"Une histoire de rêve, qui parle à tout le monde" : pourquoi "Miss" est un bijou à ne pas manquer

"Une histoire de rêve, qui parle à tout le monde" : pourquoi "Miss" est un bijou à ne pas manquer

COUP DE CŒUR - Sept ans après "La Cage dorée", Ruben Alves nous plonge dès ce mercredi 21 octobre dans l’univers compétitif des concours de beauté. Sauf que cette fois, c’est un jeune homme qui ambitionne de décrocher le titre de Miss France. Une fable libératrice pleine d’humour qui redéfinit la notion de féminité et appelle à aimer nos différences.

Il a choisi la chanson Drôle d’époque de Clara Luciani pour illustrer une séquence pleine d’émotion. Sans se douter que ce titre aurait une toute autre signification des mois plus tard. Sept ans après le formidable La Cage Dorée, qui rendait hommage à ses racines portugaises, Ruben Alves présente enfin au public son deuxième film à la trajectoire aussi inattendue que son pitch. 

Ovationné au Festival de l’Alpe d’Huez en janvier, Miss était initialement programmé pour mars. Puis la pandémie de coronavirus est passée par là, décalant sa sortie par deux fois avant que le studio Warner ne l’avance d’une semaine pour soutenir les exploitants en période de couvre-feu. C’est donc finalement ce mercredi 21 octobre que les spectateurs pourront découvrir ce bijou de comédie, l’un de nos grands coups de cœur de l’année.

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"Miss" : la bande-annonce du film évènement sur Miss France

Alex, la vingtaine, n’a qu’un objectif : devenir Miss France. Sauf qu’Alex est un homme et qu'il va tout faire pour participer au concours. "Ne soyez pas victimes des codes, apprenez à jouer avec", martèle Amanda, sorte de super Sylvie Tellier et "figure maternelle très exigeante" selon son interprète Pascale Arbillot. C’est exactement ce que fait le film Miss avec tous les sujets qu’il aborde pendant 1h47. "Vraiment ce film, c’est ça : comment est-ce qu’un personnage qui ne veut pas s’enfermer dans les codes de la société d’aujourd’hui traverse un concours codifié, très normé et comment il va s’en sortir, comment il va se trouver. C’est vraiment cette quête-là, cette quête de soi", nous a expliqué Ruben Alves lors de notre rencontre début mars. 

En rencontrant Alexandre Wetter, je me suis dit : 'Il est là mon film'- Ruben Alves, réalisateur de "Miss"

Le réalisateur a d’abord eu dans l’idée de mettre en scène un héros transgenre pour "rendre hommage à cette force qu’il faut pour changer d’identité". "J’avais toujours eu envie de parler de ça mais je ne savais pas vraiment ce que je pouvais apporter de différent pour ouvrir ce sujet à un plus large public. C’est toujours mon ambition de parler de choses peut-être complexes, plus enfermées mais à un plus large public", détaille-il. Le déclic est venu d’un coup d’un seul après un premier échange avec un acteur en devenir. "En rencontrant Alexandre Wetter, je me suis dit : 'Il est là mon film'. Miss, c’est Alex parce qu'il vivait sa féminité tout en étant garçon, avec beaucoup de liberté et en assumant beaucoup. Je trouvais ça très fort, très puissant, magnifique. Il avait toute cette lumière dont j’avais besoin pour ne pas faire un film glauque. Alors le parcours du film est dense et dramatique mais je voulais le traiter avec la légèreté de la vie. Avec des personnages hauts en couleur qui se croisent et des rires. Ce parcours-là, c’est Alex qui me l’a…(il s’arrête). Il va pleurer encore, il est toujours en train de pleurer", s’amuse-t-il alors qu'à côté de lui, son acteur sèche ses larmes au coin de l’oeil.

"Ruben m’a tout de suite compris. Il ne m’a pas jugé et le feeling est passé immédiatement (…). Il m’a fait ce beau cadeau de m’embarquer dans cette aventure", souligne le jeune comédien de 29 ans qui tient ici son premier grand rôle au cinéma. On ne peut qu’acquiescer avec son metteur en scène qui le qualifie de "solaire". C’est simple, on ne voit que lui à l’écran. Alexandre Wetter est aussi drôle qu’il est incandescent, aussi beau qu’il est émouvant. Son physique androgyne, qui lui a permis de taper dans soleil de Jean Paul Gaultier à ses débuts dans le mannequinat, a même fait des envieuses parmi les vraies reines de beauté présentes sur le plateau. "Les Miss étaient jalouses de ses jambes, de la manière dont il était sur les talons. C’était très drôle", sourit Ruben Alves.

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Les inconditionnels du concours de beauté reconnaîtront la directrice de l’organisation Miss France Sylvie Tellier, la première dauphine de Miss Monde Ophély Mézino et Miss France 2019 Vaimalama Chaves, ravie de sa participation à ce film qui "fait passer un beau message d’espoir." "Tout le monde peut s’identifier à quelqu’un dedans. Personne n’est rejeté au final", nous assure-t-elle. Avec son Miss, Ruben Alves veut surtout "donner à réfléchir" : "On est en 2020 dans une époque où plus ça va et plus les gens s’enferment dans des communautés. C’est tout l’inverse qu’il faudrait faire, que les gens s’ouvrent les uns les autres, se parlent, se comprennent. Ce film, c’est un message de tolérance avant tout. Arrêtons de nous juger, soyons libres de porter le message qu’on a envie de porter"

Un film d'une grande humanité

Le cinéaste n’a pas peur d’utiliser le mot "différence" pour parler de ses personnages car "ce sont des gens différents par rapport à des règles préétablies, à une société patriarcale". Alex "veut réaliser son rêve, point. Il n’y a pas de rêve de garçon, pas de rêve de fille. Il y a juste des rêves. Il va tout faire pour avec la bienveillance et l’amour autour de lui", insiste-t-il. Alex répète qu’il "se sent plus fort en femme". Un sentiment partagé par Thibault de Montalembert (Dix pour cent) qui campe la flamboyante Lola, prostituée travestie du bois de Boulogne qui fait partie du cercle d’outsiders du héros. "Quand un homme travaille sa féminité, l’affiche et l’assume, il y a le plaisir de la transgression. Et cela rend toujours plus fort donc transgressez !", lâche-t-il.

Ruben Alves peint sa galerie d'extravagants personnages sans jamais tomber dans la caricature ni la vulgarité. Miss est d'une grande humanité, une bouffée d'air frais qui fait du bien. Thibault de Montalembert en est persuadé, "on est en train de voir la naissance d’un vrai auteur populaire comme il n’y en a pas beaucoup". "En deux films, on voit un style, une patte qui lui est propre et qui est assez proche du cinéma méditerranéen d'Almodovar sans en être une pâle copie ou une imitation. C’est autre chose. On trouve dans ses œuvres la dimension du conte, de la fable. Il arrive à toucher et à parler de choses profondes et essentielles tout en sortant le spectateur de son quant-à-soi, de son jugement", décrypte-t-il. La Cage dorée avait séduit plus de 1,2 million de Français à sa sortie en 2013. On ne peut que souhaiter le même succès à son émouvant successeur.

>> Miss de Ruben Alves, avec Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Thibault de Montalembert, Stéfi Celma et Isabelle Nanty / en salles le 21 octobre

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