Bienveillant, fêtard et exigeant : le capitaine Noah sous toutes les coutures

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PORTRAIT - Rappelé il y a deux ans par la Fédération française de tennis, Yannick Noah vient de remporter aux dépens de la Belgique au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d'Ascq une nouvelle fois la Coupe Davis en tant que capitaine. Voici quelques éléments pour comprendre la personnalité de ce meneur d'hommes atypique.

Il y a deux ans, quand la Fédération était allé le chercher, tout le monde s'était dit que Yannick Noah était - forcément - l'homme de la situation. Et quand la France a échoué en demi-finale l'an dernier face à la Croatie, on avait toujours envie de le croire. 

C'est qu'on voulait le voir, comme à Gerland en 1991, danser avec Tsonga, Gasquet Pouille, ou encore Herbert après leur avoir parlé, à genou devant leur chaise, les yeux dans les yeux ! Comme il l'avait fait avec Forget and co lors des victoires en 1991 et 1996 ou encore avec les filles du sacre en Fed Cup 1997. Dimanche soir au moment de la victoire de Lucas Pouille, dans un 5e match décisif à sens unique, il n'a ni dansé ni chanté, mais tout sourire et franchement heureux, il a enlacé son staff et les autres membres de cette équipe qui lui a apporté son 3e Saladier d'argent en tant que capitaine. 

Au moment de sa nomination, nous nous étions penchés - avec celle et ceux qui l'ont côtoyé - sur ce personnage atypique et audacieux. Comment parvient-il à tirer le meilleur de ses éléments ? Quels leviers actionne-t-il pour transcender ses hommes ? Sur quels "boutons" appuie-t-il ?  A l'occasion du sacre des Bleus, seize ans après le dernier, nous republions ce portrait que nous avions dressé avec l'aide de ceux qui ont bénéficié de ses conseils.

Il faisait du yoga avec moi”- Sarah Pitkowski

Sarah Pitkowski, ex-membre de l’équipe de France de Fed Cup
"Yannick fonctionne beaucoup au feeling. Son curseur, ce n'est pas le classement du joueur ou la tendance de sa saison mais vraiment les jours de préparation qui précède les matchs. Son choix, il le fait en fonction de l'état d'esprit de celui qu'il a en face de lui. S'il ne sent pas un mec qui va se transcender pour l'équipe de France, il ne le prendra pas. De toute façon, Noah met  tout le monde en concurrence, leader ou pas. Ce qu'il attend d'eux, c'est qu'ils s'en remettent à lui durant cette période. Noah a un charisme incroyable, c'est un vrai rassembleur. Avec lui, tu es dans une sorte d'état de communion, dans lequel tu as envie de le suivre les yeux fermés. Une de ses grandes forces consiste aussi à absorber la nervosité du joueur. Pour me détendre, il faisait du yoga à côté de moi."

Il peut te faire monter aux arbres"- Luis Fernandez

Luis Fernandez, entraîneur du PSG en 1996 (Noah avait préparé la finale de la Coupe des Coupes avec eux)
"Yannick, quand il parle, tu écoutes. C'est quelqu'un de bien. Il est allé voir les joueurs, au restaurant ou dans les chambres, pour les détendre plus que pour les motiver. Dans la situation tendue où nous étions à l’époque (un conflit opposait les dirigeants à l’entraîneur, et une guerre des clans sévissait dans le vestiaire, ndlr), il les a mis dans les meilleures dispositions, veillant surtout à ce qu'ils se sentent bien, à apaiser certains conflits. Il a pu trouver les mots. Le discours de Yannick, il peut te faire monter aux arbres. Maintenant, imagine-toi comme il est fort dans la com’ : il a réussi à faire penser que, s'il n'était pas venu, on n'aurait pas gagné cette finale. Mais c'est moi qui ai dit à Bruno Ngotty de tirer le coup franc, pas lui ni Denisot !”

On a fait une bamboula mémorable" - Vincent Guérin

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Vincent Guérin, vainqueur de la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe avec le PSG en 1996
"A Saint-Jean-de-Luz, où on préparait cette finale une dizaine de jours avant le match, on a fait une bamboula mémorable. C’était une soirée entre joueurs et lui, il était là avec toutes les ondes positives qu’il dégage. Quand on allait courir sur la plage, il était aussi avec nous, on parlait de choses et d’autres et il apaisait un peu l’ambiance. Il est en mesure de transmettre l’expérience qu’il a acquise dans les bons comme dans les mauvais moments. C’est un gars qui va de l’avant, qui connaît très bien la psychologie du sportif de haut niveau. Si nous étions quelques-uns à être suffisamment expérimentés et à avoir du caractère pour préparer parfaitement le match face au Rapid de Vienne, sa présence a probablement contribué à tirer certains, les plus jeunes, vers le haut."

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