Cédric Pioline : "Avec les Français, on est un peu dans le flou"

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TENNIS - L'ancien n° 1 français, demi-finaliste à Roland-Garros en 1998, vient de sortir une autobiographie intitulée "Le tennis m'a sauvé". L'occasion pour metronews de revenir sur le parcours de Cédric Pioline et de découvrir le regard qu'il porte sur les joueuses et joueurs français en ce début de quinzaine.

Dans votre ouvrage*, on découvre que votre enfance s'est déroulée entre deux mondes : celui populaire du IXe arrondissement de Paris, où vous viviez avec votre mère, et celui, beaucoup plus élitiste, du Racing Club de France, dans le XVIe, où vous avez découvert le tennis. Comment avez-vous jonglé entre ces deux univers ?
C'était assez naturel pour moi, car j'ai connu ça depuis tout petit. Le quartier de Pigalle, avec ses bars, ses prostitués sex-shops, n'était pas une zone sinistrée, mais c'est vrai qu'on n'était pas nombreux au club à vivre dans un quartier aussi populaire. Et quand on grandit dans ces coins, on apprend à faire attention à qui on croise dans la rue. Mais c'est formateur.

Justement, qu'est-ce que ça vous a apporté dans la construction de votre carrière ?
Ça développe certains aspects de votre personnalité, mais les qualités qui font de vous un bon joueur sont les mêmes pour tout le monde, quel que soit l'endroit d'où vous venez : il faut une force de caractère, avoir l'envie de s'accrocher et vouloir gagner plus que l'autre. Venir du IXe a développé chez moi l'envie de m'élever socialement. Sans tomber dans les clichés, on a plus envie de vivre dans le XVIe que vers Pigalle... du moins à mon époque.

"Je me dis que j'ai imprimé l'imaginaire collectif"

Pourquoi vous confiez aujourd'hui, à 44 ans et douze ans après l'arrêt de votre carrière ?
Parfois, je me demande encore pourquoi je me suis lancé là-dedans... (rire) Depuis 2002, j'ai eu pas mal de propositions, mais j'ai toujours décliné. Et là, c'est vrai l'angle d'attaque que m'a présenté Christophe Thoreau (qui a collaboré à l'écriture du livre et que Cédric Pioline connaît depuis longtemps, ndlr) m'a plu : il m'a dit que les gens me connaissaient mal et que me découvrir un peu leur permettrait de mieux comprendre mon parcours et les décisions que j'ai prises dans ma carrière.

Qu'ont retenu de vous les fans de tennis ?
C'est difficile de répondre, mais depuis que j’ai arrêté, les gens viennent me voir, discuter... Donc je me dis que j'ai imprimé l'imaginaire collectif. On me parle toujours de mes finales (à l'US Open en 1993 et à Wimbledon en 1997, ndlr), car en dehors des courts, j'avais la volonté de ne pas trop me dévoiler. Pour moi, un joueur de tennis devait s'en tenir à jouer, c'est tout. Maintenant on en veut plus... La société est plus intrusive.

"A mon époque, on parlait moins de nous"

Pour vous, la vie d'un joueur de tennis ne serait plus la même ?
Tout n'a pas changé, car le quotidien d'un tennisman est identique : entraînements, déplacements, tournois, exigence, travail... Ce qui a été bouleversé, c'est tout l'environnement qu'il y a autour. Cette génération est très marquée par l'accès à l'information grâce à la révolution Internet. Avec ça, les joueurs peuvent se construire très vite une image, mais c'est à double tranchant. A mon époque, on parlait résultat, moins de nous, et vraiment pas du reste.

Trouvez-vous qu'on en fait trop avec joueurs français ?
Non, car cette génération est très douée. A part Simon (Gilles), Tsonga (Jo-Wilfried), Gasquet (Richard) ou Monfils (Gaël) ont tous fait une demi-finale de Grand Chelem. Donc ils méritent leur exposition médiatique. Après, c'est vrai qu'avec la multiplication des médias, on focalise beaucoup sur eux...  Mais c'est toujours pareil, quand on joue bien ça va, mais dès qu'on flanche un peu, les médias s'interrogent. C'est pas agréable quand on est joueur, mais c'est la règle.

"Si tu retrouves cette sacro-sainte confiance, tout peut arriver"

Vous les sentez comment pour ce Roland-Garros 2014 ?
Quand je vois les résultats, les déclarations des uns et des autres, c'est vrai qu'à l'heure où on se parle, le bilan n'est pas très bon. Mais il y a toujours un Français qui fait quelque chose à Paris, à quelques exceptions près. En fait, on est un peu dans le flou. Mais avec le format en cinq sets, ils auront le temps de se mettre en confiance dans les premiers matches. Et dès que tu retrouves cette sacro-sainte confiance, avec le public qui pousse derrière, tout peut arriver pour eux.


* "Le tennis m'a sauvé", 256 pages, éditions de La Martinière (18 euros).

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