaires fermiers de la région, par l'État. Un moyen d'accélérer l'industrialisation de l'URSS. La ponction des récoltes se faisant plus intense, la famine s'installe et les propriétaires terriens tentent de lutter. Pour briser cette résistance, à partir de l'automne 1932, Staline aggrave la famine en augmentant les réquisitions alors que les récoltes sont pourtant médiocres. Toute personne qui vole ou dilapide "la propriété socialiste", finit au goulag ou est condamnée à la peine capitale. 

Choqué par ce qu'il découvre, Gareth Jones décide de dénoncer ce génocide en publiant un communiqué de presse. "J’ai jeté un croûton de pain dans un crachoir. Un paysan qui partageait notre compartiment s’en est emparé comme s’il n’avait pas mangé depuis des jours. J'ai passé la nuit dans un village qui élevait jadis 200 bœufs. Il n'en restait que plus que six. Les paysans mangeaient ce qu'il restait du fourrage du bétail. Ils me confièrent que beaucoup d'entre eux étaient déjà morts de faim", écrit-il notamment.

Lire aussi

Une mort aux circonstances troubles

Un rapport qui ne trouvera que peu d'écho dans la presse occidentale. Le 31 mars, le New York Times publie même un démenti clamant que "les Russes ont faim mais ne sont pas affamés". Un texte de Walter Duranty. Ce lauréat du Prix Pulitzer accuse Gareth Jones d'avoir fortement exagéré les choses. Ce qui, d'évidence, ne fut pas le cas. De fait, selon les historiens, l'Holodomor fit entre 3 et 5 millions de victimes... 

Après ce coup d'éclat, Gareth Jones vit son destin prendre une dramatique tournure. En 1934, alors qu'il n'a plus le droit de mettre les pieds en URSS, il se tourne vers l'Extrême-Orient et se rend en Mongolie, où il est enlevé, avant que ses ravisseurs ne le tuent. Un meurtre que beaucoup attribueront aux services de renseignement soviétiques. 

Retrouvez toute l'histoire de Gareth Jones et de l'Holodomor dans notre vidéo en tête de cet article.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent