Ces films qui, comme "Pretty Woman" selon Julia Roberts, ne pourraient (peut-être) plus sortir en 2019

Sorties
DirectLCI
LE CODE A CHANGÉ - Lors d'une interview sur sa carrière, Julia Roberts a estimé que "Pretty Woman", qui s'apprête à souffler ses 30 bougies et dans lequel une prostituée tombe amoureuse d'un riche homme d'affaires, n'aurait pas pu sortir aujourd'hui. Ce n'est pas le seul succès au box-office pour lequel on peut se poser cette question...

Au début des années 90, Julia Roberts a connu une gloire internationale avec Pretty Woman, la comédie romantique de Gary Marshall dans lequel elle jouait Vivian Ward, prostituée dans un quartier de Los Angeles croisant la route de Edward Lewis (Richard Gere), riche homme d'affaires de 18 ans son cadet qui décide de la prendre sous son aile, dans sa luxueuse suite d'hôtel. Si ce Cendrillon des années 90 a charmé, c'est avant tout grâce au tempérament volcanique de Julia Roberts et au couple qu'elle a formé avec Richard Gere. 


A l'arrivée, un énorme succès dans l'Hexagone (4.030.715 entrées seront comptabilisées en 1990). Mais l'existence d'un tel film ne serait sans doute plus possible aujourd'hui. Lors d'une interview avec The Guardian sur sa carrière cette semaine, Julia Roberts confie : "Je ne pense pas que l'on pourrait faire ce film aujourd'hui, si ? Il y a beaucoup de choses que l'on pourrait trouver à redire." On peut effectivement penser que d'autres films cultes, et/ou ayant marché au box-office en leur temps, ne se monteraient pas aujourd'hui aussi facilement... Voici une liste non exhaustive.

"The Party" (Blake Edwards, 1968)

Histoire : Hrundi V. Bakshi, un acteur indien, est engagé par un studio hollywoodien pour interpréter un soldat indigène dans un remake de Gunga Din. Faisant preuve d'une terrible maladresse, il fait exploser un coûteux décor. 


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : Certes, The Party n’a jamais dérangé en France mais avec Peter Sellers grimé en indien naïf et maladroit, le film de Blake Edwards suscite toujours un vif débat aux Etats-Unis, étant présenté comme le parangon du "whitewashing", ce terme couramment utilisé pour décrire l'une des plus vieilles traditions pratiquées à Hollywood : grimer un acteur ou une actrice blanc(he) plutôt que d'en choisir un correspondant à l'origine ethnique du personnage.

Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1972)

Histoire : Paul, un Américain établi à Paris, et Jeanne font connaissance alors qu'ils visitent, un matin d'hiver, un grand appartement vide. Ils font l'amour sans rien savoir l'un de l'autre, pas même leurs prénoms. 


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : Le dernier tango à Paris serait impossible aujourd'hui en raison de cette scène scabreuse où l’on voit Marlon Brando sodomiser Maria Schneider (alors pas mise au courant par Bernardo Bertolucci de ce qu'elle allait tourner), allongée à même le sol, après avoir pioché dans une motte de beurre pour s’en servir de lubrifiant. Un scandale avait déjà éclaté dans les années 70, en pleine liberté sexuelle, morale, sociale. Il a retenti encore plus fortement juste avant l'ère Me-Too, avec la parution d'un article dans le Elle américain daté du 2 décembre 2016, basé sur une interview donnée trois ans plus tôt par Bernardo Bertolucci. On y voyait le réalisateur revenir sur cette scène sans exprimer le moindre remords. 

"Les Aventures de Rabbi Jacob" (Gérard Oury, 1973)

Histoire : À la suite d'un quiproquo, un homme d'affaires irascible et raciste (Louis de Funès) se retrouve confronté, malgré lui, à un règlement de comptes entre terroristes d'un pays arabe. Pour semer ses ennemis, il se déguise en rabbin.


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : Les aventures de Rabbi Jacob étaient sorties en pleine explosion du conflit israélo-palestinien, la guerre de Kippour, et peu après les attentats pendant les JO de Munich. L'objectif : délivrer par le rire un message envers toutes les communautés qui vivent à ce moment-là en France. Bingo, le film a rassemblé plus de 7 millions de spectateurs. Une suite intitulée Rabbi Jacqueline devait dernièrement voir le jour. Le projet est en stand-by depuis son annonce en 2016...

"La Cage aux folles" (Édouard Molinaro, 1978)

Histoire : Albin, surnommé Zaza, vedette d'un spectacle de travestis, aime Renato, son patron avec lequel elle vit depuis 20 ans. Lorsque le fils de Renato se fiance avec la fille d'un haut fonctionnaire, le couple doit à tout prix paraître classique aux yeux de la future belle-famille.


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : La Cage aux folles est au boulevard ce que L’Avare de Molière est au théâtre français. Fort de ce succès, Zaza Napoli (Michel Serrault) a cassé sa biscotte au cinéma, cette transposition (avec Ugo Tognazzi à la place de Jean Poiré) a cartonné en son temps et fait bouger les lignes en France sur l'homosexualité. Mais un tel humour, sous couvert d'éloge de la différence, pourrait-il passer aujourd'hui ? 

"Taxi Driver" (Martin Scorsese, 1978)

Histoire : Vétéran de la Guerre du Vietnam, Travis Bickle est chauffeur de taxi dans la ville de New York. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. Il se charge bientôt de délivrer une prostituée mineure de ses souteneurs.


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : En 1976, Jodie Foster fait ses débuts sous la direction de Martin Scorsese avec Taxi Driver. La jeune actrice y joue une prostituée mineure qui se lie d'amitié avec le personnage principal joué par Robert De Niro et n'a que... 13 ans. De quoi renforcer le pouvoir dérangeant de ce chef-d'œuvre, bien ancré dans son époque. 

"Y a-t-il un pilote dans l'avion ?" (David Zucker, Jim Abrahams, Jerry Zucker, 1980)

Histoire : Une intoxication alimentaire décime la moitié des occupants d'un Boeing. L'avion, sans pilote, est bientôt en perdition. A bord : deux terroristes, un général japonais qui se prend pour un kamikaze et une pléiade de personnages complètement fous.


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : Y'a-t-il un pilote dans l'avion, qui coche toutes les cases de l'humour impoli, serait très certainement refusé par tous les studios aujourd'hui car ils verraient notamment d'un très mauvais œil un pilote multiplier les allusions pédophiles à un enfant (les répliques "Tu as déjà vu un enfant tout nu ?" et "Tu aimes les films sur les gladiateurs ?").

"Les hommes préfèrent les grosses" (Jean-Marie Poiré, 1981)

Histoire : Lydie (Josiane Balasko) prend possession d'un grand appartement pour son fiancé et elle. Mais il la quitte. Le loyer étant trop cher, elle opte pour la cohabitation. C'est un mannequin, Eva, qui lui loue la chambre. Eva a beaucoup d'amis et Lydie, possédant un physique moins avantageux, voit sa vie bousculée.


Pourquoi ça ne serait plus possible aujourd'hui : Rien que le titre du film, adapté de la pièce Bunny's Bar de la courageuse et désopilante Josiane Balasko, aurait provoqué une levée de bouclier et des accusations de "grossophobie". 

"Tenue de soirée" (Bertrand Blier, 1988)

Histoire : Antoine (Michel Blanc) est amoureux de la froide Monique (Miou Miou) qui le rabroue en permanence. Alors Antoine confie son désespoir à son copain Bob (Gérard Depardieu) qui l'écoute avec beaucoup d’intérêt, car il est amoureux d'Antoine. C'est ainsi que débute cette histoire d'amour...


Pourquoi ça ne serait plus possible : L'affiche, sur laquelle "Putain de film" est écrit au-dessus de Gérard Depardieu et Michel Blanc en travestis, aurait provoqué l'ire de toutes les ligues de vertu en 2019. Ne parlons pas du film en soi, sommet de verdeur et d'insolence (mais aussi de drôlerie, de lyrisme, de poésie...), qui comme la plupart des Blier n'aurait certainement pas pu se monter.

"Basic Instinct" (Paul Verhoeven, 1992)

Histoire : Un inspecteur de police à San Francisco enquête sur le meurtre d'une star du rock, tuée de trente et un coups de pic à glace par une inconnue alors qu'il faisait l'amour. il apprend que le chanteur fréquentait Catherine Tramell, riche et brillante romancière qui, peut-être, assassine ses proies à coups de pic à glace...


Pourquoi ça ne serait plus possible : En France, Basic Instinct a été plébiscité par plus de 4 millions de spectateurs et a récolté près de 353 millions de dollars de recettes dans le monde. Il a aussi fait scandale : les ligues féministes et homosexuelles reprochent notamment l'ambivalence du personnage de psychopathe lesbienne jouée par Sharon Stone. Pour contenter lesdites ligues, le scénariste Joe Eszterhas voulut modifier certains éléments du script d'origine en remplaçant le détective joué par Michael Douglas par une lesbienne et en montrant la meurtrière tuer aussi bien des hommes que des femmes. Mais le réalisateur Paul Verhoeven s'y opposa. Les ligues, quant à elles, poursuivirent leurs manifestations, perturbant ainsi le tournage et le lancement du film. 

Et James Bond, alors ?

Une vidéo virale, publiée en 2016, propose en près de trois minutes une petite compilation des moments pas très MeToo-friendly dans le parcours cinématographique de notre ami James Bond.

On y voit, entre autres, un baiser forcé à une récalcitrante dans Opération Tonnerre ou encore une claque sur les fesses adressée à une pin-up dans Goldfinger

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter