Teddy Riner : " Si j’ai pu faire cette carrière, c’est parce que j’ai dû affronter des injustices"

Teddy Riner : " Si j’ai pu faire cette carrière, c’est parce que j’ai dû affronter des injustices"

ARBITRAGE - Parrain de la quinzième édition des journées de l'arbitrage, qui se tiendront du 25 au 31 octobre et organisées par La Poste, Teddy Riner s'est confié à LCI sur son rapport particulier avec les arbitres. Le judoka français de 27 ans, double champion olympique et huit fois champion du monde a longuement évoqué l'erreur d'arbitrage dont il avait été victime en 2010 et dont il s'est servi pour devenir le champion que l'on connaît.

LCI : Qu'est-ce que cela représente pour vous d'être le parrain d'une opération comme les journées de l'arbitrage ?

Teddy Riner : C’est tout d’abord une fierté. Il faut montrer l’exemple à ces jeunes, leur faire comprendre qu’un arbitre c’est celui qui organise le jeu, qui est décideur et qu’il faut respecter ses choix. Il ne faut jamais oublier une chose : l’erreur est humaine. Dans mon éducation on m’a toujours dit que l’arbitre était le maître du jeu, donc je ne conteste pas ! L’esprit sportif est au cœur de cette opération et cela avait beaucoup de sens d’être ici.

LCI : Votre rapport avec l'arbitrage est forcément particulier car vous pratiquez un sport qui laisse énormément de place au jugement des arbitres.

Teddy Riner : Il est très particulier mais il est aussi très respecté. Il n’y a aucun moyen de contester et de venir en frontal avec l’arbitre. Si tu fais ça, t’es disqualifié tout de suite. Tu n’adresses jamais un mot à l’arbitre et tu respectes ses choix. Tu peux être mécontent d’une décision, mais dans ce cas-là, tu salues et puis tu quittes le tatami. Et ce n’est pas plus mal car dans d’autres sports, ça va trop loin. Certains sportifs oublient que des jeunes les regardent et ils vont reproduire ce qu’ils voient à la télévision. Il ne faut pas oublier une chose, l’arbitre, il est comme nous : il aime le sport et il veut juste donner un sens au jeu.

LCI : Vous vous êtes d’ailleurs essayé au métier d’arbitre le temps d’un petit match de foot. Comment s’est déroulée cette expérience ?

Teddy Riner : C’était une galère ! Je suis un amoureux du sport et les gens m’ont surpris en train d’applaudir et ils m’ont dit : "tu fais quoi ?". Tu dois rester de marbre et impartial ! C’est super dur. Quand tu vois une belle action sur le terrain, t’as envie d’applaudir. Si demain ils me mettent sur un match de Liga, Ligue des champions ou Ligue 1, je vais avoir envie de féliciter les joueurs (rires). Et je ne serais jamais devenu arbitre de judo non plus. Une fois de temps en temps, pourquoi pas, mais ça me démangerait d’être sur le tatami. J’aurais envie de bastonner (rires).

Peut-être que si j’avais gagné en 2010, je n’aurais jamais été champion olympique à Londres- Teddy Riner

LCI : A l'image des derniers Jeux Olympiques où certains judokas ont pointé du doigt certaines décisions, n’est-il pas trop facile de se réfugier derrière ces erreurs d'arbitrage ?

Teddy Riner : Chaque personne est différente. Si demain je perds, ça sera de ma faute. Après, j’ai eu deux grosses défaites sur des erreurs d’arbitrage et elles m’ont permis de grandir. Ensuite, j’ai travaillé davantage et mon mot d’ordre ça a été : "je ne laisserai plus jamais un arbitre décider pour moi." Mais dans la vie d’un sportif, arrive forcément un moment où tu dois faire face à des décisions litigieuses. Tu dois les comprendre. Moi ça m’était arrivé au Japon et contre un Japonais… Derrière, les instances m’ont bien dit que je m’étais fait voler. Une défaite comme celle-ci, tu ne l’oublies pas.

LCI : Cette défaite injuste en 2010 a d'ailleurs marqué le point de départ de votre série d'invincibilité (98 victoires consécutives). Est-ce que cette erreur d'arbitrage a changé le cours de votre carrière ?

Teddy Riner : Oui, ça m’a fait grandir. Si j’ai pu faire la carrière que j’ai aujourd’hui, c’est parce que j’ai dû affronter des injustices de ce type. Si vous saviez ce que j’avais voulu faire à l’arbitre sur le moment présent, oh la la… Quoi qu’il en soit, peut-être que si j’avais gagné en 2010, je n’aurais jamais été champion olympique à Londres deux ans plus tard.

LCI : Et si cette erreur d’arbitrage n’avait pas eu lieu, auriez-vous eu la même détermination à repartir au combat ?

Teddy Riner : Pour être honnête, je me suis toujours posé la question. Je ne sais pas. Une chose est sûre : cette erreur d’arbitrage m’a permis de devenir ce que je suis aujourd’hui. Incontestablement. Elle m’a permis de bosser, de rebosser et de me dire : "Plus jamais. C’est moi qui décide". Derrière, tu n’as vraiment plus le même état d’esprit. Quelques mois plus tard, j’ai de nouveau affronté le judoka qui m’avait battu en 2010 et je l’ai tué. En trente secondes.

Que l’arbitre soit mauvais ou qu’il ne t’aime pas, si tu mets le mec en face à terre, il ne peut pas ne pas siffler- Teddy Riner

LCI : Savez-vous avant de rentrer sur le tatami qui va vous arbitrer ?

Teddy Riner : C’est ça le truc de ouf… C’est seulement au moment de rentrer sur le tapis que tu vois l’arbitre ! Tu vois la personne et là tu fais : "Oh !" Après, ce qu’il faut dire, c’est que tu as une certaine cohésion. Disons que certains arbitres s’entendent mieux avec d’autres pays… Mais bon, tant pis, il faut faire le taff sur le tatami. Que l’arbitre soit mauvais ou qu’il ne t’aime pas, si tu mets le mec en face à terre, il ne peut pas ne pas siffler. C’est flagrant. Comme ça, tu n’as pas de contestation.

LCI : Mais quand vous voyez un arbitre qui va s’occuper de votre combat, est-ce que vous vous dites : "Aujourd’hui, je vais vraiment devoir en mettre plus sur le tatami car il est plus exigeant qu’un autre" ?

Teddy Riner : Oui, bien sûr. Mais avec mon entraîneur on essaye de sortir de ce cadre et de ne pas se mettre une pression supplémentaire vis-à-vis de ça. Des opportunités, j’en aurai forcément et il faut juste les créer. En revanche, ce qui me dérange davantage, et c’est arrivé aux JO, c’est que les arbitres attendent que je mette le ippon et ils n’arbitrent pas de la même manière. Même si t’es Superman, tu ne peux pas foutre des ippons à chaque combat. Je vais faire une petite action et si mon adversaire ne fait rien, ils ne vont pas le pénaliser. Moi je dois me débrouiller. Avec les années, mes concurrents ont adopté une posture défensive et cela donne des combats moins spectaculaires qu’auparavant. Le fait que je sois bon me pénalise d’avance. Toutes mes finales ont été compliquées.

LCI : Et n’avez-vous jamais eu la crainte, compte tenu de votre palmarès et votre domination, qu’un arbitre veuille vous faire tomber ?

Teddy Riner : Oui je me le dis et j’en suis persuadé. Et peu importe l’endroit.

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