VIDÉO - Le Kestuf’ de Kalash : "Certains utilisent la liberté d’expression pour justifier des messages racistes"

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INTERVIEW – Sur son dernier album, l’excellent "Diamond Rock", Kalash mélange rap, reggae et dancehall pour rendre hommage à la Martinique de son enfance. Entre nostalgie, politique et spiritualité, il est l’invité du Kestuf’ de LCI.

Visage tatoué, dreadlocks et lunettes noires, Kalash impressionne au premier abord. Passé les présentations d’usage, le bonhomme se révèle affable et chaleureux, ravi de parler de son cinquième album, le rutilant "Diamond Rock", successeur de "Mwaka Moon", disque de platine paru en 2017. La notoriété, le sexe, la weed, ses ennuis avec la police aussi… Kevin Valleray, c’est son vrai nom, aborde tous les sujets dans un mix savoureux de rap, de reggae et de dancehall. Mais celui qui lui tient particulièrement à cœur, c’est sa Martinique chérie.

Né à Strasbourg, en 1988, le futur chanteur est encore bébé lorsque ses parents rentrent s’installer à Fort-de-France. "La Martinique, c’est mon refuge", confie l’intéressé au Kestuf’ de LCI. "C’est là où je me sens le mieux. Où je me reconnais le mieux, où je peux me lâcher. Où je peux être moi-même. Ces temps-ci, on me demande de me présenter en politique là-bas. Mais je pense que c’est quelque chose que je ne ferai jamais. Parce que ça couperait ma liberté artistique."

Depuis que je suis installé en métropole, j'ai l'impression qu'on ne parle que d'un sujet : le voile- Kalash

Reste que Kalash assume fièrement son rôle d’ambassadeur, comme le prouve le titre de l’album, référence directe au Rocher du Diamant, une île sauvage située au sud-ouest de la Martinique, visible depuis la petite commune à laquelle elle a donné son nom. "On a une maison juste en face, parfois on y va en bateau. Quand l’album mûrissait et qu’on réfléchissait à la sélection de la track-list, je l’avais tout le temps rivée devant moi", raconte Kalash. 

 

Sur les 21 morceaux qui composent "Diamond Rock", plusieurs sont consacrés aux racines de son auteur comme "Mada" et "Ghetto Life" dont les textes en créole relatent le quotidien de l’île, entre tensions sociales et velléités d’indépendance. "J’essaie de faire passer un message aux miens", explique le chanteur dont les moindres faits et gestes sont épiés par la presse locale. "Avant de demander aux autres le respect, nous devons commencer à l’entretenir et à le faire grandir entre nous."

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S’il a la Martinique chevillée au corps, Kalash n’est pas insensible à la politique française comme le prouve "Polémique", un titre corrosif sur lequel il étrille un certain Eric Zemmour. "En écoutant ses mots et la vivacité avec lesquels il les dit, on sent, on dirait qu’il veut une guerre. Une séparation entre les Français de souche et les autres. Limite il va parler de pureté. Mais en fait il m’énerve plus qu’il ne m’effraie."

Kalash se sent-il à l'aise dans la France de 2019 ? "Depuis que je suis installé en métropole, j'ai l'impression qu'on ne parle que d'un sujet : le voile", ironise-t-il. "Je trouve qu’il y a un certain laxisme, une certaine intolérance, un côté hardcore dans les mots. La liberté d’expression est devenue quelque chose qu’on utilise pour justifier des messages que je trouve racistes", ajoute celui qui grandi dans une famille de pasteurs adventistes.

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Petit garçon, Kevin cire les bancs du temple, "jusqu’à ce que j’ai l’âge de décider de ne plus y aller", se souvient-il. "Je me rappelle qu’on a radié ma mère parce qu’elle avait les oreilles percées. Un truc un peu contraire au message qu’on nous passait. Mais j'ai quand même gardé les bases. Aujourd’hui je suis assez curieux. Je peux passer un moment avec un musulman,  un bouddhiste, prendre ce que je trouve bien chez eux. Je n’ai pas de religion. Mais spirituellement, je suis assez à fond." 

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