Boycotter les JO ou le Mondial : "L'histoire a montré que ce n'est qu'illusoire"

Boycotter les JO ou le Mondial : "L'histoire a montré que ce n'est qu'illusoire"

INTERVIEW - Les États-Unis ont annoncé mercredi qu'ils consultaient leurs alliés en vue d'un possible boycott des Jeux Olympiques de Pékin en 2022. Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle de certains pays ayant déjà annoncé qu'ils ne participeraient pas à la Coupe du Monde de football 2022 au Qatar. Éric Monnin nous en dit plus sur ces mouvements de contestation et leurs implications.

Un coup de poing sur la table pour défendre les droits de l'Homme. Ces dernières semaines, le monde du sport affiche son soutien à certaines causes humanistes : le sort des Ouïghours en Chine, qui donne aux États-Unis des interrogations quant à un éventuel boycott, ou encore celui des ouvriers affectés à la construction des stades au Qatar pour la Coupe du Monde 2022 auquel la Norvège et l'Allemagne ou encore les Pays-Bas ont dédié un t-shirt portant la mention "Football supports CHANGE"? 

Certaines autorités ou fédérations sportives appellent purement et simplement au boycott des grandes compétitions organisées dans ces pays. LCI a contacté Éric Monnin, vice-président de l'université de Franche-Comté délégué à l'Olympisme et directeur du Centre d'études et de recherches olympiques universitaires (Cerou) pour revenir sur cette prise de conscience d'un monde jusque-là plutôt réservé sur ces questions.  

Plusieurs fédérations appellent à ne pas se rendre au Qatar pour la Coupe du Monde de football 2022 et les États-Unis ont fait savoir qu'ils réfléchissaient avec leurs alliés à un possible boycott des Jeux olympiques 2022 à Pékin. Dans quelle mesure, ces initiatives peuvent-elles avoir un impact ? 

Le boycott est souvent utilisé comme une arme diplomatique. Mais l'histoire a montré qu'il n'est qu'illusoire et n'a pas vraiment de sens. Les revendications sont souvent justes mais la manière n'est pas la bonne. Je m'explique : paradoxalement, un boycott décidé arbitrairement par une fédération ou une organisation ne va essentiellement toucher que les sportifs qui en sont à l'origine. Il va mettre à mal tous ceux qui se sont préparés pendant 4 ans, 8 ans, 10 ans. Ce sont plusieurs années de travail qui vont être réduites à néant. 

En d'autres termes, se réfugier derrière les sportifs, c'est relativement facile. De fait, ils deviennent des boucs émissaires, des fusibles et sont pénalisés. On se trompe de combat : il vaut mieux une volonté politique forte que le symbole illusoire de se servir des athlètes. Je crois dur comme fer à une chose que ce n'est pas aux sportifs de se mêler des enjeux géopolitiques et politiques. Certaines organisations ont ce rôle, avec un droit de parole beaucoup plus fort. Ce sont elles qui doivent prendre leurs responsabilités. En judo, vous demandez à l'athlète de faire du judo, en foot de faire du foot. 

Ces mouvements de contestation dans le sport sont-ils le symbole d'un phénomène nouveau, d'un changement des mentalités ? 

Je ne pense pas qu'il y ait eu véritablement une prise de conscience soudaine. Les velléités de contestation en soutien à une cause ont été nombreuses par le passé. Elles semblent revenir par vagues successives, de façon très récurrente et au gré des préoccupations sociales, politiques ou géopolitiques de l'époque. Rien qu'en 2008, à Pékin, le relais de la flamme avait été largement perturbé, notamment à Paris, et de nombreuses polémiques avaient fusé. Dans l'histoire, les Jeux olympiques ont aussi déjà été boycottés à cinq reprises (1956, 1976 1980, 1984, 1988). Cela n'a débouché sur rien du tout. 

Pour qu'une telle initiative ait un réel impact, il faudrait qu'elle soit globale, généralisée et qu'aucun sportif ne se rende à l'événement en question. Cela n'a jamais été le cas. S'il n'est que partiel, le boycott doit nécessairement s'assortir de résultats et performances ridicules pour produire des effets. Cette situation ne s'est jamais présentée. En 1980, par exemple, 64 nations - parmi lesquelles les États-Unis, l'Angleterre ou le Japon - ne se sont pas rendues aux JO de Moscou. Pourtant, leur absence a été largement éclipsée par le niveau sportif de l'événement, rendant leuraction vaine.

Les sportifs ne doivent donc pas user de leur influence pour défendre certaines causes ?

Ce n'est pas ce que je dis. Le constat est différent lorsque ce sont les joueurs eux-mêmes qui prennent l'initiative. Ils ont tout à fait le droit de s'inscrire dans une posture éthique. C'est même très important, d'autant qu'avec les réseaux sociaux, la parole est plus largement diffusée. Par conséquent, la dénonciation de tel ou tel fait devient plus facile pour des personnes largement connues du grand public. De là à dire qu'elle est efficace... 

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Les grandes institutions ne devraient-elles pas non plus donner plus de lest aux sportifs ? 

Les ensembles de règles comme la charte olympique ou le règlement de la FIFA donnent un cadre, des principes éthiques et déontologiques. C'est important de les avoir et même indispensable, car ils permettent d'éviter des dérives. Lors des JO, il y a plus de 10.000 athlètes. Si chacun d'entre eux en profite pour défendre sa propre cause, cela crée une cacophonie incompréhensible. Au-delà du règlement, il faut corriger les déficits au niveau des institutions et des fédérations. Le problème est clairement structurel et politique. Le sportif, lui, doit continuer à faire son travail de sportif. Mais c'est vrai qu'en parallèle, il faut le mettre dans les meilleures conditions et, parfois, le rassurer sur certaines injustices.

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