À Roland-Garros, refuser d'aller en conférence de presse est-il vraiment passible d'exclusion ?

Naomi Osaka est théoriquement tenue par les règlements à se présenter devant la presse.

PRESSIONS - Les organisateurs de Roland-Garros ont menacé la joueuse Naomi Osaka d'exclusion si elle refusait d'assister aux conférences de presse. Contrairement à d'autres sportifs, les pros du tennis doivent en effet parler aux médias, surtout en Grand Chelem.

"C'est une situation que je n'avais pas imaginée ni cherchée quand j'ai tweeté il y a quelques jours". Par ces mots, via ses réseaux sociaux, la championne de tennis japonaise Naomi Osaka a annoncé son retrait du tournoi de Roland-Garros. Une décision qui fait suite aux déclarations des organisateurs, prêts à envisager son exclusion si elle ne s'astreignait pas aux traditionnelles conférences de presse.

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La numéro 2 mondiale, qui avait annoncé avant le début de la quinzaine parisienne ne pas souhaiter assister aux rendez-vous programmés avec les médias, avait justifié sa décision par le besoin de préserver sa santé mentale. "La vérité, c'est que je souffre de dépression depuis l'US Open 2018 et j'ai énormément de mal à gérer cela", a-t-elle expliqué en ce début de semaine. Elle pensait que rester dans sa bulle en se coupant des médias serait susceptible de l'aider à appréhender ce grand rendez-vous, mais les organisateurs l'ont rapidement rappelée à ses obligations. Les menaces d'exclusions qui lui ont été adressées s'appuient en effet sur un règlement très strict, qui aurait tout à fait pu aboutir à une exclusion suite aux amendes déjà décidées. 

Un règlement commun en Grand Chelem

Alors que dans certains sports, il est facile d'échapper aux questions des journalistes, peut-on être durement sanctionné pour cela à Roland-Garros ? Afin de trancher cette question, il convient de se référer aux règles qui s'appliquent aux plus grands rendez-vous du circuit. Notons que le tournoi parisien partage avec les autres tournois du Grand Chelem des textes et une organisation commune. En particulier un Code de conduite, document de 85 pages en vigueur également pour l'US Open, Wimbledon ou l'Open d'Australie.

Ce code présente en détails les règles qui régissent le fonctionnement de ces événements majeurs. Qu'il s'agisse des sommes empochées par les joueuses et joueurs, ou du format des compétitions. Il détaille aussi certains protocoles et obligations qu'il incombe aux participants de respecter. Page 42, il est indiqué noir sur blanc qu'à moins "d'être blessé et physiquement incapable de se présenter, un joueur ou une équipe doit assister à la ou aux conférence(s) de presse d'après-match organisée(s) immédiatement ou dans un délai de 30 minutes". Une violation de cette règle "est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 20.000 dollars", apprend-on.

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Au regard de ses gains en carrière, Naomi Osaka aurait tout à fait pu s'acquitter de telles sanctions financières. Mais un autre passage du règlement précise que l'arbitre du tournoi, "en consultation avec le chef des superviseurs du Grand Chelem, peut décider d'une exclusion en raison d'une violation unique du présent code". Si elle est validée, la sanction est présentée comme "définitive et sans appel", on comprend donc l'assurance des organisateurs de Roland-Garros, qui ont estimé avoir suffisamment d'appuis réglementaires pour influencer la Japonaise. 

Les textes officiels stipulent également, c'est à souligner, que l'exclusion d'un Grand Chelem (lorsqu'elle décidée pour des motifs majeurs) peut aussi conduire au refus de participation sur d'autres événements. En persistant à tourner le dos aux médias, Naomi Osaka s'exposait donc à des sanctions supplémentaires, prenant le risque de ne pas pouvoir s'aligner à Wimbledon. 

Un débat qui dépasse le tennis

"J'ai souvent eu le sentiment que les gens n'avaient aucun égard pour la santé mentale des sportifs et cela me frappe à chaque fois que je vois une conférence de presse ou que j'y participe", avait déclaré la joueuse de 23 ans avant d'arriver à la Porte d'Auteuil. En évoquant sa dépression et l'influence potentielle des médias sur son état psychologique, elle a mis sur la table un sujet d'ordinaire peu débattu par les sportifs. "Je ressens d'immenses vagues d'anxiété quand je dois m'adresser à la presse mondiale", a-t-elle expliqué au moment d'officialiser son retrait.

Du côté des organisateurs, cette prise de position a été très mal accueillie, la médiatisation des tournois permettant de contribuer à la renommée de ces rendez-vous annuels et de suivre de l'intérieur la compétition. Le statut de la joueuse, numéro 2 mondiale, a également eu un impact, elle qui jouit d'une importante notoriété au Japon et à l'étranger. D'aucuns ont enfin jugé cette sortie déplacée alors que le public revient tout juste (et en nombre réduit) dans les stades.

Du côté des athlètes, les réactions ont été assez contrastées. Si Serena Williams a dit comprendre le retrait de sa cadette et lui souhaiter un rétablissement rapide, peu de voix se sont élevées pour soutenir le choix initial de la joueuse de bouder la presse. Au contraire. "On sait ce pour quoi on signe en tant que joueurs de tennis professionnels", a lancé la numéro une mondiale, Ashleigh Barty. "Sans la presse, sans les gens qui voyagent pour écrire sur nous, nous ne serions pas les athlètes que nous sommes aujourd'hui. On n'aurait pas la même reconnaissance, la même popularité. Les médias sont une partie importante de notre sport", a renchéri Rafael Nadal, recordman de victoire sur la terre battue parisienne. Naomi Osaka, reconnaissant une potentielle erreur de communication, a glissé qu'elle se tenait à disposition des organisateurs de Grand Chelem lors des prochaines semaines afin de pouvoir revenir sur cet épisode tumultueux une fois le tournoi achevé.

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