Fabien Gilot : "Il faudra être indulgent avec cette équipe de France de natation"

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NATATION - Alors que s'ouvrent mardi à Windsor (Canada) les championnats du monde en petit bassin, Fabien Gilot (32 ans), fraîchement retraité et désormais consultant pour Canal+ Sport (qui diffuse la compétition du 6 au 11 décembre), fait le point pour LCI sur cette équipe de France que l'on a laissée un peu mal en point aux Jeux de Rio. Et pour le champion olympique sur le relais 4x100 m en 2012, pas de doute, une page se tourne dans les bassins tricolores, mais la relève est là.

LCI : Comme beaucoup d'observateurs, êtes-vous inquiet pour la natation française ?

Fabien Gilot : Inquiet, non. Mais c'est sûr qu'on a vécu la fin d'une génération talentueuse et que l'heure est venue pour la natation française de se réinventer. La relève est en train d'arriver, lors des Championnats de France en petit bassin (du 17 au 20 novembre, ndlr), j'ai vu de belles performances et des petits jeunes pointer le bout de leur nez. Mais il va falloir leur laisser du temps.

LCI : Du temps, justement, en auront-ils alors qu'ils doivent redorer l'image de la natation française après le fiasco de Rio ?

Fabien Gilot : Les Jeux de Rio n'étaient pas ceux escomptés, mais parler de fiasco est exagéré. Beaucoup d'autres sports auraient bien voulu ramener deux médailles d'argent comme on l'a fait (Florent Manaudou sur 50 m et le 4x100 m, avec Fabien Gilot, ndlr). Mais c'est très Français de brûler ce que l'on a aimé... C'est pourquoi il va falloir être indulgent avec cette équipe de France, qui n'est pas encore à maturité. Car si pour les prochains JO (à Tokyo, en 2020, ndlr) il y aura sans doute moins de médailles que par le passé, je suis sûr que pour ceux à Paris en 2024, si on obtient les Jeux, il y aura des nageurs et des nageuses compétitifs.

On ne doit pas à tout prix rechercher une nouvelle Muffat, le nouveau Manaudou ou le prochain Agnel"Fabien Gilot

LCI : Comment votre génération, qui a tout gagné, va pouvoir les accompagner ?

Fabien Gilot : Le DTN (Jacques Favre, ndlr) planche dessus et des critères de sélections plus relevés ont déjà été mis en place, tout comme une nouvelle façon de travailler dans les pôles. Mais c'est sûr qu'on va les aider à assurer la relève. Ils ne seront pas seuls. Pendant 10 ans, on a eu de superbes résultats, on a un savoir-faire français, des expériences et des acquis sur lesquels il ne faut évidemment pas se reposer, mais que l'on doit transmettre. On va les accompagner sur tout ce qui concerne le travail dans les bassins, mais aussi en dehors, avec l'hygiène de vie, la médiatisation ou l'importance, aussi, de continuer les études en plus de la carrière. Il faut en faire des sportifs épanouis.

LCI : Reste que pour avoir des nageurs épanouis, il faut des victoires. Et c'est dernières années, on avait l'impression qu'elles se construisaient dans le sillage d'un ou d'une leader de la natation tricolore. Où est-il aujourd'hui ?

Fabien Gilot : Comme dans tous les sports, un champion qui domine sa discipline entraîne les autres avec lui. Et il y a parfois des creux comme en connaît en ce moment la natation, mais comme l'ont vécu l'athlétisme, l'escrime ou l'équitation qui se sont relevés. De toute façon, je ne crois pas qu'on doit à tout prix rechercher une nouvelle Muffat (Camille), le nouveau Manaudou (Florent) ou le prochain Agnel (Yannick). L'équipe de France a évidemment réussi en s'appuyant sur des individualités, mais aussi sur un collectif. Notre grande force, et qui explique à mon avis beaucoup de nos succès, c'est qu'on a su transformer un sport individuel en sport d'équipe.

C'est l'heure de reconstruire, et on va voir qui a des vraies valeurs et un vrai amour pour la natation"Fabien Gilot

LCI : Pensez-vous que cette reconstruction et cet état d'esprit sont toujours possibles après les dissensions qu'on a vu apparaître à Rio ?

Fabien Gilot : Franchement, ça va se faire sans aucun souci. Moi, les coups de gueule ne me dérangent pas, car ça montre qu'on est avec des gens passionnés et qui ont envie que leur sport avance. Je pense même que la natation avait peut-être besoin de ça pour se remettre en question. Après, ceux qui l'ont ouvert, qui ont dit qu'ils pouvaient apporter des choses doivent maintenant le faire. Car on ne peut pas être là que quand ça gagne et que ça brille. C'est l'heure de reconstruire, et on va voir qui a des vraies valeurs et un vrai amour pour la natation.

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