Clubs de sport prosélytes - Thierry Braillard : un phénomène "pas nouveau" et "isolé"

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INTERVIEW – Le service central de renseignements territorial a relevé jeudi plusieurs cas de dérives au sein des clubs de sport amateurs à travers la France. Selon RTL, ces associations sont dans le collimateur pour prosélytisme et radicalisation. Pour le secrétaire d'Etat aux sports, Thierry Braillard, ces cas restent extrêmement isolés.

Des éducateurs sportifs proches de la mouvance salafiste, des stades monopolisés à l'heure de la prière... L'existence de la note du service central de renseignements territorial intitulée : "Le sport amateur vecteur de communautarisme et de radicalité", révélée par RTL a mis en lumière les dérives qui ont cours un peu partout en France. Le secrétaire d'Etat aux Sports, Thierry Braillard, a évoqué avec metronews ce qui était en son pouvoir pour contrer ce phénomène.

Que peut-on dire aujourd'hui sur les constatations établies par le service de renseignements territorial, qui a recensé des cas de radicalisation et de prosélytisme au sein même d'associations sportives ?
Ces phénomènes existent depuis plusieurs années, ils ne sont pas nouveaux. Sauf que le gouvernement a décidé de faire en sorte que les policiers et les services de renseignements disposent de davantage de moyens pour leurs investigations. On est désormais en mesure d'avoir un regard plus précis, des constatations plus étayées, sur ces quelques dérives qui se passent dans certaines associations sportives. Il faut se garder de généraliser car la plupart du temps, nos clubs amateurs fonctionnent très bien. Il y a bien des cas où on peut observer des signes de prosélytisme avancé, voire de radicalisation, et il est de notre devoir d'être au fait de ces choses-là. De la même façon que le gouvernement s'est donné les moyens d'avoir les informations, il se donne également les moyens d'y répondre.

"Le mot d'ordre, c'est d'être d'une extrême fermeté"  

Comment ?
Soit par la prévention, avec le grand plan sur la politique de la Ville présenté par Patrick Kanner et que je décline sur le terrain depuis plusieurs semaines. Il comporte notamment un volet prévention à destination des éducateurs. Si malgré cela, on relève des cas délictueux, il revient alors au ministère de l’Intérieur et aux juges de trancher.

Mais vous, en tant que secrétaire d'Etat aux sports, qui avait la tutelle des associations sportives amateur, vous avez les moyens d'agir ...
Suite aux événements de janvier dernier, un comité interministériel a arrêté toute une batterie de dispositions, dont fait partie  "Citoyens du sport" . Il prévoit notamment la création de 300 emplois d'éducateurs sportifs uniquement destinés dans un premier temps aux clubs sportifs situés dans les quartiers populaires afin de les professionnaliser, de les pérenniser et d'éviter tout entrisme. On a ensuite demandé aux fédérations de travailler sur le plan "Citoyens du sport". Elles sont en train de nous les remettre. Il consiste à élargir l'offre sportive dans ces quartiers en difficulté et en zone rurale mais il prévoit aussi que la laïcité soit abordée dans les formations internes à leurs éducateurs sportifs. Certaines fédérations se sont rendu compte que ce n'était pas le cas.

Quelles garanties pouvez-vous donner pour éviter que des éducateurs salafistes ne se retrouvent à s'occuper des enfants ?
Je crois beaucoup dans la formation. A partir du moment où les fédérations dispensent une formation à leurs éducateurs sportifs, et qu'au niveau des clubs ou des comités départementaux, il venait à entendre, ou à voir, qu'un éducateur formé ne respectait plus les règles, ils ont eux aussi le pouvoir de sanctionner. Tout le monde doit être sensibilisé sur cette question.

C'est le cas ?
Oui. Le trio Etat-collectivités locales-fédérations doit jouer la même partition. Certaines situations ne peuvent être connues que des élus locaux. Il y en a d'autres où ce sont les fédérations, par le biais de leurs ligues régionales, qui se révèlent les plus à même de faire remonter l'information. Et il y a l'état, via ses services déconcentrés, qui a son rôle à jouer. C'est en étant sur la même longueur d'onde que ces phénomènes restent extrêmement isolés. 

Mais on voit que ce n'est pas infaillible...
On ne peut pas empêcher certains de tricher ou de tromper pour pouvoir faire du prosélytisme de façon cachée. Dans ce cas-là, quand la prévention ne suffit pas, c'est au ministère de l’Intérieur d'agir. En la matière, le mot d'ordre du Premier ministre, c'est d’être d'une extrême fermeté. Une enceinte sportive, c'est un lieu de laïcité, de neutralité. On va au sport pour s'émanciper ou pour jouer collectif. Pas pour faire autre chose.

EN SAVOIR + >> Des clubs de sport amateurs fichés pour radicalisation et prosélytisme

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